Pour Françoise Barré-Sinoussi, le Covid-19 montre que nous n’avons rien appris de la crise du VIH-sida

Dans un entretien au Journal du dimanche, Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH, s’inquiète d’un relâchement des pouvoirs publics dans la prévention du VIH.

Elle est l’une des personnes qui ont découvert le VIH. Dans un entretien au Journal du Dimanche paru dimanche 21 juin, Françoise Barré-Sinoussi, prix de Nobel de médecine, présidente du Sidaction et du Comité analyse recherche et expertise (Care) chargée de conseiller le gouvernement sur les traitements contre le coronavirus, s’inquiète d’un relâchement dans la lutte contre à la fois le VIH et le coronavirus. « Je crains une catastrophe, alerte-t-elle. Nous avons dû annuler notre week-end du Sidaction, notre principal événement de collecte de dons. Il nous manque près de 4 millions d’euros, soit un quart de notre budget. Ça pourrait nous empêcher de financer des programmes de recherche ou des actions d’aide et de prévention. »

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En outre, la scientifique craint que la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 puisse avoir un impact négatif sur les personnes porteuses du VIH, alors que certains ont pu avoir des difficultés à accéder aux soins ou ressentir une détresse psychologique pendant le confinement. Elle souligne que le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) table sur un doublement du nombre de décès liés au sida en Afrique subsaharienne en raison de la crise du coronavirus : d’après l’organisme international, on passerait ainsi de 470.000 victimes à près de 1 million.

« La société civile n’a pas été assez écoutée »

Interrogée par l’hebdomadaire dominical sur la gestion de la crise du Covid-19, Françoise Barré-Sinoussi regrette que nos dirigeants n’aient pas suffisamment tiré les leçons de la crise du sida : « Le Covid-19, qui tue 2 % à 3 % des malades, n’est pas une maladie aussi mortelle que le sida dans les années 1980 : toutes les personnes touchées mouraient. Le point commun, c’est l’absence de traitement. Certes, il y a eu, depuis début mars, une formidable mobilisation de la recherche mais en ordre dispersé, en France comme ailleurs. Les essais cliniques se sont multipliés. L’expérience du VIH nous avait pourtant appris que la recherche devait être coordonnée, en consortiums internationaux et pluridisciplinaires. Je regrette aussi que la société civile n’ait pas été assez écoutée. »

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Alors que le Sidaction s’apprête à publier mercredi 24 juin une enquête sur l’information des 15-24 ans à propos du VIH, la prix Nobel de médecine identifie un manque d’information et un relâchement dans les campagnes de prévention : « Environ 24.000 personnes en France ignorent leur séropositivité. (…) De très nombreux jeunes pensent encore qu’on peut guérir du sida ! Et leur conscience du danger se relâche. L’Éducation nationale se désintéresse de cette question. Mon message, c’est : « Protégez-vous ! » Ça vaut pour le coronavirus comme pour le sida. Pendant le confinement, on sait qu’il y a eu des pratiques à risque qui peuvent aboutir à des infections au VIH. »

 

Crédit photo : Michael Fleshman


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