Genève : Il filme son agresseur homophobe dans le tram et renverse la situation
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Genève : Il filme son agresseur homophobe dans le tram et renverse la situation


Insulté dans le tramway alors qu’il rentrait du travail, un journaliste suisse a eu le réflexe de filmer la scène pour décontenancer son agresseur et inspirer une réaction chez les autres passagers.

Manuel d’auto-défense

« J’étais dans ma bulle, les écouteurs dans les oreilles, je regardais par la vitre. Je rentrais du pot de départ d’un collègue donc j’étais de bonne humeur, nous raconte Jordan Davis, journaliste à la Radio-Télévision Suisse de 35 ans. J’ai senti quelqu’un me bousculer une ou deux fois, puis j’ai entendu “pédé”. J’ai demandé à cet homme de répéter et il a continué à marmonner – il était alcoolisé. » Excédé qu’un inconnu veuille le rabaisser dans l’espace public mais familiarisé avec le sujet du harcèlement de rue pour lequel il vient de réaliser un reportage, Jordan Davis songe pour la toute première fois à utiliser une technique de retournement de situation : « J’ai sorti mon téléphone. C’était ma seule arme à disposition, notamment si ça dégénérait et qu’il me frappait… J’ai pas peur de ça, je préfère me défendre et qu’il soit traduit en justice. »

Dans une vidéo floue ensuite publiée sur Facebook par le journaliste, on entend les insultes continuer de fuser, mais on entend plus clairement encore Jordan Davis. Dans la rame, il prononce haut et fort : « Je suis homosexuel, fier de l’être, et je suis l’égal de vous. (…) Vous vous humiliez vous-même, vous avez intérêt à descendre au prochain arrêt », répète-t-il jusqu’à qu’un autre passager saisisse l’homme par la manche, et le pousse hors du wagon.

Genève Jordan Davis insultes homophobes

« Il était hors de question que je sois obligé de descendre pour me préserver, que je courbe l’échine ou que je change mon trajet. C’est lui qui avait créé un malaise, c’était à lui de quitter le tram, défend notre confrère. Peut-être qu’on n’aurait pas dû le toucher, et je n’aurais jamais cautionné qu’on le frappe, tempère-t-il malgré tout, mais l’objectif était d’envoyer le message : ce n’est pas acceptable. » À la Tribune de Genève, il conçoit également que s’il avait « été seul dans une ruelle sombre face à trois colosses, (il) n’aurait sans doute pas agi de la même manière. »

Polémique

On a tout de suite envie de féliciter la solidarité des passagers, et en même temps, quelque chose dans la vidéo nous chiffonne. La faute au cadrage précipité, qui laisse apercevoir un homme noir bouté hors du wagon, à son accent très marqué et aux « Nous sommes en Suisse » répétés à plusieurs reprises par Jordan Davis. Lui trouve ce procès très désagréable car son action, insiste-t-il, n’a été motivé par aucune once de racisme ni de nationalisme :

Pour moi, c’est un réflexe citoyen. Je suis en Suisse, en 2017, je n’ai pas à être importuné. J’aurais dit exactement la même chose à quelqu’un issu des cantons primitifs du fin fond des Alpes. J’ai déjà dit ça en France aussi, pour défendre des personnes de couleur qui se faisaient importuner devant moi. J’ai simplement utilisé le bouquet civique et républicain comme un bouclier.

Après la surprise vient le temps de l’analyse. « Sans doute c’est un monsieur fragilisé, admet avec le recul Jordan Davis, qui voulait combler une sorte de malaise avec sa masculinité, ou que sais-je… Je pense qu’il voulait s’agrandir en me rabaissant. » Plusieurs internautes lui on donné d’autres pistes sur cet homme bien connu de Genève; une femme racontant qu’il lui a fait des avances sexuelles devant ses enfants, d’autres ayant entendu des propos sexistes sortir de sa bouche… Sur Facebook, Jordan Davis tente la désignation de « déséquilibré » après avoir retiré la vidéo de son compte pour ne pas alimenter les controverses voire les amalgames qui pourraient naître. Contrairement aux États-Unis, plus coutumières de ces démarches, il sait le rapport à l’image et à la protection des personnes plus sévère en Europe. « Ce qui m’a beaucoup touché, c’est d’être aidé par de jeunes hommes bien qu’on soit dans quelque chose qui touche à la définition de la masculinité. J’ai remercié les passagers quand les portes se sont refermées et ils m’ont répondu que c’était tout à fait normal. »

