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Reconnaissance du prénom d’usage pour les trans’ ou non-binaires : la grande loterie des universités

Plusieurs universités françaises autorisent l'utilisation d'un prénom d'usage pour les étudiant.e.s trans', non-binaires ou gender fluid qui le souhaitent. Mais c'est encore loin d'être la panacée, au grand dam des personnes concernées. TÊTU vous raconte le parcours (du combattant, parfois) de quatre personnes concernées.

A l'approche de la rentrée universitaire, Lélio, 21 ans, est anxieux. Cet étudiant.e en troisième année de licence Sciences humaines et sociales à l'université de Paris Descartes est non-binaire. Et, à ce titre, iel (pronom neutre, sans distinction de genre) se bat depuis plusieurs années pour que sa fac accepte d'utiliser son prénom d'usage, c'est-à-dire le prénom par lequel une personne est appelée dans la vie courante, mais qui ne correspond pas forcément à celui inscrit sur ses papiers d'identité. Problème : l'université refuse catégoriquement.

« Quand j'ai fait la demande auprès de la scolarité fin août, on m'a expliqué que le prénom sur la liste d'appel devait être le même que celui indiqué à l'inscription. Et comme il faut absolument donner le prénom de sa carte d'identité à l'inscription... »

Une situation qui risque d'handicaper l'étudiant.e lors de son parcours scolaire. « L'an dernier - alors en études de psychologie - je devais toujours, à un moment ou à un autre, faire face à des remarques et expliquer pourquoi je n'utilisais pas mon 'deadname' (prénom assigné à la naissance, ndlr) ». Pour éviter les « questions gênantes », Lélio préfère évoquer des soucis familiaux. Et son cas est loin d'être isolé.

« Etre une personne trans' à Rennes 1, c'est infernal »

C'est en 2014 que Sarah* intègre l'université de Rennes 1, en licence 3 de mathématiques. « C'était encore une période où je me mentais à moi-même », nous confie la jeune femme de 24 ans, qui a fait son coming-out trans' au début de son Master 2. « Tout s'est très bien passé auprès des profs et des élèves qui m'ont tout de suite acceptée, du coup j'ai voulu rendre ça plus officiel. »

Sarah savait qu'il était possible d'utiliser son prénom d'usage à l'université de Rennes 2 - à quelques mètres de là -, mais surprise, Rennes 1 refuse. « Pour la fac, il était hors de question d'utiliser un prénom d'usage sur quelconque support. » C'est la douche froide pour l'étudiante.

« La direction de l'université nie totalement mon identité, c'est devenu trop épuisant. Le milieu scientifique est déjà très difficile, alors quand on est une personne trans', à Rennes 1, c'est infernal. »

La jeune femme abandonne sa thèse quelques mois seulement après la rentrée.

« J'ai été très bien accueilli »

Non loin de là se trouve justement Rennes 2. C'est dans cette fac qu'étudie Gabriel, 19 ans, en deuxième année de Langues étrangères. « J’ai commencé par m’inscrire sous mon prénom de naissance et j’ai fait le premier semestre comme ça. Mais j’en avais trop marre de l’entendre tout le temps. » Si ses camarades de classe l'appellent Gabriel, ses professeurs continuent à le genrer au féminin et à utiliser son 'deadname'.

Une situation difficile pour le jeune homme trans' qui se trouve déjà mégenré par sa famille. « Quand on n'est pas reconnu par sa famille, la fac est censée être un espace où on se dit 'là c’est bon, je vais enfin être reconnu et ça va aller mieux.' »

En janvier, Gabriel se décide à adresser une lettre à la direction générale de la scolarité pour lui demander d'inscrire son prénom d'usage (c'est la démarche à suivre à Rennes 2). Il n'a pas à expliquer son choix ou à donner des détails sur le pourquoi du comment. « J'ai été très bien accueilli et c'était une démarche très simple », détaille-t-il à TÊTU. Son prénom est modifié quelques jours plus tard sur la liste d'appel, ainsi que sur la liste d'inscription aux examens, et il reçoit même une nouvelle carte étudiante.

Des bonnes pratiques dans plusieurs universités

Rennes 2 n'est pas la seule université à accepter l'utilisation du prénom d'usage. Selon nos informations, huit autres facultés (Tours, Angers, Caen, Lyon, Nantes, Lille, Paris 8 et Toulouse 2) ont également adopté ce principe. Et Leelo devrait pouvoir en profiter très rapidement.

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Le jeune homme, inscrit en première année de fac d'arts plastiques à l'université de Tourcoing (dépendant de la fac de Lille), a fait une demande de changement de prénom auprès de l'administration il y a quelques jours et attend la réponse. « Il faut juste remplir un formulaire en ligne, c'est ultra simple », détaille-t-il à TÊTU.

Le déclic, il l'a eu l'année dernière, alors qu'il étudiait l'anglais :

« J'étais en cours et quand la prof a fait l'appel elle a dit mon 'deadname', se souvient-il la voix tremblante. J'ai fait une crise d'angoisse en plein cours. C'est là que j'ai su que ce n'était plus possible. »

Des services médicaux à la peine

Mais même une fois le prénom d'usage accepté par la direction, ce n'est pas toujours évident pour autant. A Rennes 2 par exemple, le service médical de l'université se borgne à refuser l'utilisation du prénom d'usage.

« Ils disent que c'est trop compliqué au niveau informatique », souffle Gabriel. Depuis sa visite en mars, où l'infirmière utilisait à tout bout de champ son 'deadname', il n'y est pas retourné. Et ne compte pas le faire « sauf urgence vitale ».

« La transphobie érigée en règle »

Sarah aussi a l'habitude des mauvaises expériences. Celle qui est aujourd'hui ingénieure à l'université de Rennes 1 décrit une administration campée sur ses positions. Et de s'interroger : 

« Depuis la fenêtre de mon bureau je vois Rennes 2, un endroit où la transphobie n'est pas érigée en règle, mais condamnée. Pourquoi est-il possible, dans une même ville, d'être trans' quelque part et pas ailleurs ? »

*Son prénom a été changé à sa demande.

Crédit photo : JOEL SAGET / AFP.


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