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Britney SpearsKaty Perry, Queer Eye, bisexualité… Rencontre avec Betty Who, star montante de la pop

Par Alexis Patri le 13/02/2019
Betty Who

[PREMIUM] Après Kylie Minogue et Troye Sivan, c'est l'Australienne qui monte, qui monte. Betty Who sort vendredi 15 février 2019 "Betty", son troisième album studio. A 27 ans, la chanteuse de pop survitaminée se réjouit de compter "99% d'hommes gays" parmi ses fans. Interview.

Les médias anglo-saxons la comparent déjà à Britney Spears, l'idole de son enfance. L'Australienne Betty Who et sa pop dansante séduisent les Etats-Unis depuis 2012. Son titre "Somebody Loves You" a fait le tour du monde lorsqu'il a été repris dans une vidéo de demande en mariage entre deux hommes. Elle a été vue plus de 14,5 millions de fois.

TÊTU a voulu échanger avec la jeune chanteuse de 27 ans, à quelques jours de la sortie de "Betty", son nouvel album. En pleine tournée dans les grandes villes américaines gelées par l'hiver, Betty Who nous a parlé d'amour, de son rapport à la communauté LGBT+ et des icônes pop de sa jeunesse et d'aujourd'hui.

Ce nouvel album est très dansant. C'est ton objectif premier quand tu écris ?

Exactement. Faire danser les gens avec la musique, c’est ce que je préfère. J’ai voulu que cet album fasse sourire. J’ai écrit toutes ces chansons dans l’idée qu’elles me rendraient la plus heureuse possible au moment où je les chanterai sur scène. Avec pour objectif final que le public ressente la même chose, chez soi et pendant les concerts.

Le murmure de l'intro et la rythmique de "The One" font beaucoup penser à "Oops I did it again". Britney Spears fait-elle partie de tes influences ?

Oh mon Dieu oui, je l’adore ! Elle a été au centre de mon enfance. La première cassette que mes parents m’ont achetée était celle de Britney, où « Oops I Did It Again » est sur la face B. Je l’écoutais en dansant devant mon miroir, en rêvant d’être un jour une pop star. Aujourd'hui, entendre cette chanson me ramène directement à cette époque. J’ai toujours aimé Britney Spears et je l’aimerai toujours. Je sais que ma musique peut ressembler à la sienne. Et c’est le but. J’ai fait de la musique parce que je voulais être elle. Parmi les artistes actuels, ma préférée c’est Ariana Grande. J’adore sa sincérité. C’est une chose très rare dans ce métier. Mais quand je fais un album, j’écoute surtout des vieux trucs. Pour "Betty", j’ai écouté Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, Neil Amstrong.

"On m’a reproché d’être une femme hétéro blanche qui profitait du public LGBTQ."

En 2014, tu fais les premières parties de Katy Perry. Ce n'était pas un problème de chanter avant l'interprète de "Ur So Gay", chanson où le terme "gay" est utilisé comme une insulte ?

Et bien… (elle hésite un long moment avant de nous répondre), Ecoute, je suis une fan de Katy Perry depuis le début. Les spectacles de Katy sont la chose la plus folle que j’ai vue. Elle disparaît à un endroit, et revient de l’autre côté de la scène. Le travail de production est énorme et en l'observant j'ai beaucoup appris. Pour revenir à ta question, lorsque « Ur So Gay » est sorti, c'était une chanson importante parce qu’elle parlait ouvertement d’homosexualité. C’était rare dans la pop à l'époque. Mais je suis consciente que certains se sont sentis attaqués par ce titre. Aujourd’hui, Katy Perry ne le sortirait pas. Elle est désormais très attentive à la manière dont on parle de la communauté LGBT.

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Tu as signé le générique de l'émission "Queer Eye". Quel est ton garçon préféré parmi les "Fab 5" ?

Me demander ça, c’est comme choisir mon enfant préféré ! Je ne peux pas faire ça ! Si je devais vraiment en choisir un, mais pour venir m’aider dans ma vie plutôt, je dirais Tan. Mon placard déborde et il a vraiment besoin d’être trié !

En interview, tu répètes souvent être "fière que 99% de tes fans soient des hommes gays". Comment t'expliques-tu leur attachement à ta musique ?

Ma musique parle de sentiments et elle est dansante. La communauté LGBTQ+ partage un vécu : la difficulté à se comprendre et à s’affirmer. Elle a toujours trouvé un répit dans la fête. C’est aussi mon expérience et ce que raconte ma musique. Par le passé, on m’a reproché d’être une femme hétéro blanche qui profitait du public LGBTQ. Mais le fait que je sois avec un homme en ce moment ne m'exclut de la communauté. Je m’y sens chez moi, plus que n’importe où ailleurs. Je me vis en premier lieu comme une alliée puisque j’utilise ma célébrité pour défendre la communauté LGBTQ.

