3 romans graphiques contemporains et brillants avec des héroïnes lesbiennes

Ces derniers mois, des personnages féminins, queers, assumés et agréablement nuancés se sont fait une place dans le monde de la bande dessinée. Petit tour d'horizon avec une sélection de trois titres qu'il ne fallait pas manquer en librairie.

Pour beaucoup de néophytes, la représentation saphique dans l'univers de la BD commence et s'arrête à Le bleu est une couleur chaude. Or, une poignée d'ouvrages fraîchement parus prouvent le contraire. En l'espace de quelques mois, plusieurs héroïnes lesbiennes ont fait du bien au roman graphique. Des personnages distincts, creusés, qui bravent les préjugés et piétinent les stéréotypes qu'on aimerait bien leur prêter. Voici trois récits immanquables pour vous émouvoir – et combler votre bibliothèque.

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Mes ruptures avec Laura Dean

Une séparation n'advient, en général, qu'une seule fois. Pas pour Freddy. En vérité, ça fait déjà plusieurs fois que Laura Dean, sa petite amie et l'une des filles les plus populaires de son bahut, rompt avec elle. Et l'ado de 17 ans en a marre. Le hic, c'est qu'elle n'arrive pas à prendre ses distances avec la manipulatrice Laura et mettre un terme à cette relation des plus nocives. Cependant, il vaudrait mieux qu'elle agisse vite avant que Freddy ne commence à trop délaisser ses ami·e·s et, surtout, à négliger son estime de soi.

Crédit photo : Éditions Rue de Sèvres

Au-delà de parler de dépendance affective, Mes ruptures avec Laura Dean aborde l'amour sous toutes ses formes : le passionnel, le dévorant, l'amical et, en un sens, l'amour-propre. Malgré l'âge des personnages, son propos peut faire écho chez un lectorat plus âgé et, en prime, est très bien valorisé par des dessins minutieux. Et, aussi, un parti pris esthétique bien pensé : les illustrations sont en noir et blanc, avec seulement des pointes de rose çà et là, éternelle couleur du sentiment amoureux. Beau et inspirant.

Mes ruptures avec Laura Dean, de Mariko Tamaki et Rosemary Valero-O'Connell est publié aux éditions Rue de Sèvres.

Ne m'oublie pas

La maladie d'Alzheimer est de plus en plus coriace pour la grand-mère de Clémence. Ses éclairs de conscience se font moindres, son état de santé décline doucement. Pire encore, le personnel soignant de sa maison de retraite ne semble pas bien s'en occuper. En voyant sa mamie dans une telle détresse, Clémence agit sur un coup de tête. Sans prévenir quiconque, les deux partent en road-trip avec un but en tête : retrouver la maison d'enfance de l'aïeule dont elle parle incessamment. Un voyage qui leur permettra de se retrouver, de se comprendre et, peut-être, de se dire adieu d'une bien belle façon.

Crédit photo : Éditions Le Lombard

Vous l'aurez deviné, Ne m'oublie pas n'est pas une œuvre queer à proprement parler, dans le sens où cette dimension-là du personnage ne figure pas au cœur de la narration. Mais c'est pourtant là que réside la beauté de cet ouvrage. Clémence est ouvertement lesbienne – en témoignage une petite escapade nocturne avec une autre femme – mais ce trait ne définit pas sa trajectoire. Il s'agit surtout ici d'un roman graphique personnel sur la transmission familiale, dont les dessins épurés subliment des dialogues sensibles. Un tour de force pour l'autrice Alix Garin, qui signe un premier livre stellaire à seulement 23 ans.

Ne m'oublie pas, d'Alix Garin, est publié aux éditions Le Lombard.

Le goût de la nectarine

Ensemble depuis un petit bout de temps, Max et Bron vivent sous le même toit. Mais pour Bron, la cohabitation se fait de plus en plus difficile alors que sa dépression la ronge et qu'elle se sent comme étouffée dans son quotidien. Sur un coup de tête, elle décide de mettre en pause leur relation et de retourner vivre chez mes parents. Parents qui, à son grand dam, ont du mal à appréhender sa transidentité. De son côté, Max doit se réhabituer à une routine sans l'assurance que lui apportait sa petite amie. C'est alors pour elle l'occasion de renouer avec sa sœur, avec qui elle avait un lien plutôt distendu jusqu'ici.

Crédit photo : Éditions Sarbacane

D'une part, Le goût de la nectarine est un des rares roman graphiques à s'emparer de la question de la transidentité, à travers un personnage indéniablement humain et complexe. Mais au-delà de cette qualité-là, le récit de l'autrice australienne Lee Lai décortique surtout une relation amoureuse dévorante mais imparfaite en se focalisant sur les deux entités distinctes qui forment le couple. Par le biais de leurs quêtes identitaires évoluant en parallèle, elle souligne l'importance de l'acceptation de soi et des vertus comme la patience ou la tolérance. Une vraie leçon de vie, portée par des illustrations monochromes léchées.

Le goût de la nectarine, de Lee Lai, est publié aux éditions Sarbacane.

Crédit photos : Éditions Le Lombard / Rue de Sèvres / Sarbacane


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