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Couverture : capture écran

  • Gilles Bontoux

    L’agresseur est noir… Cela lui donne-t-il des droits supplémentaires ou des circonstances atténuantes ? Il est alcoolisé et fragilisé… Est-ce la faute de l’agressé ? Jordan Davis dit « On est en Suisse », ce qui veut dire qu’en Suisse, on respecte les lois suisses. Sans violence, cet homme s’est défendu, et les autres passagers ont pris faits et gestes pour lui, ce qui est tout à leur honneur.

  • manoloparis

    Je vois pas l’intérêt de reprendre ce truc dans Têtu. …..

    • Bruno

      Au contraire, le sujet est intéressant et nous concerne tous. Il faut saluer le courage du journaliste et peut être que cet exemple fera des émules et nous incitera à agir de même si une situation de ce type se présentait.

      • manoloparis

        Dans l’absolu oui mais là le type il est défoncé, il traite le journaliste de pédé comme il aurait traité une femme de salope. Le mec s’est pas laissé faire très bien mais pas de quoi ameuter tout le monde. Des abrutis comme ça y en a plein dans le métro.

      • manoloparis

        Dans l’absolu oui mais là le type il est défoncé, il traite le journaliste de pédé comme il aurait traité une femme de salope. Le mec s’est pas laissé faire très bien mais pas de quoi ameuter tout le monde. Des abrutis comme ça y en a plein dans le métro.

  • Electre

    Personnellement, le cadrage m’a fait croire que c’était la personne habiller en vert qui était l’agresseur, c’est le fait de le voir faire sortir l’autre qui m’a fait comprendre. Après la polémique est étrange, on vois beaucoup de personnes de couleur autour du journaliste, donc c’est un racisme minimisé par le fait qu’en réalité ça m’a l’air d’être des gens de couleurs qui le jette dehors. En tout cas je salut les deux gestes, la défense comme le fait de jeter dehors le geneur et pas le géner

  • benji

    La société a évolué, même en Suisse, un petit peu, et désormais il est plus facile de faire face à une insulte en raison de qui l’on aime, qui l’on est ou d’où l’on vient. Un renversement s’est opéré, c’est évident. Cette vidéo en est une illustration. Se pose désormais une autre question, comment y répondre ?

    La réponse du journaliste qui consiste en une diffusion publique d’un échange relativement équilibré floutant les visages me parait tout à fait pédagogique.

  • Stephanie Martin

    Le discours du journaliste face à l’agresseur homophobe, en référence aux lois suisses, est exemplaire : « Je suis votre égal ».

  • Bru Nö

    L’agresseur a quand même agressé et du coup il a chercher un peu cette situation de l’arroseur arrosé et qu’importe soit son origine et sa couleur de peau. Mais une fois cela dit, on voit aussi que l’agresseur n’était pas totalement en possessions de ses moyens, alcoolisé. Il aurait été bon de lui rappeler que l’alcool ne justifie pas l’agression et que s’il en est pas capable, qu’il se fasse aider pour arrêter de boire !

  • petitcesar1

    ah? parce que l’agresseur est noir, on doit l’excuser? le pauvre, vous comprenez, « il a jamais vu d’homosexuels dans son pays, parce qu’il n’y en a pas là-bas »

    mais oui, mais oui.

  • Bertrand D.

     » J’ai déjà dit ça en France aussi, pour défendre des personnes de couleur qui se faisaient importuner devant moi. »
    Le blanc n’est pas une couleur comme les autres !? Il me semble bien pourtant !

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