Abo

France 2RENCONTRE. Jean-Baptiste Marteau, un papa gay dans le fauteuil du JT

Par Elodie Hervé le 12/08/2020
Jean-Baptiste Marteau France Televisions

Il y a quelques années, les personnalités LGBT+ dans le monde médiatique se comptaient sur le doigt d'une main. En 2020, Jean-Baptiste Marteau, le joker du JT weekend de France 2, s’affiche sur Instagram avec sa fille et son mari. Une façon de dire que l’on peut être out, papa et très heureux.

Debout, les yeux dans la caméra, Jean-Baptiste Marteau, 37 ans, présente les journaux du 13heures et du 20 heures le weekend sur France 2. La musique s’enchaîne, les titres se lancent et le voilà qui raconte le port du masque obligatoire, l’aide au Liban ou encore les vacances made in France. Ce jeune papa a pris le fauteuil de Laurent Delahousse le temps de l’été.

“Je n’avais pas conscience qu’en devenant présentateur, je deviendrai une personnalité publique, avoue-t-il. Je l’ai découvert quand j’ai commencé à recevoir des lettres de jeunes garçons qui me remerciaient parce qu’à travers mon histoire ils découvraient qu’ils pouvaient être gay, marié, papa et heureux !” Originaire de l’Oise et d’une famille de fabricants de bijoux, il a commencé son parcours de journaliste à Equidia, une chaîne spécialiste du cheval. “C’était vraiment un rêve de gosse de devenir journaliste.”

A LIRE AUSSI : Christophe Beaugrand et son mari sont papas !

Après un passage par la chaîne sportive, l’Equipe TV, il se tourne vers LCI avant de poser ses valises à France TV en 2013. Depuis, il est passé par le 13h15, Télématin avant d'atterrir à la présentation du journal. Pendant le confinement, il a remplacé au pied levé la présentatrice Marie-Sophie Lacarrau qui s’est mise en retrait à cause d’une suspicion de Covid-19 dans son entourage proche. Et cet été, c’est lui qui reprend donc les rênes du 13h weekend.

 

 

Banaliser les couples de même sexe

“Avec cette nouvelle notoriété, j’ai compris le rôle que je pouvais avoir et c’est devenu un devoir pour moi de parler, de m’engager.” Pêle-mêle, il raconte son soutien au Refuge, à la campagne de lutte contre le cyberharcèlement “#EnsembleSurInternet” aux côtés d’Urgence homophobie, mais aussi son engagement sur Insta pour la banalisation des couples de même sexe. Pour les un an de sa fille, Colette, vendredi dernier, c’est aux bras de son mari Bruno avec qui il vit en couple depuis dix ans, qu’il apparaît.

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

❤️ @bruno_loup

Une publication partagée par Jean-Baptiste Marteau (@marteaujb) le

Un rire, un soupir et le voilà plongé dans ses souvenirs à cette époque où il ne pensait pas pouvoir un jour fonder une famille. Il se remémore son coming-out à 20 ans, la peur de ses parents qu’il n’arrive jamais à être journaliste et ce deuil qu’il doit faire de ne pas pouvoir être père. “Un jour, j’ai vu un reportage d’un couple de gays qui avait un enfant, et je me suis dit que c’était possible. Que moi aussi, je pouvais être papa. C’est fou, mais pour moi avant c’était impossible à envisager.” Une révélation dont il parle avec Bruno.

Ensemble, ils décident alors de réfléchir à devenir pères. “Mais, en France, c’est l’hypocrisie totale pour l’adoption des couples de même sexe. En théorie, c’est possible, mais en pratique beaucoup moins.” Sans détour, il décrit les délais qui s’allongent sans fin pour leurs amis qui voient leur désir de famille balayé. “On leur présente des enfants en leur disant que ce sera peut-être lui et au final, ils choisissent un autre couple. C’est extrêmement dur à vivre pour eux comme pour l’enfant.” Ils réfléchissent à passer par une co-parentalité avant de se tourner vers la GPA à l’étranger.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Il y a 1 an, tu inondais nos vies de bonheur... Bon anniversaire ma Colette 🎂❤️

