Tanzanie : Le gouvernement menace de traquer et d'outer les gays du pays
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Tanzanie : Le gouvernement menace de traquer et d'outer les gays du pays


En Tanzanie, la répression de l’homosexualité menée par le gouvernement est en train de virer à la chasse aux sorcières…

Cet été déjà, la ministre tanzanienne de la Santé, Ummy Mwalimu, faisait interdire l’importation de lubrifiant dans le pays, sous prétexte que ces dernier « encouragaient les rapports homosexuels » – illégaux dans le pays – et la propagation du VIH. Une idée bien terre à terre pour freiner le sexe gay (comme si les homos étaient les seuls à en faire usage) et qui va également à l’encontre des consignes de prévention, puisque l’usage corrélé des préservatif et du lubrifiant assure une meilleure protection face aux IST.

La ministre poursuit aujourd’hui sa croisade anti-homos. Ce jeudi 16 février, elle a fait fermer des dizaines de centres de santé privés spécialisés dans la lutte contre le sida. Au total, près d’une quarantaine de structures prodiguant des soins aux séropositifs et à la communauté LGBT, fermés sur décision de l’Etat; la rhétorique obscure d’Ummy Mwalimu se glissait encore là :

« Nous avons suspendu la fourniture de services anti-sida dans un peu moins de 40 centres gérés dans tout le pays par des ONG, après avoir établi que ces centres assuraient la promotion de l’homosexualité, ce qui est contraire aux lois de la Tanzanie » a argué la femme politique lors d’une conférence de presse.

Tanzanie lubrifiant
Ummy Mwalimu, ministre de la Santé – crédit photo mtanzania.co.tz

« Le gouvernement a le bras long »

Nouvelle épreuve à l’homophobie d’Etat, le gouvernement entend maintenant traquer ce qu’il appelle les « syndicats de l’homosexualité ». SOS homophobie rapporte que samedi 18 février, le ministre adjoint de la Santé, Hamisi Kigwangalla (en couverture), a annoncé sur Twitter qu’il allait « publier les noms » des homosexuels qui font prétendument « commerce » de leur corps. Ni plus ni moins qu’un outing public et massif organisé par les plus hautes strates du pouvoir.

« Ceux qui pensent que cette campagne est une plaisanterie se trompent » a d’ailleurs prévenu le ministre adjoint, précisant que « le gouvernement a le bras long et va arrêter tous ceux qui sont impliqués ».

Sans aucun respect de la vie privée, cet outing menace aussi la liberté des individus visés car en Tanzanie, l’homosexualité est passible d’une peine de prison à vie. Or si elles étaient tolérantes par le passé, les autorités exécutent de plus en plus de condamnations depuis que le commissaire général de Dar es Salaam – la capitale économique de la Tanzanie – est parti en guerre contre les clubs, les bars, et les militants LGBT de la ville cet été à coup de descentes de police et d’arrestations usant parfois d’examens anaux forcés, une pratique condamnée par la communauté internationale.

Tanzanie lubrifiant
Paul Makonda, commissaire général de Dar es Salaam – crédit photo udakuspecially.com

 

Selon Amnesty International, la Tanzanie fait partie des 38 pays d’Afrique où l’homosexualité est illégale. Au Soudan, en Somalie et en Mauritanie, être gay conduit même à la peine de mort.

 

Couverture : Hamisi Kigwangalla, ministre adjoint de la Santé en Tanzanie

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