Roumanie : Antonella Lerca, candidate trans dans l’un des pays les plus LGBTphobe d’Europe

Cette ex-travailleuse du sexe est candidate à Bucarest pour faire entendre la voix des personnes LGBT+, alors que la Roumanie s'enlise dans la transphobie.

Le 28 septembre prochain, la Roumanie pourrait se réveiller avec la première femme trans élue à la mairie de Bucarest. Antonella Lerca, ancienne travailleuse du sexe, est candidate au Conseil municipal dans ce pays particulièrement LGBTphobe. "La société est moins transphobe que ses dirigeants conservateurs liés à l'Église orthodoxe. Les politiciens veulent importer les politiques LGBTphobes de la Hongrie et de la Pologne pour imposer leur pouvoir", corrige-t-elle.

Ici, "tout le monde applaudit Trump et Duda"

Conséquence directe, c'est son deadname, le prénom assigné à la naissance, qu'on que l'on trouvera sur les bulletins de vote. "Il faut bien faire ce compromis pour la politique. La Roumanie n'autorise pas le changement d'état civil", souffle-t-elle. Et il faut une bonne dose de courage pour faire campagne. À Bucarest, "tout le monde applaudit Trump et Duda (le président Polonais réélu sur un programme LGBTphobe, ndlr)". Alors, difficile pour Antonella Lerca de s'entourer de suffisamment de militant.e.s pour distribuer des tracts. De plus, contrairement aux autres candidat.e.s, la télévision publique refuse de parler de ses propositions pour la ville.

À 30 ans, la candidate veut "parler pour moi-même et ma communauté" afin de donner de la visibilité aux personnes LGBT+. Les droits des personnes trans sont quasi-inexistants en Roumanie. Elle peut en témoigner. "J'ai été renvoyée d'une piscine parce que mon sexe était jugé trop visible. Ils m'ont jeté dehors après avoir déchiré ma brassière", raconte-t-elle à TÊTU. Plus grave encore, elle décrit son enfance où elle a été mariée de force à une fille à l'âge de 14 ans. Vivre cette vie était trop difficile pour Antonella qui, savait déjà que le genre qu'on lui a assigné à la naissance ne correspond pas à sa véritable identité.

Un referendum manqué

"Lorsque j'ai quitté cette fille, mes parents ont dû compenser l'autre famille. Alors ils m'ont envoyé quelques mois dans un asile psychiatrique", se souvient-elle. C'est à la sortie de l'hôpital qu'elle décide de quitter la Roumanie avec des papiers d'identité qui mentionnaient "que je suis folle". À peine majeure, elle quitte ses sept frères et soeurs ainsi que son père qui la gifle. Direction Venise, en Italie, où faute de mieux, elle fait le trottoir. "C'était une période très compliquée, mais au moins, je pouvais être qui je suis vraiment", dit-elle. Après 11 ans dans la péninsule, elle décide de retourner en Roumanie pour défendre les droits des LGBT+.

En 2018, un référendum a eu lieu pour inscrire dans la Constitution que le mariage est constitué d'une femme et d'un homme. Les militants des droits de l'homme avaient invité les électeurs à s'abstenir, stratégiquement, pour faire baisser la participation. Si 93% des électeurs ont voté pour l'amendement constitutionnel, seuls 21% des inscrits se sont déplacés aux urnes. Surtout, la loi impose un minimum de 30% de participation pour changer la constitution. "C'est bien un signal qui montre que la société est plus ouverte que l'on ne le croit", juge la femme politique.

Recueillir 1.700 signatures

"Je me présente aujourd'hui au Conseil de Bucarest, c'est un petit pas pour la cause trans, mais c'est une marche qui est à notre porté. Rome ne s'est pas faite en un jour !", justifie-t-elle. Si elle est élue, elle disposera d'un droit de véto contre de potentielles mesures LGBTphobes. Notamment pour défendre la marche des Fiertés d'une éventuelle interdiction. D'ici là, elle doit recueillir encore quelque 1.700 signatures de Bucarestois.

Jusqu'alors, elle a rencontré des centaines de personnes de son district pour écouter leurs problèmes. "Les politiciens ici sont corrompus, ils se sont éloignés des enjeux concrets", juge-t-elle. Alors, elle défend un programme de protection sociale, de défense des services publics, d'investissement dans le logement social, mais aussi dans l'écologie et l'éducation. Avant de lancer : "Bucarest a besoin de changement !"

 

Crédit photo : D.R.


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