« Hightown », un polar queer et captivant comme on en croise rarement

Portée par une actrice ouvertement bisexuelle, la série Hightown s’impose comme l’une bonne surprise de l’année grâce à son anti-héroïne lesbienne complexe et une réflexion forte sur le thème de l’addiction.

Les femmes queers s’imposeraient-elles enfin sur le petit écran ? Trop facilement relégués en arrière-plan, les personnages lesbiens héritent enfin d’intrigues conséquentes et de développements scénaristiques nuancés. Dernier avatar en date : Hightown. Tout juste inaugurée sur la chaîne Starz outre-Atlantique – et disponible sur StarzPlay via Amazon Prime Video par chez nous –, la série dépoussière un genre très masculin, le polar, pour proposer une alternative plus inclusive.

Hightown nous entraîne à Provincetown, bourgade côtière vivant au rythme des soirées queers (« ça devient une destination pour les LGBTQ+ durant l’été », nous affirme la créatrice Rebecca Cutter) et des trafics de stupéfiants. C’est là-bas que réside Jackie Quinones, une employée du service national de la pêche maritime. Quand elle n’inspecte pas des chalutiers en pleine mer, cette fêtarde invétérée collectionne les conquêtes féminines, force un peu (beaucoup) sur la boisson et sniffe les moindres drogues qui lui passent, littéralement, sous le nez. Mais son quotidien déjà chaotique prend une tournure franchement glauque lorsqu’elle découvre le cadavre d’une jeune femme échoué sur la plage.

Une héroïne qui sort du lot

Un peu comme la comédie romantique, le genre du récit policier est très codifié. Il est fréquemment porté par un héros, valeureux mais tourmenté, qui catalogue toutes les caractéristiques masculines possibles. Son ennemi est, en général, un homme. Dans ce type d’histoire qu’on jurerait vieille comme le monde, les femmes pâtissent de rôles frivoles, souvent objets de convoitise du personnage principal et perçues en grande partie via leurs atouts physiques plus que psychologiques. Hightown veut changer cette donne.

« Le personnage principal est très égoïste. C’est quelque chose que l’on voit rarement chez une femme à la télévision »

« J’ai grandi à Boston en lisant beaucoup de romans policiers et ils étaient tous incroyablement masculins, atteste Rebecca Cutter,  la showrunneuse. La série appartient à ce genre-là mais avec un protagoniste très différent. C’était intentionnel ». Le personnage de Jackie emprunte des mécanismes que l’on associe habituellement aux hommes, comme son approche parfois « bourrine » ou son goût prononcé pour la gent féminine et le sexe.

 

Psychologie

Un personnage vulnérable par moments, mais aussi imparfait – et c’est exactement comme ça que le rôle a été conçu. « Elle est certainement très égoïste et c’est quelque chose que l’on voit rarement chez une femme à la télévision, avance la créatrice de la série. Elle fait ce qu’elle a envie de faire quand elle a envie de le faire, et elle a absolument aucun instinct maternel en elle. J’aime écrire ça et, d’une certaine manière, j’aime les femmes qui sont comme ça ».

Rebecca Cutter reconnaît deux inspirations qui ont laissé une trace évidente sur sa série. D’une part, The Wire. « Parce qu’on voit les deux côtés, la police et les criminels, et qu’il n’y a pas vraiment de jugement, détaille la principale concernée. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises personnes, juste des gens qui font leur travail et je trouve ça fascinant à suivre ».

Son autre référence de choix est inévitablement Les Soprano« Elle a vraiment montré cette aptitude d’être deux séries en une, explique-t-elle. C’est à la fois un drame policier très procédurier et une exploration profonde de personnages, de l’humanité et de la psychologie humaine. Et je n’avais jamais vu ça avant ».

Sexe, drogue et ambition

Si Hightown est un polar dans son habit le plus brut, le meurtre propulsant l’intrigue de cette première saison n’est pas le cœur du récit. Son réel sujet est l’addiction, mais avant tout les multiples formes que cette dernière peut revêtir. « La série parle de façon thématique de l’addiction et pas spécialement des drogues ou de l’alcool, développe Rebecca Cutter. Oui, c’est ce que Jackie utilise pour se sentir à l’aise avec elle-même et contrôler sa douleur et son anxiété. Mais parfois, c’est le sexe, ou bien son ambition, ou bien l’enquête qu’elle mène. Tous les personnages utilisent quelque chose pour combler quelque chose qui manque en eux ».

Pour veiller à traiter avec une certaine acuité cette thématique délicate, Rebecca Cutter s’est principalement inspirée de son propre vécu. « Sobriété et addiction font partie de ma vie, assure-t-elle. J’ai voulu être honnête, au moins de mon expérience, et j’ai voulu honorer les personnes que j’ai perdues à cause de cette maladie. C’était très important pour moi de ne pas me louper. Là où j’ai vraiment dû faire des recherches, c’est du côté policier. J’ai pu parler à la brigade anti-drogues de Cape Cod et les accompagner en voiture. Je maîtrisais surtout l’aspect émotionnel en fait ».

Au fil des quatre épisodes rendus disponibles à la presse (sur huit au total), Hightown parvient avec brio à jongler entre sa dimension policière et la psychologie de son anti-héroïne, brillamment incarnée par Monica Raymund (Chicago Fire). Cette dernière est d’ailleurs ouvertement bisexuelle et œuvre ardemment pour une meilleure reconnaissance des droits LGBT+.

Twist queer

Bien qu’elle ne soit pas exempte de défauts – le seul autre personnage féminin majeur de la série, Renee, est une strip-teaseuse pour le moins archétypale peinant à exister en dehors de son rapport aux hommes, ce qui est plutôt dommage –, Hightown coche les cases nécessaires pour être un récit policier prenant. Les amateurs du genre ne devraient pas être dépaysés, alors que le public lesbien, lui, peut se réjouir de découvrir un polar avec un twist allègrement queer.

Crédit photos : Starz 


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