Betty Who
Crédit photo : Ben Cope, Gavin Taylor.

Suite à ces accusations, tu as fait ton coming-out bi. C'est une part de ton identité que tu as mis du temps à accepter ?

Ce n'est pas que j’en avais honte ou que je craignais la réaction de mon entourage. A 12 ans, mes parents m’ont demandé si j'étais gay. Ils m’ont dit que si c’était le cas, ce n’était absolument pas un problème. A Sydney où j’ai grandi, la société est très ouverte. Même si cela ne se voit toujours pas au niveau du gouvernement. Ce qui m'attire chez une personne, homme ou femme, c'est son sens de l'humour. Cette énergie qu’elle transmet. Il m’a fallu un peu de temps pour le comprendre.

Certains fans ont vu dans le clip de "Between You and Me" une histoire d'amour entre deux Betty Who. Tu pourrais sortir avec son double ?

Probablement pas ! (rires) Je me rendrais folle ! De mon expérience des relations de couple, quand deux personnes trop similaires sont ensemble, ça ne fonctionne pas. Ce que je préfère chez mon partenaire, c’est qu’il est très différent de moi. Je comprends cette lecture du clip, même si ce dont il parle vraiment, c'est de l'amour de soi-même.

Avec "Taste", un autre single de l'album, tu te dragues à nouveau, mais en incarnant un homme. Comment s'est passée cette expérience ?

Ça m’est venu avec une facilité choquante. Je ne m’étais jamais travesti en homme avant. Mais dès que je suis arrivé devant la caméra, toute l’équipe de tournage a dit « Wow, qu’est-ce qui se passe ? ». J’ai adoré. Ça a changé ma manière de me voir. 

Tu as chanté en duo avec Troye Sivan sur son premier album. Comment s'est passée la collaboration avec ton jeune compatriote ?

C'était un vrai plaisir, car il est très doué. Je suis très fière de lui. Je l’ai rencontré quand il faisait des vidéos sur YouTube, juste avant qu’il ne commence la musique. Il a fait un long chemin. Et je ne doute pas qu’on entendra parler de lui pendant encore longtemps.

Dans ton nouvel album, la chanson "Just Thought You Should Know" semble parler de la difficulté à laisser derrière soit un.e ex. On a bien compris ?

Complètement. Cette chanson raconte ce moment où l’on pourrait dire : « Je me fous que nous ne soyons plus ensemble. Mais tu dois savoir que tu me manques ».  Tu n’as plus d’attentes envers ton ex, mais un sentiment sourd demeure. Tu sais qu’il ou elle ne va pas quitter la nouvelle personne avec qui il ou elle est pour toi. Mais tu as toujours des sentiments, et tu as besoin de le dire. C’est quelque chose de très pur, de très naïf. 

De "Ignore Me" à "Marry Me", les 13 titres de "Betty" parlent finalement tous d'amour. Pourquoi ce sujet prend autant de place dans ton travail ?

Je ne sais pas si c'est le cas... A la réflexion, oui, c'est vrai. Je pense que tout le monde n’a pas le même vécu des années lycée, par exemple. Mais tout le monde a été amoureux. Ce sujet unit, parce que c’est un sentiment universel. Tout simplement. Et c'est cela que je cherche quand j'écris. Je veux que les gens écoutent mes chansons et se disent : « Oh mon Dieu, ça parle de ce qu’il m’est arrivé ! ».

"Avec le public français, j'en suis à l'étape du deuxième ou troisième rendez-vous amoureux."

Une partie de ton public français t'a repérée grâce à la vidéo virale de demande en mariage entre deux hommes. Comment l'as-tu découverte ?

Mon manager me l’a envoyée, en me disant que j’allais pleurer. Je l’ai donc ouverte en pensant « c’est ce qu’on va voir ». Et évidemment, dès les premières secondes j’étais en larmes ! J’y pense tous les soirs où je chante « Somebody Loves You » sur scène. Je les ai rencontrés par la suite et ils sont adorables. En fait, dès que je suis dans l’Utah [où le couple vit, ndlr], je passe du temps avec eux. Je suis honorée de faire partie de leur histoire.

Amour toujours : où en es-tu dans ta relation avec le public français ?

Nous en sommes à l'étape du deuxième ou troisième rendez-vous amoureux. Je me suis produit à Paris pour la première fois l’année dernière. C’était incroyable. Ça fait cliché de dire ça mais j’ai réalisé un rêve de ma liste de choses à faire avant de mourir. Ce premier rendez-vous s’est très bien passé, mais on doit encore à apprendre se découvrir mutuellement.

Crédit photo : Ben Cope, Gavin Taylor.