PrésidentiellePrimaire pop, Hidalgo, Taubira & Jadot : où en est-on du grand manège 2022 à gauche ?

Par Nicolas Scheffer le 13/01/2022
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Deux semaines avant le vote en ligne de la Primaire populaire relancée par Anne Hidalgo et Christiane Taubira, difficile de comprendre ce qui en découlera et qui ira vraiment "jusqu'au bout" de cette campagne présidentielle. Le risque est grand d'une démobilisation générale à gauche.

Pierre Larrouturou devrait peut-être manger un morceau. Si l'eurodéputé (Nouvelle Donne) a carrément démarré une grève de la faim pour exiger de la gauche française qu'elle s'unisse en vue de l'élection présidentielle, l'entreprise semble plus improbable encore qu'une bise de Vladimir Poutine à Joe Biden obtenue par Alexeï Navalni. Pourtant, les mains tendues, les appels du pied et les chifoumis ne manquent pas pour tenter d'éviter l'éparpillement des candidatures... en vain jusqu'ici.

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Le 8 décembre, Anne Hidalgo, candidate investie par le parti socialiste (PS), a bien tenté de rebattre les cartes – et de rattraper sa campagne mal partie – en proposant aux différents candidats de la gauche de s'inscrire dans le cadre d'une primaire commune. Cela tombait à pic, une initiative hors partisane, venue de la société civile et forte de 300.000 sympathisants, organisait justement une Primaire populaire en ligne, aujourd'hui prévue les 27 et 30 janvier (pour y participer, les électeurs sont appelés à s'inscrire gratuitement avant le 23 janvier). Une certaine Christiane Taubira avait d'ailleurs fait la promo de cette piste huit jours plus tôt…

Taubira "pas une candidate de plus"

Le 17 décembre encore, voilà que Christiane Taubira arrosait abondamment cet espoir d'une primaire salvatrice en annonçant "envisager" de se lancer dans la présidentielle, tout en assurant qu'elle ne serait "pas une candidate de plus". "Je mettrai toutes mes forces dans les dernières chances de l'union", martèle-t-elle alors dans une déclaration en vidéo postée sur les réseaux sociaux. Puis l'ancienne garde des Sceaux, espérant sans doute un effet de souffle, donnait rendez-vous à ses soutiens à la "mi-janvier". Rideau, vacances, Noël, 2022.

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Depuis la rentrée de janvier, la candidate déçue de 2002 a envoyé de nombreux selfies à une gauche qui attend des gages : Christiane Taubira auprès d'un centre de vaccination d'un quartier populaire, Christiane Taubira auprès d'un agriculteur – bio – en Ariège, Christiane Taubira auprès des enseignants en grève ce jeudi 13 janvier. Entre la dinde et le champagne, l'égérie du mariage pour tous avait aussi pensé à publier le 29 décembre une tribune dans Le Monde affirmant que les idéaux de gauche sont "liées par un destin collectif qui transcende les péripéties personnelles". "Je sais pour qui je veux me battre", écrivait-elle. Elle doit désormais déclarer fermement sa candidature, selon BFMTV depuis Lyon ce samedi 15 janvier.

Primaire populaire : boudera bien…

Mais l'appel d'Hidalgo puis l'irruption de Taubira n'ont pour l'heure rien réglé des divisions à gauche, ne parvenant pas à rallier Yannick Jadot, le candidat écologiste, à la primaire commune. Après l'annonce du retour de l'ancienne ministre, Sandrine Rousseau, porte-parole de la campagne EELV, appelait les principaux candidats à venir s'embrasser chez elle sous le gui du Nouvel an. Mais son candidat, déjà vainqueur de la primaire écologiste et refroidi par son ralliement à Benoît Hamon en 2017, a douché l'optimisme d'un réveillon commun.

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Devant l'insistance d'Anne Hidalgo, Yannick Jadot lui a donné le 9 janvier sur France Inter un cours de consentement : "Quand c'est non, c'est non", a-t-il soufflé, rappelant à nouveau que sa candidature est déjà issue d'une primaire citoyenne. Plafonnant devant ses concurrentes à 9% dans les intentions de vote, il se voit le mieux placé à gauche pour se hisser au second tour. Et d'entonner à propos de la Primaire populaire : "C'est le temple solaire, on se tient la main, on est dans une dépression absolue et mettons-nous ensemble pour mourir ensemble !".

Hidalgo "jusqu'au bout"

Jean-Luc Mélenchon, lui, se tient depuis le départ soigneusement éloigné de ce marais. Lui qui est mieux placé dans les sondages, demande à ce qu'on "le laisse tranquille". "Je suis un peu fatigué de voir comment toute une certaine gauche passe son temps à gémir et à pleurnicher sur le thème 'S'il n’y a pas d’union, eh bien, il n’y a pas de victoire possible'. Moi je dis : mobilisez-vous ! Agissez !", a-t-il martelé le 3 janvier sur Inter. En 2022, fait-il valoir, alors qu'en plus l'élection est avancée à la mi-avril, plus le temps de négocier un programme commun :"Je milite pour la retraite à 60 ans avec 40 annuités. Les socialistes ont porté la retraite à 43 annuités et M. Sarkozy l’a mis à 62 ans. Et Mme Hidalgo a dit qu’elle voulait le sanctuariser à 62 ans. Qu’est-ce que je vais dire alors ? On ne va pas parler de retraite pour ne fâcher personne ?" Fermez le ban.

Finalement, bien que rejointe par Christiane Taubira, Anne Hidalgo a jeté en ce début janvier l'éponge de l'union de la gauche. “Je m’y colle, j’y vais”, a-t-elle lancé le 7 janvier à Libération en parlant de la présidentielle, résignée : "Chacun va donc porter ses couleurs, ce sera plus difficile mais la politique réserve de belles surprises". Avant de reconfirmer ce jeudi 13 la relance de sa campagne à Nicolas Demorand et Léa Salamé rendus incrédules par la répétition du film : "J'irai jusqu'au bout". Au bout de quoi ? Que feront les deux candidates si l'une remporte la primaire en ligne ? Comment réagiront leurs concurrents à gauche et les soutiens de ceux-ci ? Sans doute en saurons-nous plus le 31 janvier après le vote… Ou pas, la politique réservant aussi de mauvaises surprises.

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Crédit photo : capture d'écran Primaire populaire