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Girl in Red

Culture

« Vivement les pogos » : à la rencontre de Girl in Red, déjà icône queer

Crédit photos : Jonathan Kise

RENCONTRE. Du haut de ses 22 ans, Marie Ulven, plus connue sous son nom de scène Girl in Red, est déjà érigée comme un pilier de la culture lesbienne. L’identité queer pleinement assumée et la transparence dont la chanteuse et compositrice fait preuve à travers sa musique font mouche. Elle vient à peine de sortir son tout premier album, If I Could Make It Go Quiet. À cette occasion, TÊTU l’a rencontrée.

« J’ai tout le temps l’impression d’être l’héroïne d’un film pour ados », lâche Girl in Red lorsqu’on échange avec elle via webcam. Et on peut la comprendre : depuis qu’elle a soufflé ses 18 bougies, celle que l’état civil connaît comme Marie Ulven vit un rêve éveillé. Repérée sur les réseaux sociaux, elle se retrouve vite catapultée sur la scène musicale norvégienne grâce aux morceaux pop savoureux qu’elle confectionne dans sa chambre. Deux EP et une tournée américaine plus tard, la jeune musicienne cartonne. Et voilà que son tout premier album est enfin disponible.

Avec les onze titres qui composent If I Could Make It Go Quiet, l’artiste propose un son plus poli qu’à ses débuts. « Je dirais que je me suis élevée musicalement parlant, analyse-t-elle. C’est différent car j’ai bossé majoritairement dans un studio d’enregistrement, donc le fonctionnement n’était pas le même ». Avec des chansons comme « You Stupid Bitch », Girl in Red (les puristes écriront « girl in red ») use les mêmes ingrédients que pour les singles qui l’ont rendue célèbre : une mélodie pop avec des accents gentiment rock. Et, surtout, une énergie communicative qu’elle semble désormais mieux maîtriser.

Cet opus inaugural est également l’occasion pour elle de creuser plus en profondeur une thématique récurrente de sa discographie : la santé mentale. Sur le titre « Rue », elle rend hommage au personnage éponyme de la série Euphoria (HBO). Celui d’une adolescente diagnostiquée bipolaire – brillamment jouée par Zendaya – à qui Girl in Red s’identifie beaucoup. Puis, sur son single entêtant « Serotonin », la chanteuse délivre ses meilleures paroles. Un texte ambivalent où elle entrelace les pensées corrosives rongeant son esprit et la volonté tenace de vouloir enfin les terrasser.

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Crédit photo : Jonathan Kise

Mais il y a un autre aspect de son identité sur lequel Marie Ulven est totalement transparente, depuis ses premiers morceaux comme « I wanna be your girlfriend » : son orientation amoureuse. Ouvertement lesbienne depuis le lancement de sa carrière, elle parle fréquemment, au gré de ses musiques, de ses béguins pour d’autres femmes. Comme sur son envoûtant « Two Queens in a King Sized Bed », un titre plus mielleux et apaisant que ce qu’elle propose à l’accoutumée. C’est donc tout naturellement que la communauté LGBTQI+ l’a accueillie à bras ouverts. Au point où son nom de scène est devenu un mème résolument queer.

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"Je veux que tout le monde se sente inclus et aimé à travers ma musique"

Girl in Red

Sur le réseau TikTok, une flopée d’internautes a popularisé la question « do you listen to Girl in Red? » (« est-ce que tu écoutes Girl in Red ? ») comme moyen détourné pour demander à une personne si elle est queer. Il s’agit là d’une réelle tendance qui cumule des centaines et des centaines de vidéos partagées en ligne. Plus récemment, lors de la toute première Marche lesbienne à Paris, des manifestantes arboraient fièrement leur sac en toile customisé avec cette question devenue mème. Pas de doute, Girl in Red s’exporte. Et son impact, lui, ne cesse de prendre de l’ampleur. L’artiste s’en réjouit… avec quelques réserves.

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« Bien entendu, je trouve ça génial et je veux être cette personne à laquelle les gens peuvent s’identifier, reconnaît-t-elle après un léger temps d’hésitation. Je veux pouvoir être ce symbole de réconfort et je veux que tout le monde se sente inclus et aimé à travers ma musique, qu’importe leur identité. Mais j’essaie toujours d’appréhender quelle est ma responsabilité. Je n’ai que 22 ans, après tout. Je me dis que je suis au même niveau que mes fans, au moins sur le plan émotionnel ».

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Crédit photo : Jonathan Kise

Bien qu’elle connaisse une certaine notoriété sur les réseaux sociaux, Girl in Red préfère s’en tenir loin. La plupart du temps, en tout cas. « J’ai une relation complexe avec eux car je les aime autant que je les déteste, confie-t-elle. Je les adore parce qu’ils me permettent d’entrer en contact avec mes fans et de voir ce que font mes amis. Mais c’est aussi bizarre quand des gens que tu ne connais pas se mettent à te taguer et à parler de toi de façon pas toujours sympathique ». La chanteuse n’est tristement pas à l’abri de commentaires dénigrant son goût pour les femmes. Elle s’y résigne sans désespérer : « Il y aura toujours un homophobe quelque part mais j’essaie de me focaliser sur le positif, de bien m’entourer et d’être une bonne personne quoi qu’il arrive ».

"J'ai juste hâte d'être au milieu d'un pogo et de passer le meilleur moment de ma vie"

Girl in Red

Plutôt que de lézarder sur Internet, Girl in Red préfère grandement développer sa fibre artistique. Bien que la musique « occupe le plus clair de [son] temps », la Norvégienne apprécie se munir d’un appareil photo et s’est découvert depuis peu un intérêt pour la peinture. « Je viens d’attaquer mon plus gros tableau là, donc je suis toute excitée », confie-t-elle. Entre ses allers-retours fréquents au studio, ses nouveaux hobbies et son adorable chienne Luna, Marie Ulven sait comment occuper ses journées. En attendant de bientôt retrouver le chemin des concerts après une longue pause. « J’ai juste hâte d’être au milieu d’un pogo et de passer le meilleur moment de ma vie », soupire-t-elle déjà de soulagement. On soupire avec elle.

>> Girl in Red sera en concert en mai 2022, à la Cigale à Paris


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