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musiqueOn a parlé méditation, célébrité et réseaux sociaux avec Lorde

Par Antoine Patinet le 28/09/2021
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Avec Solar Power, Lorde sort de sa mélancolie pop et convoque tout le monde à la plage pour une séance de méditation. Un nouvel album pas si premier degré qu’on pourrait le croire...

Elle est loin l’ado mal dans sa peau qui nous faisait onduler sur “Royals”. En moins de dix ans, Lorde a gagné sa place dans le panthéon de nos icônes avec son écriture qui vient des tripes et ses hymnes générationnels brisés, comme sa voix, qui semble toujours en lendemain de fête. Mais, pour l’ex-idole des ados et des post-ados déprimé·es des années 2010, le temps n’est plus à la désillusion, aux afters et aux relations toxiques de “Perfect Places” ou “Green Light”.

Ella – son nom à la ville – a grandi. La preuve dans son troisième opus, Solar Power, sorti le 20 août, où elle convoque à la guitare acoustique les esprits de l’été. Mais ne croyez pas que la chanteuse néo-zélandaise de 25 ans fait ses salutations au soleil tous les matins en faisant brûler du bois de santal pour chasser les mauvaises ondes. Son monde, comme le nôtre, est toujours aussi sombre, simplement elle a compris qu’il faudrait vivre avec. Et qu’il valait peut-être mieux le prendre avec légèreté.

Sur “Mood Ring”, tu essaies de te convaincre que tu peux aller mieux grâce à l’astrologie, les “bagues d’humeur”, les cristaux, la sauge... On ne te connaissait pas aussi taquine !

Lorde : C’est vrai ! En faisant ce disque, je me sentais vraiment légère et désinvolte, et il y a plusieurs moments dans l’album où je me suis même permis d’être ironique. Ça semble beaucoup étonner le public et les journalistes, que je puisse être drôle !

C’est sûr que si l’on attend des ballades tristes comme “Writer in the dark” ou “Liability”, ce n’est peut-être pas le bon disque...

Oh ! (Elle fait mine d’être vexée.) Il y a quand même des moments de profonde introspection et de vulnérabilité. Après, c’est vrai que j’étais dans un état d’esprit tellement lumineux... Mais je me suis quand même mise à nue... J’ai tout mis sur la table !

Tu as quitté les réseaux sociaux pendant un long moment, c’est ça le secret du bonheur ?

C’est possible. J’ai trouvé ça vraiment régénérant. J’ai eu l’impression de retrouver quelque chose que je ne savais pas que j’avais perdu.

Je pense que c’est le cas pour beaucoup de gens...

Oui ! Quand je dis “est-ce que tu peux me joindre ? Non, tu ne peux pas !” dans “Solar Power”, c’est presque sexy parce que justement je voulais rendre cool le fait de déconnec- ter. Et je pense que de plus en plus de gens vont s’y mettre. Après cette année de pandémie, tout le monde commence à se rendre compte que les réseaux sociaux sont un danger pour la santé mentale.

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"Il faut savoir retrouver la sensation d’être un loser, sinon on finit par se prendre pour Dieu, et on n’a plus rien à dire !"

Et la célébrité ? Tu dis que le monde des pop stars est “ridicule”, “excessif” et très centré sur l’apparence. Tu n’aimes pas être une pop star ?

J’aime bien être une pop star, mais parce que je m’impose des limites. Je suis une pop star un an, le temps de la promo de l’album, de la tournée, et après je rentre chez moi en Nouvelle-Zélande et je ne suis plus une pop star pendant trois ans. Je ne prends que les bons côtés !

Tu arrives à avoir une vie normale là-bas ?

Les Néo-Zélandais s’en foutent un peu de moi maintenant. À Auckland, je suis la fille connue qu’ils ont croisée dans la rue une fois, et voilà. Il n’y a pas de paparazzis, et je ne ressens aucune pression quand je vais quelque part. Aux États-Unis, c’est différent. Je dois réfléchir à tout quand je quitte un hôtel.

Tu n’as jamais voulu de cette vie ? Même quand tu as sorti “Royals” ? Tous·tes les ados rêvent d’être une star...

Je ne crois pas. Évidemment, j’ai grandi dans la pop, et, a posteriori, je me rends compte que ça m’a beaucoup in- fluencé, mais au début je n’avais même pas conscience d’en faire. Plus jeune, j’aimais vraiment la musique indé. J’étais un peu snob, je n’allumais jamais la radio. Je ne faisais pas partie de ces filles qui veulent devenir célèbres, ou même monter sur scène. Je voulais devenir autrice, et j’étais assez convaincue que personne ne verrait jamais ma tête.

Tes textes ont joué pour beaucoup dans ton succès. Tu es devenue, à 16 ans, la voix d’une génération. C’est compliqué de devenir adulte après avoir entendu des milliers de gens dire “mon Dieu, ce qu’elle raconte, c’est ma vie” ?

Il faut surtout faire attention à ne pas les croire ! Je me suis toujours vue comme un travail en cours. Une personne imparfaite. C’est quelque chose que tu peux perdre quand tu as tous les jours des gens qui t’habillent, te maquillent, te flattent. Mais rien de tout ça n’est vrai. Il faut savoir retrouver la sensation d’être un loser, sinon on finit par se prendre pour Dieu, et on n’a plus rien à dire ! (Rires.)

Tu te considères comme une personne dark ?

Je ne crois pas. J’ai plutôt l’impression de questionner le monde en permanence. Et, parfois, des questions sombres amènent des réponses qui le sont encore plus ! Mais je ne me suis jamais sentie aussi bien que ces dernières années.

Cela se sent ! C’est peut-être ce chemin, cette mue, qui fait de toi une icône pour plein de personnes queers...

C’est ce que m’a dit un ami gay qui essayait de comprendre pourquoi autant de personnes LGBTQI+ avaient aimé Melodrama. Il y a, selon lui, quelque chose de l’ordre d’une éclosion, à laquelle les personnes LGBTQI+ peuvent s’identifier. Je ne sais pas si c’est vrai mais, en tout cas, c’était l’une des plus belles surprises de ma carrière.

Droits LGBTQI+, racisme, féminisme... De plus en plus d’artistes font entendre leurs voix sur des sujets politiques. Toi, tu parais plus discrète sur tes convictions...

J’ai des opinions politiques très fortes. Mais, ces dernières années, j’ai l’impression que les prises de position des personnalités ont pu avoir un effet un peu contre-productif. Je n’aimerais pas être la chanteuse qui dit aux gens ce qu’ils doivent penser ou pour qui ils doivent voter, alors qu’elle vit comme une princesse. Mais il y a des choses sur lesquelles je ne me suis jamais retenue d’élever la voix, comme les droits des personnes LGBTQI+ ou la lutte contre le racisme. Ces sujets, comme le changement climatique, ne sont pas de la politique. Ce sont des évidences.