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« Je suis restée cisaillée » : l’hôpital de Perpignan empêche une mère lesbienne d’accompagner son fils aux urgences

Le 10 mars dernier, une des deux mamans d'un garçon de trois ans a été empêchée de rentrer dans la salle de soins avec son fils à l'hôpital de Perpignan. Une décision "discriminatoire", selon la mère, qui a accepté de nous raconter ce qui s'est passé.

"Je suis restée cisaillée, je me disais que ça n'était pas possible." Près d'une semaine après les faits, Mathilde* n'en revient toujours pas. Le 10 mars dernier, cette maman de 52 ans se rend aux urgences de l'hôpital de Perpignan avec sa compagne et leur fils de trois ans, rapporte le journal L'indépendant.

A leur arrivée, elles remplissent un formulaire d'entrée sur lequel la "mère d'intention" (celle qui n'a pas porté l'enfant, NDLR) coche la case 'père', ajoutant qu'elle est titulaire de l'autorité parentale.

La pré-consultation se déroule normalement et les deux mamans y assistent ensemble. Mais, un peu plus tard, la même infirmière revient dans la salle d'attente et les informe que seule "la vraie maman" peut venir pour la consultation.

C'est l'électrochoc pour Mathilde, qui partage dans la foulée l'information sur les réseaux sociaux en sollicitant l'Association des parents gays et lesbiens (APGL), dont elle est membre, et l'Association des familles homoparentales (ADFH).

"Mon fils se demande si je l’aime"

"Je ne comprends pas comment un parent, quel qu'il soit, peut être forcé de rester dans une salle d'attente, confie-t-elle auprès de TÊTU ce vendredi 15 mars. Je me suis sentie totalement refoulée." La maman avait pourtant proposé à plusieurs reprises de montrer le document établi par la justice, qui prouve bien qu'elle est bien la deuxième maman. Sans succès.

Mathilde cherche d'abord à mettre ça sur le dos de la maladresse. Mais, au moment des faits, deux infirmiers s'empressent de refermer les portes qui permettent l'accès à la salle de soins. "J'ai senti le regard de l'infirmière sur moi..., nous glisse-t-elle. C'était clairement de la discrimination."

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Une réaction qui n'est d'ailleurs pas sans conséquences. "Mon fils ne va pas très bien depuis tout ça, confie la maman qui ajoute n'avoir jamais eu le moindre problème aux hôpitaux de Béziers et Montpellier. Il se demande si je l’aime, pourquoi je ne suis pas venue avec lui. Il ne veut plus dormir tout seul."

"On ne demanderait pas tout ça à un couple hétérosexuel"

Mais les deux jeunes femmes ne comptent pas en rester là. Elles ont d'ailleurs pris contact avec une avocate, Me Aude Denarnaud. "C'est clairement de l'homophobie, explique-t-elle à TÊTU. J'ai beaucoup de clientes qui n'ont pas l'autorité parentale - ce qui n'est pas le cas de Mathilde - et pourtant on ne les empêche pas d'être avec leur enfant en salle de soins. Ce qui compte avant tout, c'est de sécuriser l'enfant".

Et d'ajouter : "Ça leur a renvoyé une belle claque d'homophobie. Ces femmes en ont ras-le-bol de sans cesse de devoir se justifier et faire un coming-out pour montrer que, oui, elles ont des droits sur l'enfant. On ne demanderait pas tout ça à un couple hétérosexuel".

L'avocate est entrée en contact avec la direction juridique de l'hôpital, qui a d'abord nié les faits. Avant de reconnaitre que Mathilde n'avait, en effet, pas eu le droit de suivre son fils et sa compagne pour la consultation. L'avocate a engagé un recours en responsabilité jeudi 14 mars et fait part de son intention de saisir le Défenseur des droits et l'Agence régionale de santé.

"Manquements à la déontologie"

Elle envisage également de lancer un recours disciplinaire pour "manquements à la déontologie" auprès du Conseil de l'ordre départemental. Contacté par TÊTU, ni l'hôpital de Perpignan, ni l'Agence régionale de santé Occitanie n'avaient répondu à nos sollicitations ce vendredi 15 mars à 19h.

Mais dans la soirée, l'hôpital a finalement diffusé un communiqué de presse dans lequel il réfute les accusations de discrimination, plaidant "un défaut de communication ou d'explications". "Comme dans beaucoup d'hôpitaux, la pratique est en effet de ne laisser qu'un seul parent pour accompagner l'enfant lors de la prise en charge médicale et soignante", justifie la direction du centre hospitalier qui assure qu'elle recevra "ces deux personnes".

Rendez-vous prévu le 3 avril prochain

En effet, un rendez-vous est prévu le 3 avril prochain entre la direction de l'hôpital, l'avocate et les deux mères. Mais Mathilde l'assure : elles ne veulent ni argent, ni excuses.

"La seule chose à faire serait de changer leurs directives, explique celle qui a pris, avec sa compagne, la décision de déménager prochainement. Nous ne sommes plus tranquilles. Comment fait-on si notre enfant a besoin d’aller aux urgences demain ? On ne va pas retourner là-bas..." Et de conclure : "J'aurais préféré qu'on me frappe, ça m'aurait fait moins mal".

*Le prénom a été changé.

Crédit photo : Google street view.


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