ArchivesArchives LGBT+ et histoire queer : les 8 comptes Instagram à suivre absolument

Par Louise Guibert le 24/08/2018
Archives LGBT

Sur Instagram, certains comptes opèrent un travail de mémoire indispensable. La préservation des archives LGBT+ du monde entier est nécessaire à la transmission de la culture queer. C'est pourquoi TÊTU vous présente huit comptes à suivre absolument.

« The Queer archive » : pour casser les codes de la masculinité

Les corps et visages de Kurt CobainAnnie Lenox, Madonna et Judith Butler seront les premiers que vous verrez en allant sur le compte de « The Queer Archives ». Mais en jetant un coup d'oeil un peu plus acéré, vous tomberez aussi sur les profils de parfaits inconnus, pris sur le vif le temps d'un corps à corps langoureux. « The Queer Archives » est une plateforme créative underground : « Nous aspirons à mettre en lumière les talents cachés, soutenons les idées progressistes, encourageons les discussions constructives et apprécions la vie », écrit l'équipe sur son site internet.

Sur le compte, les représentations des icônes de la communauté LGBT+ sont artistiques et mélancoliques, et il faut avouer que le résultat est très beau :

Girls in the back #georgekaniscurates #nangoldin #art #photography

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Il s'agit ici d'une photo de Nan Goldin, très grande photographe américaine contemporaine ouvertement bisexuelle. Dans son travail, elle a pour habitude de capturer les êtres humains et la marginalité. C'est notamment en photographiant des drag queen dans les États-Unis des années 70 qu'elle lance sa carrière internationale.

« Queer Bible » : le guide la culture queer

« Queer Bible » présente des dessins et des photos, souvent en noir et blanc, célébrant la culture LGBT+ sous toutes ses facettes. Le compte propose à des membres de la communauté d'écrire sur leurs héros. Derrière ce compte se cache Jack Guinness, un journaliste britannique. On y découvre notamment qu'en 1989 à New York, Madonna a organisé un gala de danse pour obtenir des fonds et lutter contre le sida. La même année, elle glisse dans son album « Like a Prayer » (qui s'est vendu à 15 millions d'exemplaires dans le monde entier) un feuillet de sensibilisation à propos du sida : « Les personnes atteintes de la maladie - quelle que soit leur orientation sexuelle - méritent la compassion et le soutien, pas la violence et la bigoterie" indique-t-elle à l'intérieur ».

« Queer Bible » s'attache aussi à mettre en lumière les archives de parfaits inconnus, une manière de célébrer l'amour universel. Ici, la série « Nous avons toujours été là » :

WE HAVE ALWAYS BEEN HERE Insta Takeover by @larsfredriksvedberg

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« Visual Aids » : utiliser l'art pour lutter contre le sida

« Visual Aids » met le sida en lumière. À travers la publication de photographies, de dessins, de peintures ou de portraits, le compte entend préserver l'héritage du combat en mettant en avant les corps marqués par la maladie, mais aussi ses grands moments de lutte. Fondée en 1988, «Visual Aids » est la seule organisation d’art contemporain résolument engagée dans la sensibilisation à la maladie : elle produit et présente des projets artistiques et des expositions, tout en honorant le travail des artistes atteints du VIH ou du sida. 

En parcourant les publications, nous revivons ici et les Marches des fiertés new-yorkaises. Détour par la France, avec une célèbre photo datant du 1er décembre 1993 : c'est la journée internationale de lutte contre la maladie, et Act Up Paris recouvre l'obélisque de la Concorde d'un préservatif géant : une action monumentale que personne n'a oublié. 

« The Lesbian her story archives » : la mémoire des grandes voix lesbiennes

Comme son nom l'indique, « The Lesbian her story archives » met à l'honneur les lesbiennes et leurs histoires. Sur ce compte empreint de militantisme, les vieilles photos des manifestantes s'entremêlent aux textes jaunis des livres et journaux traitant des questions lesbiennes au siècle dernier.

