Je me suis fait harceler par l'Education nationale parce que je suis gay
Témoignages

Je me suis fait harceler par l'Education nationale parce que je suis gay


Mitch souhaite raconter son histoire pour se reconstruire et faire en sorte qu’elle ne se reproduise pas pour d’autres professeurs des écoles LGBT.

Mitch* a 36 ans, il enseigne depuis 2008 dans une toute petite école. Il a deux collègues avec qui il s’entend bien, les parents sont contents de son travail, les élèves progressent. Le seul vague nuage à l’horizon, c’est le nouveau directeur de l’école. Ils ont des rapports cordiaux, mais il est le genre d’homme à scander les slogans de la Manif pour tous dans la cour de récré : « Un papa, une maman, y’a pas mieux pour un enfant ! » Sa collègue et lui avaient de nombreuses fois fait remarquer que cela n’était pas professionnel.

Le directeur, lui, suppose que Mitch est hétéro. De toute manière, Mitch ne souhaite pas parler de sa vie privée sur son lieu de travail. En janvier 2014, Mitch et son copain se séparent. Ce-dernier vit mal la séparation et décide de lui mettre des bâtons dans les roues : il harcèle l’école et demande à parler au directeur de l’établissement. Connaissant l’homophobie de ce-dernier, il oute Mitch. Dès le lendemain, le directeur cesse de lui serrer la main et le calvaire commence. Il n’a plus le droit de se servir de l’ordinateur de l’école. Son travail est dénigré. L’inspecteur de circonscription, qui a déjà écrit deux rapports positifs sur sa manière de faire classe, lui annonce une visite surprise la veille pour le lendemain en décembre de la même année. Lui aussi a été mis au courant de l’homosexualité de Mitch par son ex. Le rapport qu’il rédige, et que Mitch a fait parvenir à TÊTU avec tous les éléments de son dossier, est radicalement différent. Il parle de « degré zéro de la pédagogie » alors que son précédent rapport le valorisait. Il termine surtout par cette injonction : Mitch ne doit « surtout pas prendre d’élève seul dans la salle de classe ». Mitch n’en revient pas : « Il ose écrire cela noir sur blanc ! C’est un amalgame honteux entre homosexualité et pédophilie ». L’inspecteur l’incite en outre oralement à quitter l’école et à accepter un statut de remplaçant : « Comme vous êtes homosexuel, il vaut mieux ne pas être trop visible ».

Sortir la tête de l’eau

Mitch voit son médecin traitant dès le lendemain. Celui-ci décide de le mettre en arrêt de travail pour stopper cette situation de harcèlement moral. Mitch ne retournera pas à l’école. Il a mis presque un an à rebondir, aidé par une psychologue et par la médecine du travail :

Entre décembre 2014 et septembre 2015, je n’ai pas sorti la tête de l’eau. Mes seules sorties, c’était pour faire les courses et voir la psychologue. J’ai perdu huit kilos. C’est en septembre 2015 que j’ai commencé à entreprendre des démarches. Cela ne faisait pas longtemps que je m’assumais en tant que gay. J’ai eu la chance d’avoir une famille proche et des amis avec qui parler.

Il décide de rencontrer un avocat qui explique que « le dossier fait apparaître de toute évidence une véritable discrimination en raison de son orientation sexuelle. Le comportement de l’inspecteur de circonscription, et par là de l’Education nationale, est au mieux ambiguë, au pire discriminatoire ».

Mitch explique : « J’ai la chance d’avoir des témoignages écrits. Je fais cette démarche pour que d’autres enseignants LGBT ne se retrouvent pas dans cette situation ».

 

L’histoire de Mitch a été relayée par le collectif Ganymède, un « réseau d’entraide et de solidarité LGBTQI-H » né durant l’été 2015.

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*Le prénom a été changé

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