adoptionLa responsable des services d'adoption de Seine-Maritime relevée de ses fonctions

Par Antoine Patinet le 20/06/2018
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Elle voulait réserver les "enfants atypiques" aux couples homosexuels. Pascale Lemare, la responsable du service d'adoption de Seine-Maritime, a été relevée de ses fonctions pour ses propos discriminatoires.

Devant l'ampleur de la polémique, la réaction ne s'est pas faite attendre. Le département a annoncé ce mercredi que Pascale Lemare, la responsable du service d'adoption de Seine-Maritime, a été relevée de ses fonctions "à titre conservatoire" après ses propos discriminatoires. Celle-ci avait en effet déclaré lundi, au micro de France Bleu Normandie, que les couples de même sexe n'étaient pas "prioritaires", et qu'ils devaient de fait s'ouvrir à des "profils d'enfant atypiques".

Tollé général

Face au tollé provoqué par cette sortie, le président du département de Seine-Maritime avait "fermement condamné", les propos de sa responsable de l'adoption dans un communiqué. Il en avait profité pour réaffirmer "qu'en aucun cas, l'orientation sexuelle des futurs parents n'est un critère d'évaluation". Avant de finalement la pousser vers la sortie.
Il faut dire que les propos de Pascale Lemare ont provoqué un raz-de-marée sur les réseaux sociaux. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, annoncé sur Twitter s'être "saisi d'office" afin d'enquêter sur les pratiques du service d'adoption en question.


Alexandre Urwicz, le président de l'Association des famille homoparentales, a annoncé mardi sur Franceinfo avoir porté plainte et "envoyé tous les éléments au procureur de Rouen", insistant :

 "Ce qu'elle dit, c'est que les enfants dont personne ne veut, comme les enfants trop cassés, handicapés, pourraient faire l'objet d'une adoption par les couples homosexuels, mais ils ne seraient pas prioritaires. Tout ça c'est de l'homophobie, cela relègue l'idée qu'on serait des sous-citoyens, qu'on devrait passer après tout le monde."

Même le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, Olivier Dussopt, s'est montré scandalisé par ces propos "contraires aux principes de neutralité, d'égalité et de refus des discriminations qui caractérisent la fonction publique". 
 

L'adoption, un parcours du combattant

Depuis le 17 mai 2013, l'article 13 de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, prévoit que "le mariage et la filiation adoptive emportent les mêmes effets, droits et obligations reconnus par les lois (...) que les époux ou les parents soient de sexe différent ou de même sexe." Mais pour de nombreux couples homos, l'adoption est un parcours du combattant, comme le révélait France Bleu dans un reportage le 23 avril dernier. Ainsi un couple d'homme raconte avoir déposé un dossier "parfait" selon les différentes assistant.e.s sociales, psychologue ou psychiatre qu'ils ont rencontrés, et pourtant, l'une d'entre eux leur a fait cette mise en garde : "Vous ferez de merveilleux parents. Votre seul défaut, c'est que vous êtes deux hommes. La société n'est pas prête." 
Mais ce sont surtout les conseils de famille, à qui les projets d'adoption sont présentés, qui sont réticents à placer des enfants dans des familles homoparentales. Des institutions jugées "assez conservatrices", composées de conseillers départementaux, des membres d'associations familiales et de pupilles de l'Etat, mais aussi des professionnels de la protection de l'enfance. Le défenseur des droits devrait aussi y jeter un coup d'oeil... 
 
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