Etats-Unis : plusieurs passeports de femmes trans' révoqués par l'administration Trump

Aux États-Unis, plusieurs femmes transgenres accusent le département d’État d’annuler leurs passeports, plusieurs années après leur transition.

« Une erreur. » C’est ce dont a soi-disant été victime Janus Rose la semaine dernière. Ouvertement transgenre, cette chercheuse américaine en intelligence artificielle recevait un coup de fil du Centre de traitement des passeports de Caroline du Sud : le sien a été déclaré invalide.
En novembre dernier, Janus Rose y inscrivait son changement de genre. Mais ce n’est que récemment qu’elle a pu finaliser son changement légal de prénom. Alors naturellement, elle a souhaité faire actualiser son passeport… Mais c’était sans compter sur l’administration : « Elle m’a expliqué que même, si le gouvernement avait changé mon identité de genre l’an passé, c’était une erreur ». Une déclaration pour le moins incompréhensible.
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« Le bureau de traitement des passeports américains vient de m’appeler pour m’expliquer qu’à cause d’une erreur, le gouvernement a rétroactivement invalidé le changement de genre qu’il a lui-même autorisé sur mon passeport l’an passé. Ils ne le renouvelleront avec le nom et le genre correct que quand j’aurai fourni de nouvelles preuves médicales », a tweeté Janus Rose le 25 juillet dernier.
L’officier en charge du traitement de son passeport lui a expliqué que le département d’État (chargé des relations internationales) n’aurait pas dû lui permettre de changer de genre sur le document officiel, en raison d’une « preuve médicale », soumise à l’époque, jugée invalide. Rédigée par une infirmière de la clinique, cette lettre aurait dû l’être par un médecin. Pourtant, c’est elle qui lui a permis de valider son changement de genre sur son passeport en novembre 2017.
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Contacté par email par Them, le département d’État explique pourtant que « Tout candidat en demande d’un passeport américain doit subir un examen approfondi de son identité. Dès lors qu’un demandeur présente la preuve, signée d’un médecin, indiquant qu’il a subi ou qu’il reçoit un traitement médical lié à un changement de sexe, un nouveau passeport sera délivré accompagné d’une mise à jour de son identité de genre. La chirurgie de réaffectation sexuelle ne constitue pas une condition préalable à cette mise à jour, et les documents prouvant cette opération de changement de sexe ne sont pas requis ». Il se refuse à tout autre commentaire.

« Un acte délibéré du département d’État »

Depuis sa transition en 1998, Danni Askini est légalement reconnue comme étant une femme. Mais fin juin, lorsque la directrice exécutive de l’ONG Gender Justice League a souhaité faire renouveler son passeport, sa demande a été refusée. Elle aurait omis d’« avouer » aux autorités sa transidentité. Le Bureau des passeports lui a alors demandé de fournir la preuve de sa transition, 20 ans après l’obtention de son premier passeport en tant que femme.
https://twitter.com/danniaskini/status/1012835342183874560
« On m’a refusé le renouvellement de mon passeport, en m’expliquant que j’aurai besoin d’un juge pour ‘prouver’ ma citoyenneté américaine. Bien qu’étant en possession de papiers d’identités assignés ‘Sexe féminin’ depuis 1999, les autorités me réclament pour la première fois une ‘preuve de transition’ », a tweeté l’activiste le 30 juin dernier. 
Finalement, tout ce que Danni Askini a pu obtenir est un passeport temporaire de deux ans. « Il s’agit d’un acte délibéré du département d’État qui refuse de reconnaître mon genre », s’insurge-t-elle. Elle devait quitter Seattle, où elle vit aux États-Unis, pour se rendre en Suède, après avoir fait face à une série de menaces de mort publiées sur le site transphobe Kiwi Farms. 
Mais une autre question la taraude : comment les autorités ont-elles pu être au courant de sa transidentité ? Sa transition juridique a été effectuée à 16 ans et validée par un juge des mineurs : « Aucun document légal ne révèle mon statut trans», explique-t-elle à Them. « Aucune base de données locale, étatique ou fédérale ne devrait indiquer que mon genre a été autre chose que féminin ». Sous l’égide d’un président connu pour pratiquer une politique anti-LGBT+, Danni Askini et Janus Rose ont le même soupçon : Donald Trump et son administration entendent compliquer la vie des personnes transgenres. Assurément, les États-Unis de 2018 ne leur garantissent plus aucune protection.
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Crédit photo : Creative Commons Zero – CC0.


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