sériesOn a regardé le premier épisode de "We Are Who We Are", la série de Luca Guadagnino

Par Florian Ques le 17/09/2020
we are who we are

Après avoir chamboulé les cinéphiles avec la romance italienne d'Elio et Oliver dans Call Me by Your Name, Luca Guadagnino entreprend de conquérir la télévision. Un pari audacieux qu'il pourrait bien tenir.

Lorsqu'un cinéaste réputé veut s'essayer dans une série télé, l'excitation se confond souvent avec l'appréhension. Ce fut le cas quand Luca Guadagnino a annoncé plancher sur sa première fiction pour le petit écran. Après son hit indéniable Call Me by Your Name, le réalisateur a dévoilé We Are Who We Are, une mini-série coproduite par l'Italie (Sky Atlantic) et les États-Unis (HBO). Et suite à la diffusion de son épisode inaugural, les craintes s'estompent.

Il était une (nouvelle) fois, en Italie

Avec We Are Who We Are, direction Chioggia. C'est dans cette ville côtière de l'Italie que Fraser (Jack Dylan Grazer) vient d'emménager, contraint d'élire domicile ici après la promotion de sa mère (Chloë Sevigny), désormais en charge d'un régiment au sein de la base militaire locale. Bien qu'il n'ait pas envie d'être là, Fraser explore les environs. Et se prend de fascination pour Caitlin (Jordan Kristine Seamón), sa voisine qui n'est peut-être pas qui elle prétend être.

Sur le papier, bien avant qu'elle n'entame sa diffusion, We Are Who We Are était décrite comme se focalisant sur l'amitié intense entre Fraser et Caitlin. Mais le pilote de la série est quasi-exclusivement centré sur Fraser. Une entrée en matière risquée, tant l'attitude du personnage en question déroute. On le voit gifler sa mère, sans raison apparente, et sans que le scénario ne prévoit de réprimande. Autant dire qu'à ce moment là, le capital sympathie du protagoniste principal est proche de zéro.

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Mais cet épisode introductif de We Are Who We Are peut être segmenté en deux dimensions : Fraser avec sa famille (un couple homoparental), puis Fraser à la découverte de son nouvel environnement. La première partie pèche un peu, principalement car ce premier épisode ne donne pas au téléspectateur les éléments qui permettraient de mieux cerner, et surtout de comprendre, son héros central. Nul doute que davantage de réponses seront apportées par la suite, mais ces zones d'ombre contribuent, pour l'heure, à faire de Fraser un personnage difficile à suivre.

Identité queer

Dès lors qu'on l'extirpe de cet arrière-plan familial, le personnage respire tout de suite davantage. Il paraît plus innocent, plus familier. Fraser est perçu comme un marginal tout en cultivant cette marginalité. Il observe, scrute, effleure parfois le voyeurisme, sans jamais trop en donner en retour. Croisé dans le remake de Ça, Jack Dylan Grazer insuffle ce qu'il faut de candeur à sa performance, avec des regards qui font la différence. Comme celui, à la fois curieux et désorienté, qu'il arbore après être débarqué par mégarde dans les vestiaires de militaires, tous en tenue d'Adam. Si sa queerness n'est pas verbalisée, elle est suggérée avec subtilité.

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Crédit photo : HBO

Car, de la même manière que Call Me by Your Name, cette mini-série compte bien ausculter l'adolescence queer et la recherche identitaire. Sans trop tomber dans le spoil, ce premier épisode s'achève d'ailleurs sur une question d'un personnage à un autre : "comment je devrais t'appeler ?". Tout le contraire d'anodine, elle encapsule à elle seule le propos de la série : l'identité, celle qu'on ne choisit pas et qu'on s'approprie soi-même.

Captivant

Avec une colorimétrie qui n'est pas sans évoquer celle de Call Me by Your Name, Luca Guadagnino délivre un premier chapitre léché, porté par une approche naturaliste et une bande-son enivrante produite par Devonté Hynes – ou Blood Orange, son alias à la scène. Épaulé par ses cocréateurs Paolo Giordano, Francesca Manieri et Sean Conway, le réalisateur italien promet une oeuvre singulière et gentiment provocatrice, cohérente avec le line-up de HBO.

Bien que bancales à certains égards, les bases sont posées pour faire de We Are Who We Are un récit queer exaltant sur la quête effrénée de liberté, caractéristique indissociable de l'âge adolescent. Prometteur, en espérant surtout que la mini-série ne se plante pas dans sa représentation (pour le moment à peine suggérée) de la transidentité. En attendant, on continue de déplorer le fait que la série n'ait pas trouvé de diffuseur dans notre Hexagone.

Crédit photos : HBO