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Tunisie : des milliers de personnes ont manifesté contre la dépénalisation de l’homosexualité

Des milliers de personnes ont manifesté, samedi 11 août 2018 en Tunisie, contre de nombreuses propositions de réformes sociétales progressistes, comme la dépénalisation de l'homosexualité et l'égalité femmes-hommes au moment de l'héritage. Les réformes sont proposées par une commission présidentielle mise en place depuis juin 2018.

« Avec notre sang, nous défendrons l'islam », ont scandé hommes et femmes, dont certains ont brandi le Coran. Sous un soleil de plomb, ils ont manifesté samedi 11 août à Tunis, à l'appel de la « Coordination nationale pour défendre le Coran et la Constitution », un collectif réunissant universitaires, dignitaires religieux et personnalités pro-islamistes.

« Contre la reconnaissance de l'homosexualité »

Dans la foule, Dorra Farrah, 22 ans, casquette et longue robe fleurie, a fait le déplacement jusqu'à la capitale tunisienne depuis Kairouan, une ville du centre ouest : « Je suis contre la reconnaissance de l'homosexualité et l'égalité dans l'héritage », a-t-elle martelé auprès de l'AFP. Opposés à la dépénalisation du mariage pour tous et à l'égalité entre les hommes et les femmes dans l'héritage, les manifestants ont dénoncé un « changement dans les piliers de l'Islam » et des « lignes rouges tracées dans le Coran à ne pas franchir ».

La manifestation a eu lieu deux mois après la remise du rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), au président de la Tunisie, Béji Caïd Essebsi. Formée il y a un an par le président, la commission présidentielle a proposé une série de réformes pour traduire dans les lois l'égalité inscrite dans la Constitution depuis 2014. Parmi elles, la très attendue suppression de l’article 230 du Code pénal tunisien criminalisant l’homosexualité.

Lettre ouverte

Dans une lettre ouverte publié le samedi 11 août 2018, Mounir Baatour, le président de l'association Shams, pour la défense des droits LGBT+ en Tunisie, a demandé au chef de l'État tunisien de saisir l'opportunité d'abroger l'article 230 du Code pénal tunisien et d'interdire les test annaux. Une mesure législative cruciale, selon M. Baatour, pour répondre aux exigences de la Constitution de 2014 et harmoniser ainsi la législation tunisienne avec les normes internationales en matière de droits humains :

« En 2017, au moins 71 arrestations ont eu lieu en vertu de l’article 230. Il y a seulement quelques jours, un jeune homme a été condamné à quatre mois de prison pour avoir échangé des messages romantiques en ligne avec un autre homme. L’article 230 alimente les discriminations et les violences, et il est temps d’y mettre un terme. »

À l'appel de plusieurs associations de lutte pour l'égalité des droits, de nombreuses manifestations sont prévues lundi 13 août 2018 - jour férié et journée des droits des femmes en Tunisie. Une mobilisation générale pour un rassemblement qui marquera le lancement du mouvement citoyen pour l'égalité et les libertés.

(Avec AFP)

Crédit Photo : Fethi Belaid / AFP. 


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