La seule chose qui m’a manqué au concert de Dua Lipa, c’est quelqu’un pour me renverser sa bière sur les pieds

Le 27 novembre dernier, Dua Lipa a donné rendez-vous à ses fans lors d'un concert entièrement virtuel. Une alternative ingénieuse, qui m'a surtout fait réaliser à quel point les "vrais" concerts me manquaient.

Si on m'avait dit en ce début d'année que je materais un concert live via mon téléviseur, j'aurais rigolé. Qui a le temps (et la volonté) de se poser devant un écran pour assister à une telle performance ? La réponse : moi-même, après de longs mois de confinement, de couvre-feu, de reconfinement, de re-couvre-feu... Bref. Coronavirus oblige, les salles de concert n'ont pas encore repris du service et leur date de réouverture n'a pas encore été définitivement fixée. C'est donc avec un léger pincement au cœur que je me suis rendu au Studio 2054, le concert entièrement virtuel mis en place par Dua Lipa.

Petite clarification : quand je dis que je me suis rendu à cet événement digital, je veux surtout dire que je me suis enfermé dans ma chambre de gosse – confinement en famille, ne jugez pas – avant de cliquer sur le lien. Parce que j'avais un accès VIP, j'ai pu me délecter d'un montage vidéo de 30 minutes durant lequel on observe Dua Lipa et toute sa troupe se préparer pour le concert. Répétitions de danse, construction des sets, tests micro… La totale. Ah, Dua porte un jogging XL et possède une monture épaisse de lunettes sur le nez. Ça tombe bien : c'est aussi mon outfit pour la soirée. Le glam à l'état pur.

Puis, le spectacle commence. Avec le morceau éponyme de son deuxième album, Future Nostalgia. Zut, Dua Lipa arbore finalement une robe à franges scintillante. Niveau style, elle gagne : avec mon t-shirt troué que j'avais ramené d'un voyage scolaire en Grèce en 3ème, impossible de rivaliser. Un point pour elle. Deux points supplémentaires parce que Madame Lipa sait désormais se déhancher. Un brin traumatisée par les multiples memes moquant ses capacité chorégraphiques, la chanteuse s'est payé des cours de danse. Et ça se ressent ! Malgré un début balbutiant (stress visible + léger souci de volume du micro), Dua prend vite en confiance. Les titres s'enchaînent alors que notre star de la soirée virevolte de scène en scène.

La nouvelle reine de la pop

Car à la différence d'un concert bien réel, celui-ci ne nécessite pas de temps mort pour changer d'éventuels décors. Un entrepôt entier a été aménagé afin de concevoir différents spots pour les performances de Dua Lipa. Grâce à des caméras astucieusement placées, la succession de chaque séquence se fait de manière assez fluide, à tel point que j'ai l'impression de regarder un long clip plutôt qu'un concert. Et pour cause : Dua Lipa a soigné l'esthétique et rien ne semble laissé au hasard. La preuve alors que les vêtements portés par l'artiste et sa troupe de danseurs reflètent les lumières néon disséminées tout autour d'eux, créant un grain vintage qui colle aux tubes très influencés par les 80's de l'album Future Nostalgia.

Sans s'octroyer de réelle pause (hormis deux ou trois changements de tenues réalisés tellement vite que je soupçonne Dua Lipa d'être Usain Bolt), Dua clôt son concert en un peu plus d'une heure. De son single "Hallucinate" à son hit révolu "New Rules", la popstar britannique sait comment combler ses fans. Et les divers caméos très attendus, comme ceux d'Angèle ou de FKA Twigs, ont été à la hauteur. Mention spéciale pour l'apparition de Kylie Minogue, qui semble vivre sa meilleure vie aux côtés de Dua : la rencontre touchante de deux icônes gays appartenant à deux générations différentes.

Dans l'idée comme dans l'exécution, son projet Studio 2054 est réussi. Mais l'existence même de ce projet souligne un terrible manque. Un manque de contact humain et d'échange social.

Une expérience difficilement égalable

Un concert, ça n'est pas juste un·e artiste qui interprète sa discographie devant un public. C'est tant d'autres détails. Un concert, c'est ce fan hardcore qui hurle au premier rang entre deux chansons pour balancer un "I love you [insérer nom de l'artiste]". C'est cette fille qui chante à pleins poumons pendant que son boyfriend reste stoïque à côté d'elle, se rappelant que l'amour est fait de compromis. C'est ce garçon plutôt mignon à qui tu fais de l'œil à l'autre coin de la pièce en te demandant s'il est intéressé par toi. C'est cette odeur un peu douteuse parce que la fille à côté de toi est fâché avec son déodorant. Et, oui, c'est aussi cette personne qui renverse un quart de sa bière sur tes chaussures sans même s'excuser.

Alors OK, j'ai conscience que, présenté sous cet angle, un concert ne fasse pas rêver. On en ressort souvent avec les pieds endoloris, la voix cassée, les chaussures souillées. Mais ça n'est pas grave. Ce qui importe, c'est d'avoir kiffé, d'avoir partagé une expérience commune avec d'autres personnes. Aussi abouti que soit Studio 2054 – et on peut applaudir Dua Lipa pour avoir fait exister sa musique en dépit d'un contexte peu favorable –, un concert virtuel n'égalera pas un véritable concert.

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Le seul bon côté, c'est peut-être d'avoir pu voir une scène dans son intégralité, là où c'est beaucoup plus délicat IRL quand on mesure 1m68. Mais quitte à choisir, je préfère passer un concert entier sur la pointe des pieds. Idéalement en 2021, quand les salles pourront nous accueillir à nouveau. Hâte.

Crédit photo : Dua Lipa via Instagram


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