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Romance M/M : qui sont ces hétérotes qui écrivent des histoires érotiques gays ?

Dans le cadre de notre série d’articles « Nos ami·e·s les hétéros », nous sommes allés à la rencontre de ces femmes qui dévorent de l’amour entre hommes au kilomètre : bienvenue dans la communauté de la Romance M/M.

C’est un genre mystérieux en pleine expansion. Inspiré de l’univers des yaoi (NDLR : les mangas qui mettent en scène des couples de garçons), la « Romance MM » est un genre littéraire écrit par et pour des femmes, majoritairement hétérosexuelles. Si les lectrices et autrices sont majoritaires dans cet univers, des hommes lisent et écrivent aussi de la romance MM, mais se comptent sur les doigts d’une seule main. De l’autre, ils lisent des femmes hétéros, qui sont des milliers à coucher les couples d’hommes sur le papier. Quels intérêts trouvent-elles dans cette mise à distance de ce qu’elles connaissent a priori bien, les femmes et l’hétérosexualité ? Bienvenue en Homoromance…


Une mise à distance

Quand on se plonge dans le catalogue des MM - il y a plus de 100 titres sur le site de critiques littéraires Babelio -,  on est assez saisi de la simplicité des intrigues, des sortes de romans Arlequin homosensibles, des scénarii de téléfilms de milieu d’après-midi sur M6 qui mettraient en scène des hommes ensemble, et surtout, de l’érotisme gay. Ajoutez-y des couvertures souvent créées avec des banques d'images stéréotypées, un travail minimum de graphisme (sauf certaines exceptions, où l'on se retrouve dans des univers oniriques), des pseudos d'autrices cryptiques américanisés (et des jeux de mots à base de leurs initiales), des titres "fleur-bleue" ou drama-queen, au choix. Mais attention, les histoires sont bien construites, souvent crédibles, passionnantes, feuilletonnantes, les dynamiques narratives bien respectées, les scènes de sexe très détaillées (quand il y en a), bref, ce n'est pas du Proust (et ce n'est pas ce que les lectrices cherchent), mais ça se lit, et certaines deviennent même accro à des sagas qui s'étalent sur moult tomes...
Aux États-Unis, dont beaucoup de titres en français sont simplement traduits ou largement inspirés, on en compte des milliers. Depuis quatre ans en France, les autrices s'emparent du genre. Charlotte Arnaud, éditrice, a fondé la maison d’édition Mix Editions, spécialisées en romances M/M :

J’ai connu les romances MM par le biais d'une amie qui m'a fourré entre les mains une fanfiction MM. De là, j'ai glissé vers le yaoï, l'écriture de fanfics et, par hasard, en googlant un de mes textes pour voir s'il y avait des retours ailleurs sur le net, j'ai découvert Mix de plaisirs, un forum spécialisé en romance MM, dont je ne soupçonnais même pas l'existence. J'ai commencé à en lire pas curiosité…  Au départ, j’ai aimé la possibilité de passer outre les personnages féminins avec lesquels j'ai souvent du mal en littérature généraliste. Je trouvais rafraichissant de pouvoir évacuer la question du genre. Je crois que chaque lectrice à ses raisons d'en arriver là : rejet des personnages féminins stéréotypés, hasard, fantasme, non-agressivité du personnage masculin, l'impression de sortir hors des clous, lassitude vis-à-vis de la romance hétéro...

 
Pour Nathalie Marie, autrice de MM, c’est aussi une « lecture sans prise de tête et parfois, ça fait du bien ». Elle n’y voyait qu’une nouveauté : « Je ne pense pas que ce soit si différent de la romance MF (male/female). Le fait est que j’aime la romance, mais que je m’étais lassée du MF ». C’est quand même par des romances MM qu’elle démarre l’écriture :

Je voulais écrire depuis des années sans y parvenir. La romance MM a libéré quelque chose en moi, elle a créé une certaine distance émotionnelle qui m’a permis de raconter par l’écrit des histoires qui vivaient en moi, auxquelles je n’avais jusque-là pas accès. Le processus créatif est capricieux et étonnant, et difficilement exprimable. Ce genre n’est pas un choix délibéré, ni réfléchi. C’est ce qui est sorti de mon cerveau pour se prolonger vers mes doigts et mon ordinateur. J’ai laissé mon imagination s’exprimer telle qu’elle le souhaitait, sans entrave.

