Le conservateur Andrzej Duda, réélu en Pologne sur un programme LGBTphobe

La Pologne a réélu Andrzej Duda comme président. Le candidat avait fait campagne sur un programme conservateur, notamment sur les droits des personnes LGBT+, qualifiées d'"idéologie".

Mauvaise nouvelle pour les LGBT+ polonais. Le président sortant, Andrzej Duda, conservateur et nationaliste, a été réélu à une courte majorité lors de l'élection présidentielle qui a eu lieu ce 12 juillet en Pologne. La Commission électorale a annoncé un score de 51,25% pour Andrzej Duda contre 48,79% pour son rival, l'actuel maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski (sur la foi de 99,97% des bureaux de vote dépouillés).

Andrzej Duda a largement fait campagne contre les droits LGBT+ et contre l'Europe. Selon le candidat du parti Droit et justice (PiS), les LGBT+ ne sont pas des personnes mais une "idéologie" comparable à "une sorte de néo-bolchévisme".

À deux semaines du scrutin, le 10 juin, Duda avait signé une "charte pour la famille" pour "défendre l'institution du mariage comme union d'un homme et d'une femme" et "protéger les enfants" en "interdisant la diffusion de l'idéologie LGBT dans les institutions publiques". Face à la bronca, il a tempéré ses propos insistant sur le fait que "nous sommes tous égaux et chacun a le droit au respect de sa dignité".

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Le candidat libéral créé la surprise

Le président polonais s'est explicitement prononcé contre l'adoption par les couples LGBT+. "Dans la Constitution polonaise, il devrait être dit explicitement qu'il est interdit d'adopter à toute personne se trouvant dans une relation homosexuelle (sic)", déclarait-il le 4 juillet lors d'un meeting. Dans la foulée, il a annoncé qu'il signerait un projet présidentiel d'amendement à la Constitution qu'il présenterait au parlement. Il a justifié que cette disposition se justifiait pour "assurer la sécurité d'un enfant et une éducation correcte et afin que l'État polonais sauvegarde les droits des enfants".

Son opposant, Rafal Trzaskowski (PO, centre-droit), est quant à lui un peu plus libéral sur la question des droits des personnes LGBT+. Il s'est notamment dit ouvert à l'idée de partenariats civils pour les couples LGBT+ même s'il s'est déclaré "contre l'adoption par des couples homosexuels (...) Sur ce sujet en particulier, je suis d'accord avec le président". Lors de son investiture à la candidature, en mai, Rafal Trzaskowki était crédité de 16% d'intentions de vote, note Le Monde.

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Son score ce lundi témoigne de la persistance de la mobilisation d'une partie libérale en Pologne, alors que le président sortant était annoncé comme largement favori au début de la campagne électorale. "Indépendamment du résultat, nous avons gagné car nous avons donné de l’espoir aux gens, nous avions contre nous tout l’appareil d’Etat, ses manipulations et sa propagande, et nous avons de notre côté la société civile… Ce n’est qu’un début !", a lancé dimanche soir M. Trzaskowski à ses partisans, remarque le quotidien international.

La LGBTphobie courante en Pologne

Cette réélection ne va pas améliorer la situation déjà préoccupantes des personnes LGBT+ en Pologne. Dans le pays, les commerçants ont le droit de refuser de servir les personnes LGBT+, 9% des Polonais sont favorables à la possibilité d'adopter par les couples de même sexe. 29% sont favorables au mariage pour tous les couples, d'après un sondage CBOS réalisé en 2019.

Depuis 2019, des comtés, des villes mais aussi l'équivalent des régions en France, ont défendu des "zones sans-LGBT". 31% des polonais vivrait dans une telle zone. Dans plusieurs dizaines de localités, les autorités sont incitées à prendre des mesures pour condamner "toute idéologie LGBT". Le parlement européen a adopté une résolution, le 18 décembre 2019, pour agir contre cette vague anti-LGBT+.

Dans son numéro de printemps 2020, paru en février, TÊTU a publié une enquête sur la montée de la haine anti-LGBT en Pologne.

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Crédit photo : Wikimedia Commons / Radosław Czarnecki


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