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Georges Mothron et la censure : un vaudeville à l'argenteuillaise

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Moins de 48 heures après avoir assuré la reprogrammation des deux films censurés, le maire d’Argenteuil (LR) est revenu sur sa décision. Explication avec René Beretz, président de l’association pour la défense du cinéma indépendant, des films d’auteurs et des salles d’art et d’essai (ADCI).

Le rebondissement est digne d’une mauvaise blague, que Le Parisien qualifie à juste titre de « farce ». Le 19 mai, le quotidien annonce que Georges Mothron, le maire d’Argenteuil, serait revenu sur sa décision de reprogrammer les films La Sociologue et l’Ourson d’Etienne Chaillou et Mathias Théry et 3 000 Nuits de Mai Masri, vexé par une provocation du maire de Bezons.

Acte 1 - La censure du maire musèle la liberté d'expression

La projection initiale des deux films était prévue depuis janvier par l’ADCI et l’Association Argenteuil Solidarité Palestine (ASP). La première prévoyait une projection du film La Sociologue et l’Ourson suivi d’un débat, tandis que la seconde projetait de diffuser 3 000 Nuits dans le cadre du festival Ciné Palestine.
Or fin avril, les deux associations culturelles apprennent par la responsable de programmation des cinémas d’Argenteuil que les deux projections ont été déprogrammées sur décision du maire. Dans le Parisien, ce dernier argue vouloir maintenir l’ordre public, alors même que La Sociologue et l’Ourson a été projeté dans toute la France sans le moindre heurt, et que le film 3 000 Nuits sort primé des festivals...

Acte 2 - Une forte mobilisation saluée par la reprogrammation des films

Débute alors une longue mobilisation, relayée par la presse, les équipes du film, et les citoyens d’Argenteuil, pour dénoncer un acte de censure porté contre la liberté d’expression et de débats. Pendant plusieurs semaines, la mairie reste néanmoins injoignable, et il faut attendre un conseil municipal organisé début mai pour que les associations parviennent à obtenir un rendez-vous avec le maire, comme nous le confie René Beretz.
Une première réunion a d’abord lieu le 13 mai, puis une seconde le 17 mai, en présence du maire et de quatre élus : le premier adjoint Xavier Péricat, et les adjoints Gilles Savry (urbanisme), Philippe Métézeau (affaires sociales et santé) et Philippe Vasseur (affaires scolaires élémentaires et maternelles).
Très hésitant, George Mothron y admet son erreur mais nie toute accusation d’homophobie, et fini par accepter la reprogrammation des films : 3 000 Nuits sera projeté comme prévu initialement le 2 juin, dans le cadre du Ciné Festival ; pour La Sociologue et l’Ourson, aucune date n’est retenue, mais la réunion s’entend à reprogrammer le film en septembre.

Acte 3 - La "farce", ou l'égo mal placé des politiques

Or deux jours plus tard, Le Parisien informe l’opinion d’une déclaration de Georges Mothron :

Nous projetions une reprogrammation, sans faire de vagues supplémentaires. Le blog de Monsieur Lesparre (le maire de Bezons, ndlr) est alimenté par un message blessant. Que sa promesse à lui soit exaucée et les films projetés à Bezons.

Laquelle interviendrait, d’après le journal, en réponse à celle du maire de Bezons : « Georges Mothron pensait qu’il était le seul à pouvoir décider de ce qui était bon pour les Argenteuillais. Il a été contraint de reculer. Et je m’en félicite ».
Vexé par le maire de la ville voisine, avec lequel il entretient des relations tendues, Georges Mothron serait donc revenu sur sa décision de reprogrammer les films ? C’est ce que laisse entendre le silence de la municipalité depuis cette nouvelle, dont toutes les demandes d'informations supplémentaires sont restées lettre morte.

Acte 4 - Les coulisses de la municipalité mises en lumière

Selon le président de l’ADCI, ce qui apparait comme un acte de censure aggravé tient à la façon dont Georges Mothron administre la vie culturelle de la ville. En effet, depuis le 31 décembre 2015, de nombreux pans de la vie communale d’Argenteuil ne sont plus administrés par la communauté d’agglomération Argenteuil-Bezons – laquelle a été dissoute par Georges Mothron – mais par le maire lui-même ; une situation qui affecte la vie culturelle d’Argenteuil, tant par une réduction des budgets que par la censure dont elle est actuellement le théâtre.
Une affaire qui n'est malheureusement pas une exception, puisque Georges Mothron s'était déjà fait remarquer en 2015 en censurant l'exposition "Ceux qui marchent encore" consacrée à trente ans de lutte sociale dans les quartier, ainsi que le festival "L'Algérie d'une rive à l'autre" organisé par l'Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) en 2003.
La décision de censurer La Sociologue et l'Ourson et 3 000 Nuits apparaît d'ailleurs aux yeux de nombreux Argenteuillais comme une manière de contenter une frange radicale du Conseil municipal, ouvertement opposée au "mariage pour tous".

Acte 5 - Face à "la politique de l'autruche", des actions coup de poing...

Face à la « politique de l’autruche » du maire qui ne s’est toujours pas prononcé depuis le 19 mai, l’association ADCI n’entend pourtant pas céder, comme le maintient René Beretz. Un nouveau courrier a ainsi été adressé à la mairie d'Argenteuil réclamant la confirmation écrite de la reprogrammation des deux films, autrement ceux-ci seront projetés en plein air dans la ville.
Un passage en force qui pourrait également se doubler d'une action en justice, les associations songeant à intenter des poursuites contre Georges Mothron ; celui-ci ne pourra plus jouer longtemps la carte du silence…
 
Crédit photo couverture LCP


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