Une publication partagée par Jean-Baptiste Marteau (@marteaujb) le

Congé parental

Sur cette route pour la visibilité de l’homoparentalité, Jean-Baptiste Marteau n’est pas tout seul. D’autres personnalités médiatiques comme Christophe Beaugrand ou Marc-Olivier Fogiel ont également révélé être devenus pères grâce à cette technique de procréation, somme toute banale aux Etats-Unis ou au Canada, mais qui hystérise les débats en France. Et coté femmes, la journaliste Marie Labory et sa femme Sophie Barbaroux ont librement parlé de leurs petits garçon nés par PMA.

Commence alors un autre combat : l’accès au congé parental. “Je suis parti voir les RH de France TV et j’avais le droit à douze jours, pas plus.” À ce jour, la loi française accorde 11 jours calendaires consécutifs au maximum au père. Même pour les couples gays, les deux papas bénéficient de onze jours chacun, sauf accord d’entreprise plus avantageux.

“Pour accueillir Colette, j’ai donc mis des congés de côté pendant un an, et j’ai pris trois mois à sa naissance.” Une période qu’il décrit comme « très émouvante »“Quand nous avons reçu le jugement qui disait que nous étions tous les deux papas, c’était très fort. C’était juste un papier, mais ça voulait surtout dire que la République française nous reconnaissait comme pères. Tous les deux. Sur le livret de famille, il a nos trois noms, comme n'importe quelle autre famille.” 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

👶🏼🍼 Call me dad 🍼👶🏼

Une publication partagée par Jean-Baptiste Marteau (@marteaujb) le

A LIRE AUSSI : GPA, coming out et Manif pour tous… l’interview cash de Marc-Olivier Fogiel

Informer sans discriminer

À cette époque et peu avant l’arrivée de Colette, les deux hommes décident aussi de se marier. “Pareil, c’était un moment très fort dans notre vie. On a été marié par une amie dans le 2e arrondissement de Paris et par cette action l’Etat nous a reconnu comme couple.”

Dans la foulée, il lance avec trois autres personnes, l’association France.tv pour tou.te.s. “Il n’y avait pas grand-chose pour porter les questions LGBT au sein de cette grande maison.” Peu à peu, cette association va permettre de briser l’isolement de certains LGBT, de les accompagner dans leur parcours professionnel et personnel, mais aussi de réagir face à des cas d’homophobie. “En 2020, nous avons fait remonter trois cas à la direction.”

Aujourd'hui, à la tête du 13 heures et du 20 heures du weekend, il entend aussi insuffler une véritable diversité dans les sujets traités et faire attention aux termes employés. Peu après l'adoption en seconde lecture de la loi bioéthique à l’Assemblée nationale, son journal a fait un sujet en donnant la parole aux premières concernées : les couples de lesbiennes. Sur une autre thématique parlant cette fois-ci de transition, il a demandé à la journaliste de reprendre son sujet pour éviter des mots maladroits voire discriminants. “Globalement, les retours sont positifs et les personnes me remercient”. 

Une télé plus inclusive

Une façon, pour lui, de rendre la télé plus inclusive. Il cite un autre reportage sur un sujet plus léger cette fois : ‘ces couples qui quittent tout pour aller vivre au Portugal’“Il y avait un couple d’hommes parmi les gens interrogés. Et j’ai demandé à ce que l’on ne précise pas qu’ils sont gays. Comme on ne le précise pas pour les hétéros. Certaines personnes, à ce moment-là, ont souligné qu’il fallait le dire que c’était un couple homo sinon les gens n'allaient pas comprendre. Mais non, en fait, non, c’est faux. On banalise ce couple au même titre que les autres couples et à aucun moment, on va appuyer sur le fait qu’ils sont gays ou hétéros.”

Quant à savoir si cela fait de lui un journaliste militant, il dit laisser aux autres le choix de le définir comme ils le souhaitent, non sans ironie. “En attendant, moi, je suis content de savoir que ma fille va grandir dans un monde où la diversité sera plus acceptée.”

Crédit image: France TV