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Discours de haine et homophobie sur internet en Europe : la France, pas si mauvaise élève

Dans une enquête rendue publique ce mercredi 19 septembre, le Mouvement antiraciste européen (Egam) met en exergue le laxisme des réseaux sociaux en matière de modération des messages de haine en ligne, notamment homophobes.

Les réseaux sociaux majeurs font-ils bien leur travail en matière de suppression de contenus haineux ? C'est ce qu'a cherché à savoir le Mouvement antiraciste européen (Egam) via un grand testing. Et (spoiler), les résultats sont très mauvais.

Pour cette enquête, l'Egam s'est appuyé sur trois grands réseaux sociaux (Facebook, Twitter et YouTube) dans 14 pays européens (Allemagne, Autriche, Croatie, Espagne, France, Italie, Lettonie, Monténégro, Norvège, Royaume-Uni, Slovénie, Pologne, Turquie et Ukraine) sur huit catégories de discours de haine (homophobie, racisme anti-noirs, racisme anti-Roms, haine anti-musulmans, antisémitisme, sexisme, haine anti-migrants et négationnisme).

Le principe : poster un message haineux en ligne et, au bout de 24 heures, voir s'il a été supprimé ou s'il est encore en ligne. En tout, au moins 48 tests (six par catégorie) ont été réalisés dans chaque pays entre le 12 mars et le 13 juin 2018. En France, c'est SOS Racisme qui s'en est chargé.

La France, meilleure élève

Dans tous les pays testés confondus, le taux de suppression des messages homophobes est de 60% sur Facebook, 32% sur YouTube et seulement 11% sur Twitter. Et si l'on y regarde de plus près, on voit que certains sont de très mauvais élèves. En Italie et en Turquie, aucun des messages homophobes postés en ligne n'a été supprimé. Au Montenegro, seuls 14% sont supprimés contre 20% en Slovénie.

"Bonne nouvelle", la France a le meilleur taux de suppression de ces contenus homophobes : 67%. Les messages les moins supprimés dans l'hexagone sont les négationnistes (17%).

"Ces chiffres correspondent au niveau d'homophobie dans le pays, analyse pour TÊTU Benjamin Abtan, le président de l'Egam. Plus le pays est homophobe, plus les messages restent longtemps en ligne. On observe par exemple une vague d'homophobie en Italie depuis l'arrivée du très populiste Giuseppe Conte au poste de Premier ministre".

Seule anomalie : la Norvège, où aucun des commentaires homophobes n'a été retiré dans les 24 heures. "C'est probablement lié au fait que la langue est très peu parlée, que le pays se trouve en dehors de l'Union européenne et que peu de moyens soient mis en oeuvre pour lutter contre les messages haineux en ligne", estime Benjamin Abtan.

Des méthodes de modération floues

Aujourd'hui, il est impossible de savoir comment sont modérés ces messages. "On ne connait pas le mécanisme de suppression. Qui s'occupe de la modération ? Sur quel critères ? C'est le trou noir", s'alarme Benjamin Abtan.

Le gouvernement français semble en tout cas vouloir prendre position sur le sujet. Dans un rapport remis à Edouard Philippe ce jeudi, que l'AFP s'est procurée, plusieurs députés font des propositions pour lutter contre le laxisme de ces plateformes :

  • leur imposer "un délai de 24 heures pour retirer les contenus manifestement racistes, homophobes"
  • instaurer "une procédure de signalement uniformisée" des contenus illicites
  • créer une autorité de régulation des contenus illicites sur internet.

A savoir si ces mesures seront prises, impossible de le dire pour le moment. "Si l'on veut que ça diminue sur les réseaux sociaux, il vaut investir sur la mobilisation hors-ligne. Dans la société.", abonde Benjamin Abtan. Le message est passé.

Crédit photo : Creative Commons.


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