 
Pour Charlotte Arnaud :

Le MM a libéré quelque-chose pour moi et j'ai pu reprendre le clavier après un break de dix ans... Sans en être certaine, je pense que c'est en partie lié à ce souci que j'ai avec les personnages féminins. En fait, c'est sans doute un peu étrange, mais le masculin représente pour moi quelque-chose de "neutre". Je n'ai pas l'obligation de créer un personnage fort pour ne pas être taxée de sexisme. Avec le MM, j'avais le double avantage de pouvoir écrire de la romance si l'envie m'en prenait, et de garder cette impression de neutralité. Je n'ai pas envie de traiter les questions d'images liées à la femme.



L’homosexualité est un prétexte

Que connaissent ces femmes de l’homosexualité pour en faire des romans ? La recherche de crédibilité (homophobie, difficultés personnelles ou avec l'entourage, sexualité...) est-elle prise en compte ? Charlotte nous confie fréquenter la communauté LGBT  pour des raisons extérieures au MM :

J'ai pas mal d'amis gays. On échange, on discute sur ce sujets et d'autres. J'imagine que ça nourrit la réflexion. Mais plus j'ai avancé dans le MM, plus j'ai compris que les mêmes clichés féminins étaient souvent exportés et plaqués sur les hommes.

Paradoxalement, les personnages masculins de romans MM se voient affubler les stéréotypes féminins antédiluviens (sensiblerie, vanité, etc.). Pour Nathalie Marie, écrire du MM a été une porte ouverte sur les LGBT, à leurs difficultés et leurs combats :

Si un seul de mes livres peut toucher une personne au point de l’amener à plus de bienveillance et de tolérance, alors ça me va. J’ai lu quelques articles sur l’homosexualité et je connais quelques homosexuels. Ceci étant, je parle essentiellement d’amour. Alors, l’amour, pour moi, qu’il soit hétéro ou homo, c’est la même chose. Je ne fais aucune différence. À tort, peut-être, car les psychés sont différentes, mais au fond, aimer c’est aimer.

 

Un libraire débordé d’amour

Nicolas, de la librairie LGBT parisienne "Les mots à la bouche", voit depuis 2 ou 3 ans exploser le nombre de titres et de maisons d'éditions spécialisées :

C'est globalement une clientèle qui a entre 17 et 30 ans, qui est à fond, dès le jour de sortie, qui suit et reste en contact avec les autrices, via des blogs... Des maisons comme Milady, MM Bookmark, Homoromance Editions ont beaucoup publié, mais il y a aussi pas mal d'autoédition et d'impression à la demande. C'est une génération qui a connu les yaoi en manga, et qui évolue vers la littérature, écrit des fanfictions; c'est la même communauté de femmes. Même si en boutique, bien-sûr, il y a des hommes que ça intéresse quand ils les découvre...

 

Que lire ?

Nathalie Marie n’a pas d’auteur(s) préféré(s), mais surveille les sorties de certains d’entre eux :

Lou Harper, Jordan L. Hawk, TJ Klune, Josh Lanyon, Claude Neix, Jordan Castillo Price, Jay Northcote. Je suis aussi certaines séries, ce qui fait que j’attends les suites : Les chroniques de Ren de Faith Kean, Thirds de Charlie Cochet, celles d’Aurore Doignies, Next Gen de Rohan Lockhart.

Charlotte Arnaud, l’éditrice de Mix Editions, a son favori :

Je rechigne à le classer comme MM, car ce n'est pas une romance, mais le héros étant gay, je dirais la série de fantasy Terre de Héros de Richard Morgan. C'est une épopée riche, magique, épique, mais qui aborde également tout un tas de sujets de sociétés avec une finesse rare. En plus, c'est superbement bien écrit. C'est ce genre de roman que je recherchais dans le MM au départ, mais ils sont rares.

On trouve également des titres de romance Femme/Femme évidemment, « à la différence qu'elles sont écrites par des femmes lesbiennes pour des femmes lesbiennes », précise Nicolas des Mots à la bouche. Les éditions Dans l'engrenage en proposent dans une collection "romance", les éditions KTM en publient depuis une bonne dizaine d'années sans revendiquer l'appellation "F/F" ou "LesboRomance", mais simplement "Romans".
D’après Charlotte Arnaud, on trouve également de bons thrillers M/M, moins centrés sur l’amour mais toujours aussi homo, dans lesquels l'histoire n'est pas un simple prétexte pour enchaîner les scènes de sexe. Mais aussi de l’heroic fantasy, des fanfictions mettant en scène des héros de séries télévisions, ou même des histoires d’amour entre politiques, comme entre Emmanuel Macron et Manuel Valls… Rien que ça…
Les maisons d’éditions :
https://homoromance-editions.com/
http://www.milady.fr/
http://www.mxm-bookmark.com/
http://steditions.com/
http://mix-editions.fr/
Le site des Mots à la bouche : http://motsbouche.com/fr/
 

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