« Petite Fille », un documentaire poignant sur une jeune enfant trans’

"Petite Fille", le nouveau documentaire de Sébastien Lifshitz, plonge le spectateur dans le quotidien de Sasha, 7 ans, jeune enfant trans' et de sa famille. Un témoignage puissant sur la transidentité.

Il y a des documentaires que l’on souhaiterait montrer au monde entier. C’est le cas de Petite fille, réalisé par Sébastien Lifshitz et présenté samedi 22 février à la Berlinale, dans la section Panorama. Ce film nous plonge dans le quotidien de Sasha, 7 ans, qui souhaiterait plus que tout au monde être une fille.

Lutter contre son corps et les institutions

A 4 ans Sasha dit à ses parents « Je serai une fille ». Lorsque sa mère lui répond : « pas forcément » le monde de l’enfant s’écroule. « Je venais de foutre sa vie en l’air, de briser tous ses rêves. Ça a été long de rassurer Sasha. » C’est la première fois que la mère parle à un médecin de la différence de sa fille : née dans un corps de garçon, elle ne s’est jamais reconnue comme tel. Remarqué pour ses documentaires Les Invisibles (2012), Bambi (2013) ou encore Les vies de Thérèse (2016), Sébastien Lifshitz a accompagné Sasha avec sa caméra de ses 7 à 8 ans.

Toujours en retrait, le cinéaste filme avec justesse des scènes quotidiennes de vie familiale et des instants de bonheur partagé : Sasha, ses parents, ses trois frères et sœurs, les cours de danse, les parties de foot, les pique-nique au parc. Parallèlement, il capte la douleur et les angoisses de la famille dès lors qu’elle est confrontée aux regards extérieurs ; la trajectoire d’une lutte permanente avec la société, pour que la différence de Sasha soit comprise et acceptée.

Mais c’est aussi le récit d’un combat. Celui d’une mère qui s'escrime à faire reconnaitre Sasha comme une fille aux yeux de tous. Car si sa différence n’est pas un problème au sein du foyer, l’école devient un enjeu majeur d’affirmation et de reconnaissance. Là-bas, on l’y assigne à son genre de naissance, on critique une supposée trop grande écoute des parents que l’on menace même de contacter les services sociaux.

« Tu n’es pas la seule »

A l’hôpital Robert Debré, on assiste à la première rencontre de la petite fille et sa mère avec le Dr Anne Bargiacchi, pédopsychiatre et spécialiste de la dysphorie de genre. Immédiatement, le médecin désamorce beaucoup de doutes et apaise avec des mots simples l’anxiété de l’enfant et des parents.

Elle réfute immédiatement les propos culpabilisants de leur généraliste selon qui le désir de la mère d’avoir une fille pendant la grossesse aurait pu être la cause du trouble : « Les choses sont comme cela. On ne sait pas pourquoi. Tu n’es pas la seule. » Lifshitz saisit un instant décisif dans la vie de Sasha. Respectant une distance pudique, il capture les larmes, les sourires d’une enfant rassurée et l’espoir naissant.

Pour la première fois, Sasha et sa mère ne sont plus contraintes de se protéger mutuellement. Le regard doux et les paroles apaisantes du docteur leur offrent un nouvel environnement sécurisant qui leur permettra d’aller de l’avant.

« Je parlerai dans ce certificat de Sasha au féminin. » ces mots si simples mais salvateurs rédigés par la spécialiste seront la clé de l’intégration de Sasha dans son école. Elle sera considérée dès l’année suivante comme les autres petites filles de son âge.

Combattre la solitude

Sasha sera non seulement considérée comme une fille à l’école mais pourra aussi inviter pour la première fois des amis à la maison et leur montrer sa chambre. On mesure alors l’isolement de l’enfant que ses parents protégeaient face à l’ignorance et la malveillance de certains. Tout en évitant le dolorisme Sébastien Lifshitz accompagne une famille qui avance, qui est dans le présent, des parents qui s’entourent d’alliés pour enseigner à leur fille sa liberté.

Puissant, précis et doux, ce documentaire sera d’une grande aide à bien des familles à la recherche de réponses. Mais il s’adresse aussi à chacun d’entre nous, interrogeant le rapport que l’on a construit inconsciemment entre sexe et genre. Remarquable par son traitement inédit de la transidentité chez les enfants, on souhaite à Petite Fille de remporter le prochain Teddy Award (prix queer de la Berlinale). Ce serait le troisième décerné au cinéaste.

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1 - Dysphorie est l’antonyme d’euphorie. Ici elle désigne la détresse d’une personne face à un sentiment d’inadéquation entre son sexe assigné et son identité de genre.


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