Réveillon : « To Party or not to party ? » à l’heure du Coronavirus

Le ministère de la santé est clair : il vaut mieux ne pas fêter le nouvel an. Une consigne difficile à entendre pour certain.e.s qui, après une année bien amputée par deux confinements et la fermeture des lieux de sociabilité LGBT, ont prévu de tout de même se réunir en ce 31 décembre. Témoignages.

Chaque fin d’année à Lyon depuis cinq ans, l’événement queer à ne pas louper se déroule sur le rooftop  du Sucre, lieu culturel emblématique de la ville niché au sud de la presqu’île, en plein quartier de La Confluence. Son nom ? La Garçon sauvage (GS), concept de soirée qui attire un monde fou (les préventes partent en quelques minutes) chaque 31 décembre donc, mais également à d’autres moments de l’année. Sauf qu’en cette fin 2020, les garçons et les filles sauvages devront fêter la nouvelle année loin du Sucre, coronavirus oblige.

« On a reçu beaucoup de messages de notre public du fait de l’annulation de la soirée du 31, notamment des habitués qui viennent tous les ans et qui sont très tristes de ne pas pouvoir retrouver ce rapport de bienveillance entre clubbeurs, cet endroit sans jugement avec une mixité sociale extrêmement forte. D’ailleurs, on reçoit ce genre de message depuis le début du premier confinement : ça n’arrête pas, avec des tags toutes les semaines sur d’anciennes photos Facebook ou des petits mots de sympathie comme quoi les nuits sans nous ne sont plus les mêmes » nous a expliqué l’emblématique Chantal La Nuit, à l’origine de ces GS dont elle assure la direction artistique. Elle avait d’ailleurs tout calé pour la prochaine, avec cette fois une performance de théâtre libertaire entre deux DJs. Ce sera pour plus tard.

Soirée miniature

On a contacté plusieurs de celles et ceux qui choisissaient de passer le réveillon avec Chantal La Nuit et son collectif Plusbellelanuit ; le constat est souvent le même : il va y avoir un manque. Pour Leïla, habituée, « c’était l’occasion de rencontrer plein de gens géniaux dans un endroit hyperfestif. Alors que là, mon 31 va ressembler à une teuf un peu lambda, en petit comité, avec les potes habituels ». Pareil pour Thomas, plusieurs GS au compteur : « Je vais faire une soirée qui sera plus conventionnelle, sans nouvelles rencontres. » Conventionnelle, certes, mais soirée tout de même. Car toutes et tous n’imaginent pas passer d’un club avec 800 personnes à rien du tout comme le recommande le gouvernement.

Pour Mathieu, « oui, c’est triste de ne pas pouvoir faire le 31 comme avant, avec la fermeture des boîtes, des bars et le couvre-feu, mais on va tout de même le faire, différemment. On ne va quand même pas rester chacun chez soi le dernier jour de cette année pourrie ! Pour ma part, on va se réunir entre amis – on sera 17 normalement – dans la maison de l’un d’entre nous. Ca sera comme une Garçon Sauvage, mais en miniature ! »

Recommandations sanitaires

Mais attention, ce n'est pas parce qu'ils seront plus des six conseillés par le gouvernement qu'ils vont envoyer valser toutes recommandations sanitaires. « On se fera tous tester avant pour plus de sureté, et on essaiera d’appliquer au mieux les fameux gestes barrières – on ne se fera peut-être même pas la bise à minuit ! » Repas entre potes, soirée dans un appart « en petit comité » ou « à la campagne dans un endroit isolé » voire teuf clandestine : le passage à la nouvelle année sera bien célébré par pas mal de monde.

Mais pour Mathieu, « honnêtement, si le 31 avait eu lieu pendant le premier confinement, très strict, je me serais posé la question de le faire ou pas. Là, on sort du deuxième confinement, ça a été la fête foraine un peu partout avec Noël notamment, alors je me sens clairement moins coupable. Et puis ça arrive justement après Noël, après avoir vu nos familles, on se dit que c’est moins dangereux. »

31 en ligne ou en photo

D’autres ont choisi de respecter les recommandations sanitaires tout en s’enjaillant un minimum, à l’image de Virginie, nouvellement installée à Nantes. « Le 31, je serai dans les Landes dans la maison de ma meilleure amie avec quatre personnes – elle a bien fait attention qu’on ne soit pas plus de six. Et on va prendre un ticket pour l’événement organisé en ligne par la DJ Barbara Butch. Depuis le premier confinement, elle fait des soirées sur Zoom, surtout pour les gens qui sont seuls, et tout le monde s’amuse ! C’est un concept super chouette avec des playlists assez hétéroclites, ça met parfaitement l’ambiance pour un 31. » De nombreux raouts seront ainsi organisés virtuellement en ce dernier jour de 2020, du concert de Jean-Michel Jarre à celui de David Guetta en passant par, plus queer, un mix de Barbara Butch donc ou encore une série de performances drag avec le collectif grenoblois La Cuvette.

C’est que tous les moyens sont bons pour combler l’absence de fête qui pèse en cette drôle de période. D’où le succès viral du tweet du Bordelais Anthony alias Popi sur Twitter. Une photo de lui au milieu d’une foule en train de danser, une question (« Je pense que ça manque à beaucoup d’entre nous là donc : c’est quoi la meilleure photo de vous en train de danser / festoyer / célébrer (/ vivre) ? ») et hop, la magie des réseaux sociaux fait le reste avec un partage massif de photos et de vidéos en cette fin décembre, comme une sorte d’exutoire numérique. « Dans cette période qu’on traverse, danser avec du monde, des inconnus, draguer, ça me manque énormément. C’est pour ça que j’ai eu envie de partager ça sur Twitter. Je ne m’attendais pas à un tel succès ! »

On a alors eu envie de lui demander ce qu’il a prévu pour jeudi soir. Réponse toute simple. « Le 31 n’est pas forcément une soirée qui m’intéresse particulièrement, mais pour conjurer le sort de l’année 2020, j’avais quand même envie de faire quelque chose a minima. Je serai sur le bassin d’Arcachon chez un ami, un truc tout simple en nombre très réduit pour respecter les consignes qu’on nous a données ! »

Résilience

D’autres profitent néanmoins de la période pour carrément se libérer de la pression du 31, comme l’a tweeté avec succès (près de 4000 likes) et un brin de sarcasme le rédacteur en chef de Vice Paul Douard. « C’est un bonheur que le Nouvel An soit "annulé". Pas de pression pour faire la soirée de l’année, pas de "Tu fais quoi toi ? ", pas de "Chepa j’ai plusieurs trucs j’hésite" pour faire genre, pas de bise gênante à minuit avec des gens inconnus. Bref, pas de soirée de merde. »

Chantal La Nuit, elle, profitera de cette pause forcée pour « passer du temps en famille avec les enfants de mon conjoint, on est très contents de pouvoir faire le 31 ensemble pour une fois ». Avant de conclure : « Globalement, cette période est compliquée, certes, mais elle est comme un moment de résilience, on utilise ces temps un peu calmes sans clubbing pour prendre du recul et imaginer la suite sereinement. » En attendant tout de même la prochaine Garçon Sauvage « avec impatience », qu’elle soit le 31 décembre ou pas , à Lyon ou ailleurs (les GS s’exportent de plus en plus !), histoire de refaire enfin une grosse teuf avec plein de monde.


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