Actualité

"National Geographic France" troque les enfants trans contre une cathédrale russe


L’édition française de National Geographic avait l’occasion de marquer l’Histoire de la presse en suivant l’exemple de sa consœur américaine qui consacrait sa Une à des enfants trans. Malheureusement, la rédaction française leur a préféré un paysage russe.

Il y eu la pose de Laverne Cox, comédienne trans jouant un personnage trans dans la série Orange is the New Black en couverture du Time à l’été 2014. Puis le retentissant « Call me Caitlyn » poussé depuis la Une Vanity Fair en mai 2015. Les photos de nu de Chris Mosier, premier athlète trans à poser pour le magazine ESPN, ou encore l’édition britannique du féminin Elle mettant en scène Hari Nef, mannequin trans et « icône du changement ». Il y a quelques semaines, le magazine américain National Geographic poursuivait cet abattement des frontières du genre en proposant un numéro spécial sur la « gender revolution » illustrée par deux couvertures : une jeune fille trans aux cheveux rose – Ashley Jackson, 9 ans – pour les abonnés, et une photo studio de sept individus représentant différentes facettes de genre dans les kiosques, pour janvier 2017.

National Geographic trans
© National Geographic

« Aujourd’hui, les croyances autour du genre évoluent rapidement et radicalement. C’est pourquoi nous explorons le sujet ce mois-ci, en le regardant sous l’angle des sciences, des systèmes sociaux et des civilisations, tout au long de notre histoire » répondait la rédactrice en chef du magazine, Suzanne Goldberg, aux critiques et aux menaces de mort reçues après la divulgation du numéro.

Ce tout début d’année marquait donc l’heure de découvrir le choix retenu par l’édition française du mensuel, dont une partie est traduite de l’américain. Opportunité manquée. En France, ce sont les 25 pages d’enquête sur la « génération poutine » qui s’affichent en Une, illustrées par une photographie de Moscou alliant tradition de la cathédrale Basile-le-Bienheureux, et modernité des buildings en arrière-plan.

National Geographic trans
© National Geographic

Couverture russe mais intérieur queer…

« Spécial Russie », nous promet donc ce numéro paru le 28 décembre 2016. Pourtant, l’édito parle trans, les actus discutent le masculin et le féminin, et trois articles de fonds alternent témoignages et explications scientifiques sur le genre. En tout, c’est cinquante-deux pages du numéro (sur un total de 142) qui sont consacrées à la « Révolution du genre » explorée avec tant de franchise par la rédaction américaine, et tant de pincettes par l’Hexagone. Car en traversant l’Atlantique, les titres des sujets rédigés aux Etats-Unis ont également subi quelques ajustements.

« Comment la science nous aide à comprendre le genre » (dans sa version originale « How Science Is Helping Us Understand Gender ») se transforme ainsi en un cas d’école indiqué par le titre « Transgenres, ce qu’en dit la science ».

« Avec leurs mots : Comment les enfants sont affectés par les questions de genre » (ou « In Their Words: How Children Are Affected by Gender Issues ») est détourné en « Fille ou Garçon, c’est quoi la différence ».

L’édition française a également éludé d’autres sujets couverts par l’équipe américaine et pourtant relayé par d’autres éditions européennes. A l’instar de l’Italie, de l’Estonie, ou d’autres pays, qui ont conservé la couverture originale.

National Geographic trans
© National Geographic

En Allemagne, où National Geographic est également diffusé, la mise en lumière des questions trans n’a pas été amputée. La couverture mettant en scène Ashley Jackson a même été remplacée par un portrait en gros plan d’Andreja Pejic, très célèbre top model trans. Née d’un père croate et d’une mère serbe, Andreja a grandi en Australie; elle a déjà défilé pour Jean-Paul Gaultier, Paul Smith ou Raf Simons.

National Geographic trans
© National Geographic Deutschland

Ce n’est pourtant pas une première sur le sol germanique. Au mois d’avril, le mannequin trans Benjamin Melzer, 29 ans, faisait la couverture de Men’s Health dans son édition allemande.

En France, on retiendra l’hebdomadaire Grazia et sa couverture du 9 au 15 janvier 2015 : Lea T, mannequin brésilienne transgenre. Ou lorsqu’en 2011, le Courrier international offrait le torse nu d’Andrej Pejic – s’identifiant encore comme un homme et défilant chez les femmes – en Une, photographié par Brigitte Lacombe, sous le titre « Il ou elle ».

National Geographic trans

Nous avons contacté la rédaction française de National Geographic qui n’a pour l’heure pas répondu.

  • jean marc

    vous devriez appeler Prisma Presse, editeur français qui a acheté la licence Nat Geo pour leur demander de réagir. Règle de base du journalisme : quand on met en cause quelqu’un (personne, association, entreprise, etc), on lui donne la parole. Quand il y a procès les tribunaux regardent ce point. Tout rédac chef de ce nom ne lasse jamais passer un papier qui ne satisfasse à cette règle. Avant de donner des leçons à vos confrères, apprenez d’abord à faire correctement le métier de journaliste. Les faits sont sacrés et le commentaire est libre. Avec cet objet baroque (édito ? papier factuel ?) on hesite. De plus c’est pas signé (ah oui c’est la mode maintenant sur le net). Là, Tétu rime avec ambigu. Bien à vous, quelqu’un qui signe

  • Stephanie Martin

    Pour en avoir discuté avec une journaliste de National geographic, je confirme qu’il faut malgré tout du courage pour faire un dossier sur le genre, même biaisé et “toiletté”, dans la France de 2017 ! Les lecteurs de Têtu n’ont sans doute pas encore perçu le degré extrême de radicalisation des intégristes français de toutes obédiences. L’objectif de ces gens-là est au mieux de faire taire, pas de débattre… Et au pire de tuer. La communauté LGBT doit prendre conscience que le temps des progrès permanents, même à petits pas, est close, au moins pour un temps. Désormais, nous sommes en situation de légitime défense !

    • le vicomte

      Alors les intégristes ont réussi, le journalisme ne peut pas se laisser faire et subir cette censure sans rien faire, cela s’appelle de l’oppression et de l’autocensure, en totale opposition avec les valeurs du journalisme. Et, concernant le fait que les LGBT n’aient pas pris conscience de la radicalisation des intégristes, nombres de lgbt l’ont perçu à coup de poing, comme dernièrement à Metz.

  • Body Gold

    C’est pas possible d’être trans à 8 ans(je parle du gamin/gamine sur la couverture du mag), à 8 ans on a pas la notion d’identité sexuelle ou même de genre. Les gamins qui se retrouvent comme ça c’est à cause de leur parents qui leur met cette idée dans la tête (que ça soit une bonne idée ou pas ça on s’en fiche). On a pas à faire ça à ses gamins on a pas à les bousculer à être trans ou cisgenre, hétéro ou gay, c’est véritablement de l’abus de pouvoir et de la maltraitance psychologique. Donc que National Géograpic France décide de ne pas encourager ce genre de comportement, je trouve ça bien.

    • le vicomte

      Bonjour, avez-vous lu l’édition de national geographic américaine sur le genre ou même l’article de Têtu sur ce sujet ? Car vous semblez sur de vous et catégorique sur le fait qu’à 8 ans on n’a pas la notion d’identité sexuelle, ce dont je doute, je vous demande donc si il y au âge précis auquel a lieu la prise de conscience ?

      • Body Gold

        Je pense qu’on prend conscience de sa sexualité ( et de son identité sexuelle) à la puberté.

ads