On y découvre Diane Torr, la première drag king connue de l'histoire à poser dans un calendrier en 1994. Mais aussi Jerre Kalbas, Dell Williams et Edie Windsor, lors d’une réunion de la Matrix en 1985. La Matrix était une organisation militante axée sur les droits des lesbiennes. Edie Windsor a notamment lutté pour le droit au mariage. Dell Williams a, elle, fondé « Le jardin d’Eve », un sex-shop féminin où les lesbiennes pouvaient pleinement se sentir en sécurité. Quant à Jerre Kalbas, qui vient d'avoir 100 ans, elle est toujours active chez SAGE, plus vieux mouvement américain de lutte contre l'invisibilisation des lesbiennes.

« The Lesbian Herstory archives » est une véritable mine d'or pour qui veut faire la connaissance de celles qui ont conduit à l'émergence des mouvements lesbiens et intersectionnels. Sur cette photo prise en 1973, les lesbiennes féministes latines et africaines-américaines du Black Lesbian Caucus sont en pleine manifestation : « Candice Boyce, ancienne membre et militante du collectif, a déclaré qu'au moment de la création du groupe, 'il n'y avait pas d'autre endroit où les femmes de couleur pouvaient s'asseoir et parler de ce que signifie être une lesbienne noire en Amérique' ».

« Butch Camp » : il y a le camp des gays, le camp des hétéros... et celui des butch !

Encore un compte qui s'attache à déconstruire la masculinité sous toutes ses formes. Le camp des « butch », c'est le camp des lesbiennes qui jouent avec les codes genrés : costume, cravate, casquette et autres attributs dits « virils » sont de rigueur. Mais pas que... Nous tombons aussi sur un portrait de Grayson Perry, un artiste plasticien et céramiste britannique, ayant fait de l'abus sexuel, de la mort et du sadomasochisme les thèmes principaux de son art. En 2003, l'artiste accepte le prix Turner (qui récompense une oeuvre d'art contemporain) en tant que Claire, son alter ego féminin : « Quoi que l'on pense du travail et de la célébrité de Perry, sa déconstruction de la masculinité toxique dans les formes écrites, éditoriales et performatives a été l'une des plus cohérentes et anarchiques de son temps ».  

Ici, l'artiste féministe post-coloniale Lubaina Himid pose sur une photo de 2017. Elle aussi a remporté le prix Turner l'an passé. « Himid était à la tête du mouvement Black Art en Grande-Bretagne dans les années 80, et s'est attachée à représenter les histoires et les identités noires à travers ses oeuvres depuis des décennies. »

« The Aids mémorial » : un vibrant hommage aux victimes du sida

« The Aids mémorial » est un espace dédié à la mémoire des victimes du sida. Sur ce compte crée en avril 2016 par un certain Stuart (un écossais souhaitant rester anonyme), les proches ayant perdu un être cher témoignent longuement.

En défilant les visages des hommes et des femmes emportés trop jeunes, ce sont des histoires d'amour et de pertes que nous trouvons, et surtout des récits bouleversants. Comme celui d'Herminio Reyes, dont l'ancien compagnon est mort en 1991 des suites de la maladie : « Bob est mort dans mes bras, à 2h21 le matin du 17 février 1991. Sa famille a cité le 'cancer' comme cause de sa mort et m'a cité moi en tant qu''ami' de Bob, dans la rubrique nécrologique du journal local. Ils connaissaient pourtant la vérité, mais nous étions encore beaucoup trop stigmatisés pour qu'ils puissent faire face aux rumeurs qu'ils craignaient tant ». 

