facebook

Discrimination au logement : "Ça m'a blessée d'être rejetée parce que je suis lesbienne"

Le 25 juillet à Amiens, Marion, une étudiante en lettres de 20 ans, s'est vue refuser une colocation alors qu'un rendez-vous était déjà pris le 1er septembre pour son emménagement. Elle estime avoir été victime de discrimination au logement en raison de son homosexualité. Elle s'est confiée auprès de TÊTU.

Marion a 20 ans. Dans un mois, elle entrera en deuxième année d’études de lettres à l’université d’Amiens. Comme beaucoup en cette période estivale, la jeune femme cherche un logement, pour « 300 euros par mois grand max ». Le 30 juin, elle déniche la perle rare sur Leboncoin. Une chambre spacieuse au deuxième étage d'une belle maison située à seulement 500 mètres de la citadelle, quartier universitaire du centre ville où elle étudie. Le plan parfait.

« Quelque chose s'était passé »

Le jour-même, Marion prend pour la première fois contact avec le propriétaire. Elle lui explique qu'elle est une jeune étudiante, dont la mère est prête à se porter garante. Marion remplit toutes les conditions nécessaires à la location. Le mercredi 4 juillet, elle reçoit un SMS : la visite est fixée au jeudi 19 juillet, à 10h30. C'est finalement le vendredi 20 qu'elle aura lieu.
Un mois d'échanges écrits et l'envoi d'un dossier de location plus tard, Marion visite enfin ce qui sera sa nouvelle chambre dans quelques semaines, dans cette colocation exclusivement féminine... Jusqu'à la blague fatidique d'Antoine, son petit frère : « Fais attention Marion, t’es ici pour bosser, pas pour pécho ».
« C'est un ami du propriétaire qui me faisait visiter la maison. D'un coup, son regard a changé. Il s'est décomposé sur place », raconte Marion à TÊTU. A peine cinq minutes plus tard, la visite se termine net. « En sortant, ma mère et moi on s'est regardées. Elle a senti que quelque chose s'était passé. »

Un accord donné par SMS

Une fois la visite terminée, Marion prévient tout de même son propriétaire que l'ensemble de son dossier vient d'être posté par ses soins. A cet instant, il n'est pas encore au courant de « l'incident » survenu lors de la visite.
Dans un SMS, il lui donne rendez-vous le 1er septembre, pour son emménagement définitif et la remise des clés, en lui indiquant de bien penser à son assurance responsabilité civile. Après un mois d'échanges téléphoniques réguliers, Marion pense avoir trouvé son logement.

Un soi-disant « malentendu »

Mais l'intuition de Marion lors de la visite était malheureusement la bonne. Seulement 48 heures après, elle a reçu un courrier : suite à un malentendu entre les deux propriétaires de la maison, une erreur a été commise.
Dans cette lettre écrite le 25 juillet dernier, la soeur du propriétaire explique : « Mademoiselle, je suis désolée de ne pouvoir vous louer la chambre (...) je l'ai déjà louée. Je voulais vous présenter nos excuses pour le regrettable contre-temps qui ne nous était jamais arrivé. Nous ne nous sommes pas compris, mon frère et moi ».
Marion et sa mère se comprennent en un regard. Elles se souviennent parfaitement du malaise provoqué par la blague d'Antoine lors de la visite. À un mois de la rentrée, l'étudiante dénonce être victime de discrimination au logement en raison de son orientation sexuelle.

« Rejetée parce que je suis lesbienne »

Sur le coup, la jeune fille est sous le choc. « J'étais dégoûtée et au bord des larmes. Ça m'a blessée d'être rejetée parce que je suis lesbienne. » Sa mère oscille entre incompréhension et énervement. Son petit frère, lui, ne comprend pas qu'un propriétaire puisse refuser un logement à un locataire en raison de son orientation sexuelle. Pour en avoir le coeur net, elle décide de faire un tour sur le site Leboncoin. Surprise : l'annonce est toujours en ligne. Marion comprend que la chambre cherche toujours une locataire. « Au final, il m'a fallu toute une journée pour décolérer », confie-t-elle.
Puis l'étudiante pense à l'après : où vivra-t-elle à la rentrée ? Assurée d'obtenir la chambre, elle avait naturellement arrêté de chercher. « J'avais tout misé dessus », explique-t-elle. 

« Ça fait trois ans que je bosse tous les week-ends. Cet été, je travaille chez McDonalds. Chez moi, il y a mon petit frère et ma petite soeur. Ma mère est seule et bosse 40 heures par semaine. Depuis que je suis en terminale, je paye mon assurance, mon essence, mon téléphone, mes courses... tout. Je me suis démenée pour trouver un logement, et finir sur ça c'était un coup dur. »

En outre, la mère de Marion réside à Saint-Quentin, dans l'Aisne. Difficile pour l'étudiante d'effectuer, matin et soir, l'heure et demie de voiture qui aurait séparé le domicile familial de la fac. « Cette chambre, à cinq minutes à pieds de la fac, c'était tout ce qu'il me fallait », insiste Marion.

Du tweet à l'élan de solidarité

En colère mais pas abattue, sa mère lui soumet l'idée de poster un tweet pour partager son histoire et l'aider à trouver un logement au plus vite. Elle sait que les réseaux sociaux font parfois bien les choses. Mais Marion hésite. « Je ne voulais pas être confrontée aux homophobes qui, de toute façon, ne me croiraient pas. Mais quelques heures après, alors que j'étais désespérée, je l'ai fait. » En peu de temps, son message est retweeté plus de 3000 fois. Les internautes, eux-aussi remontés, se mobilisent pour lui venir en aide.

Grâce à son tweet, Marion a quatre visites de prévues le 9 août prochain. « Ce ne sont que des visites pour l'instant, mais on va dire que c'est encourageant. »
Pour elle, la solidarité émanant des internautes depuis samedi dernier signifie beaucoup : « Tout ça m'a énormément touchée. Au mois de juin, qui est d'ailleurs le mois des fiertés, on a énormément entendu parler d'actes et de paroles homophobes et transphobes. Savoir qu'on m'a autant aidée, ça me fait chaud au coeur. Il y a encore de bonnes personnes ».
 
Crédit photo : Flickr/isamiga76.


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail