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Christiane Taubira sur le mariage pour tous : « Je ne voulais pas d’une réforme au rabais »

La loi sur le mariage pour tous fête ses 7 ans. L'occasion de lire ou de relire l'interview de Christiane Taubira publiée dans notre numéro d'automne, dans laquelle elle revenait sur ce vote historique.

Six ans après l’adoption du mariage pour tous, alors que s’ouvraient les débats sur la PMA pour toutes, Christiane Taubira signait Nuit d’épine, son dixième livre, paru aux éditions Plon. Un récit fait de souvenirs poétiques autour de la tombée du jour, de son amour des nuits ivres de lectures et de rêveries. E n arrivant au bar, Christiane Taubira tombe sur deux anciens membres de son cabinet. Ils se saluent; elle les fait rire, elle les appelle “mes p’tits chéris”. Elle dit  : “Vous voyez que je ne suis pas si terrible !”

L’ancienne garde des Sceaux a le sourire enjôleur, les yeux bleus envoûtants. Elle sait séduire à l’envi, en vraie lionne de la politique qui a gagné presque tous les combats de sa vie. Elle parle longuement de sa passion des livres comme de celles qui l’ont inspirée et fait grandir. Elle raconte cette fois où elle a semé un policier, cette autre où elle a pissé debout, comme un garçon. On interroge la liberté, le temps perdu à tenter de le rattraper, les regrets d’autres textes de loi qu’elle aurait pu plaider. Elle a, ce jour-là, dans ce bar, l’humilité d’une femme que la poésie, dit-elle, a rendue invincible.

TÊTU : Vous avez bien dormi ?

(Rires.) Je dors très peu, depuis très longtemps! C’est une discipline que j’ai acquise à mon insu. À vouloir tricher la nuit. À vouloir s’enivrer de lectures, de musiques… mon organisme, mon cerveau s’est adapté. Mon corps s’est ajusté. Quand j’étais au ministère, je dormais deux ou trois  heures! Si j’en dors quatre, je pète la forme. La nuit est un espace de liberté voulue, conquise et savourée. J’ai compris assez vite que je pouvais, la nuit, faire ce que je voulais. J’ai commencé enfant à l’occuper. Le premier chapitre de ce livre raconte mes lectures nocturnes et clandestines… Clandestines parce que je n’avais bien sûr pas le droit de rester éveillée si tard. Ces nuits avaient une saveur particulière. C’était un danger quotidien. Elles m’ont donné un rapport au risque qui a beaucoup déterminé mes choix de vie. J’ai compris après coup, peut-être même après sa mort, qu’en réalité ma mère en était la complice tacite. Je l’ai compris comme on regarde un tableau impressionniste, grâce à des choses très allusives, imprécises. Enfant, je ne pouvais pas imaginer qu’elle l’acceptait, compte tenu de sa sévérité, de son exigence face au respect des interdits....


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