« #LGBTube » : la « booktubeuse » Mx Cordélia nous parle livres, bisexualité et démonétisation (2/3)

Depuis quatre ans, Mx Cordélia parle de livres de science-fiction, féministes et queer, aux 16 000 abonné.e.s de sa chaîne éponyme YouTube. La jeune femme ouvertement bisexuelle aborde les thématiques LGBT+ et répond aux questions des internautes sur son autre chaîne, « Princ(ess)e LGBT ». Voici le deuxième portrait de « #LGBTube », notre série dédiée aux youtubeurs LGBT+.

Elle lit. Beaucoup. Et en parle sur internet depuis maintenant quatre ans. Mx Cordélia est une « booktubeuse » : une Youtubeuse qui partage via sa chaîne ses coups de cœur littéraires. Depuis son appartement, à Montpellier, la jeune femme, ouvertement bi et âgé de 25 ans, parle aussi bien de livres jeunesse, fantasy, de science-fiction, féministe ou abordant les thématiques LGBT+.

« Certains mois, je peux lire 30 livres, d’autres trois.  J’en dévore environ 200 par an », raconte-t-elle, enjouée. Parmi les bouquins qui l’ont récemment marquée, elle cite notamment le roman Autoboyography de Christina Lauren (Simon & Schuster Books for Young Readers) et Réflexion sur la question gay (Fayard) du sociologue Didier Eribon.

Avant de se lancer sur YouTube, Mx Cordélia était déjà présente depuis longtemps sur internet. Fan du sorcier aux lunettes rondes, elle faisait ainsi partie de fandoms (forums de fans) consacrés à la saga Harry Potter. Écrivaine mais aussi chargée de communication, elle tient également, depuis décembre 2014, un blog consacré à l’écriture. Frustrée de ne pas pouvoir y partager ses coups de cœur littéraires, elle a alors décidé de lancer sa chaîne YouTube en 2014.

Princ(ess)e LGBT

Mx Cordélia a plusieurs alter egos qui s’exprime sur une autre chaîne YouTube, intitulée « Princ(ess)e LGBT ». Elle y apparaît soit en une jeune femme un peu euphorique, portant une perruque rouge feu, soit en un garçon brusque avec un peu de barbe. L’idée est d’expliquer des termes et des notions sur le monde LGBT+ et de répondre à des questions sur le sujet. « Je voulais créer deux archétypes assez identifiables, un peu stéréotypés, pour qu’on puisse les reconnaître, explique-t-elle. J’avais réalisé un cosplay de la petite sirène, donc la perruque rouge traînait dans mon appartement. Pour le garçon, j’avais suivi un atelier drag-king où j’ai appris à me grimer en homme. »

Selon la « booktubeuse », après un retard à l’allumage, la visibilité queer française semble se réveiller sur YouTube : « Quand je me suis lancée, il n’y avait pas de chaînes YouTube françaises qui parlaient des thématiques LGBT+. Aujourd’hui, il y en a de plus en plus, un vide s’est comblé ».

Une bisexualité « mentionnée en passant »

Ce n’est pas la première fois que Mx Cordélia fait de la pédagogie sur les thématiques LGBT+. Militante au MAG jeunes LGBT (Mouvement d’affirmation des jeunes gais, lesbiennes, bi & trans) pendant ses années de fac, avant d’en devenir la co-présidente, elle se rendait déjà dans les collèges et lycées pour parler aux jeunes d’homosexualité.

« Je me suis lancée dans le monde associatif après le mariage pour tous. Comme beaucoup de personnes de mon âge. Les débats sur le droit d’exister, le droit de se marier, ont été assez déclencheurs, avec des réactions à la fois positives et négatives… » Dans la foulée, elle adhère à l’association Bi’Cause ou participe à des réunions de l’Inter-LGBT ou du Groupe LGBT+ des Universités de Paris (GLUP). 

Au lycée, celle qui se fait appeler aujourd’hui Mx Cordélia (d’ailleurs, lors de nos échanges, elle ne nous divulguera pas son véritable prénom) avait déjà un peu parlé de sa bisexualité, sans toutefois faire officiellement son coming-out. A l’époque, elle préférait dire « être tant de pourcentage homo et tant de pourcentage hétéro », car elle ne savait pas forcément que la bisexualité existait. « C’était un peu brouillon dans ma tête. Mes premières petites amies étaient des filles, mais j’étais persuadée d’être hétéro… », rigole-t-elle. Personne n’a jamais été frontalement biphobe avec elle. Les critiques émergeaient toujours dans son dos. « Mais mon environnement était plutôt queer, notamment sur les forums où je traînais. J’ai donc eu peu de réactions négatives », précise-t-elle.

A LIRE AUSSI : « #LGBTube » : Le youtubeur SparkDise nous raconte son coming out (1/3)

L’ancienne élève de prépa maths au lycée Henry IV, à Paris, a finalement fait son coming-out à ses amis. « Disons que c’était plus mentionné en passant. Je n’ai pas fait de coming-out commençant par : ‘Il faut que je te dise quelque chose’. Je ne voulais pas que ça suscite trop de questions. J’ai une manière un peu fuyante de gérer les choses. » Pas de « grande déclaration » non plus à ses parents mais, selon elle, « ils sont au courant » et « suivent régulièrement ses activités sur la toile ».

Finalement, c’est dans son milieu professionnel que les choses sont « compliquées », puisque Mx Cordélia reste « dans le placard » au travail. Elle l’explique d’ailleurs, en toute transparence, dans une vidéo publiée sur sa chaîne : 

Des contenus démonétisés

Si Mx Cordélia a choisi YouTube comme plateforme pour diffuser ses vidéos de pédagogie sur les LGBT+, elle ne considère pas le réseau social comme un « safe space » (un espace sûr) pour autant : « Rien n’est fait sur la modération. Les commentaires dégueulasses, je les reçois directement. Une vidéo peut être retirée simplement à cause d’un titre, mais les commentaires avec des insultes, eux, ne sont jamais supprimés en amont. Et on m’en envoie beaucoup. Heureusement, personne ne les voit car je les modère avant ».

Ses vidéos sur les thématiques LGBT+ sont parfois démonétisées, en raison d’une politique obscure de la plateforme américaine que TÊTU a déjà mis en lumière. Dans ces cas, la jeune youtubeuse est obligée de faire une requête auprès de l’entreprise américaine. Mais il faut que la vidéo dépasse un certain nombre de vues pour pouvoir enclencher cette démarche.

Ces différents obstacles n’empêchent, en tout cas, pas Mx Cordélia et ses alter egos de continuer de défricher la culture LGBT+ pour le plus grand nombre. Dans sa dernière vidéo, la jeune booktubeuse a innové en parlant des livres… qu’il ne faut absolument pas lire. Quitte à faire grincer quelques mâchoires ! 

Crédit photo : capture d’écran YouTube.

Puisque vous êtes ici… Nous avons une petite faveur à vous demander.

Vous êtes de plus en plus nombreux à lire TÊTU et nous en sommes très fier.e.s. Mais vous le savez sûrement, faire du bon journalisme, un journalisme LGBT différent, honnête, de qualité, et critique coûte de l’argent.Et contrairement à la majorité des médias, TÊTU n’appartient pas à un grand groupe de presse. TÊTU est un média indépendant. Si vous aimez ce que vous trouvez dans nos pages. Si vous pensez qu’un média LGBT+ doit exister en France. Si vous êtes exigeant et voulez découvrir des contenus plus ambitieux. Aidez-nous à faire un bon média.

Abonnez-vous à TÊTU à partir de 5,90€/mois. Merci !


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail