NetflixAvec "Ratched", Ryan Murphy réinvente un classique pour le rendre plus queer que jamais

Par Florian Ques le 20/09/2020
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Faisant écho à l'ambiance angoissante d'American Horror Story, ce prequel queer de Vol au-dessus d'un nid de coucou est porté par une Sarah Paulson lumineuse.

Comment ça ? Déjà une nouvelle série brandée Ryan Murphy sur Netflix ? Après The Politician et Hollywood, le créateur ultra-prolifique continue d'honorer son deal avec le mastodonte du streaming. Cette fois-ci, il passe à l'offensive avec Ratched, une série dérivée de Vol au-dessus d'un nid de coucou – le roman de Ken Kesey paru en 1962, porté sur grand écran la décennie suivante par Miloš Forman. Un prequel inattendu, qui s'avère être une relecture plus queer d'un personnage emblématique de la pop culture.

Aux origines du mal

Parce qu'elle est justement nommée, Ratched se centre sur Mildred Ratched, l'infirmière austère et tyrannique incarnée par Louise Fletcher dans le film de 1975. Dans la série de Netflix, l'action démarre en 1947.  La jeune femme décroche un poste dans un asile psychiatrique de Californie. Employée modèle aux yeux de tous, Mildred camoufle une noirceur menaçante et n'hésite pas à user de stratagèmes pour manipuler celles et ceux qui l'entourent.

Comme dans bon nombre de prequels avant elle, l'enjeu principal de Ratched est simple : rembobiner pour décortiquer le personnage de Mildred et cerner ce qui a fait d'elle l'antagoniste glaciale de Vol au-dessus d'un nid de coucou. Pour ça, il faudra en partie patienter jusqu'au sixième épisode, riche en révélations concernant son enfance chaotique.

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Crédit photo : Netflix

Mais avant ça, la complexité de Mildred réside aussi dans un autre aspect de sa personnalité : son homosexualité présumée. En effet, Ryan Murphy et son cocréateur Evan Romansky ré-imaginent l'infirmière de Ken Kesey pour la dépeindre comme une femme queer dans la tourmente, tiraillée entre son attirance pour Gwendolyn (jouée par Cynthia Nixon) et les mœurs de l'époque, où l'homosexualité était perçue comme une maladie mentale.

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Pour faire justice au personnage et souligner au mieux sa dualité, qui d'autre que Sarah Paulson ? Avec une performance toujours millimétrée, l'actrice ouvertement lesbienne et fréquente collaboratrice du "Murphyverse" parvient à faire de Mildred Ratched une anti-héroïne finement creusée, à l'ambivalence fascinante. Si certain.e.s de ses partenaires de jeu sont aussi remarquables – Judy Davis, particulièrement, est un régal durant des prises de bec déjà mémorables –, c'est sur ses épaules que repose l'intégralité de la série.

Une machine pas si bien huilée

Cependant, Ryan Murphy étant Ryan Murphy, Ratched pâtit des mêmes imperfections que ses précédentes œuvres. Après avoir planté les décors (somptueux, c'est indéniable) et esquissé une entrée en matière somme toute réussie, le showrunner mise sur une multitude d'intrigues qui peuvent parfois désorienter.

Les scénaristes de Ratched prennent un malin plaisir à nous montrer que chaque protagoniste n'est pas tout à fait celui qu'on croit dans un premier temps. Le hic, c'est qu'à trop vouloir jouer sur les faux semblants, la série semble parfois perdre pied et ne plus comprendre elle-même les trajectoires et motivations de ses personnages. Heureusement, les prouesses visuelles et sonores – les férus du cinéma hitchcockien ne manqueront pas de remarquer l'influence du maître - contribuent à en faire un divertissement efficace.

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Crédit photo : Netflix

Jusqu'ici, les médias américains se plaisent à dire que Ratched est la saison d'American Horror Story que les fans de l'anthologie n'auront pas cette année, coronavirus oblige. En ça, ils n'ont pas tort. Si elle a hérité des failles de son ainée, dans ses instants les plus tendus, la série sait façonner une atmosphère à la fois glauque et inquiétante.

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Malgré ses défauts, elle s'impose comme une réécriture moderne de l'œuvre de Ken Kesey. Vol au-dessus d'un nid de coucou étant un récit tout de même très masculin, cette approche féministe et queer-friendly donne un nouveau souffle à ce film culte, comme si  le fanboy Ryan Murphy, tentait absolument de le réhabiliter.

Crédit photos : Netflix