Vous y trouverez aussi l'histoire d'Eric, un jeune toulousain , dont l'histoire est racontée par son compagnon :

. . “It all happened in Toulouse, France, between August 1986 and September 1989. Eric Jussiaux (1964 - 1989) was around 21, 22 years old . . . 5 or 6 years older than me. Eric would become my first love story. . I noticed Eric in a cafe-bar one day after class. We looked at each other in such a way I knew something was going on. And when I was on my way back home, I will always remember I could feel he was behind me. I turned back and I saw him. We were both too shy so it was only the day after, at the same bar, that we started talking. Eric was visiting a friend. He was from Paris. We fell in love. He decided to stay in Toulouse. . I knew from the start Eric was HIV positive. Nothing seemed to matter more than to be near him. I never found anyone else with the same energy, humour and creativity. Eric was making everything magical, whatever he was doing: a drawing, a poem or a even making coffee, with always a sense of craziness. . Eric was an artist. He could draw, he could paint, he could sing but what he decided to do was to open a café just opposite my college; that was his masterpiece! . I left college and went to work with him. The place became the refuge of all the outcasts and weirdos. It was our nest where others were welcome. He was making everyone laugh, me first. He was a true artist in the sense your life was not the same after meeting him. . AIDS took him in 1 week. I feel so lucky Eric didn’t have to go through all the torture and agony. 1 week is long enough. . The Berlin Wall falls and I am 20 years old: these two events left me in a sort of total indifference. Eric left. It was like being paralyzed and still today, I can’t get over it. It was so painful I didn’t attend his funeral. I couldn’t even tell friends or relatives what happened. . And then, until recently, I took the courage to ask Eric’s dad for some pictures, as his face started to fade away in my mind. I couldn’t bear it. I only kept a book note of his poems and a love letter. I still feel he’s behind me but I never wanted to turn back again. . I received the pictures a few days ago. Now, after almost 30 years, I can pay tribute to Eric.” — @bricelabrice

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« Je savais dès le départ qu'Eric était séropositif. Mais rien ne semblait avoir plus d'importance que d'être près de lui. Je n'ai jamais trouvé personne avec la même énergie, le même humour et la même créativité. Tout ce que faisait Éric, un dessin, un poème ou un café, était magique. Avec toujours ce même sentiment de folie.

Le sida l'a emporté en une semaine. J'ai tellement de chance qu'Eric n'ait pas eu à subir toutes ces tortures et toutes ces souffrances. Une semaine est déjà assez longue. Le mur de Berlin tombe et j'ai 20 ans: ces deux événements m'ont laissé dans une sorte d'indifférence totale. Eric est parti. C'était comme être paralysé et encore aujourd'hui, je ne peux pas le surmonter. C'était tellement douloureux que je n'ai pas assisté à ses funérailles. »

« Her Story » : le monument Instagram de la culture lesbienne

« Her Story » est peut-être le compte d'archives lesbiennes le plus connu de la sphère Instagram. Fondé par Kelly Rakowski, éditrice photo pour le magazine new-yorkais Metropolis, il met en lumière les parcours de vie des lesbiennes du monde entier, mais aussi des pans de la culture queer. On retombera avec grand plaisir sur la Une historique du coming-out d'Ellen DeGeneres, publiée dans Time, juste après l'avoir publiquement annoncé dans sa sitcom de l'époque. Elle a érigé la présentatrice américaine au rang de grande icône lesbienne.

Le compte célèbre la lutte des couples de même sexe pour l'égalité des droits, en rappelant que nos revendications ne datent certainement pas d'hier. Ci-dessous, la photo d'une famille homoparentale avec à sa tête deux mamans, marchant à Los Angeles à l'occasion de la Marche des fiertés de 1980 :

« LGBT history » : soyons fièr.e.s de notre Histoire

« LGBT history », c'est avant tout un voyage dans l'histoire des mouvements queer et LGBT+ dans le monde entier : des événements politiques qui ont impacté la communauté telle qu'on la connait aujourd'hui. Un voyage dans le passé, qui nous rappelle à quel point le chemin pour l'égalité fut long. Parmi les publications phares, la Une historique de Newsweek. Il y a 35 ans, le 8 août 1983, le célèbre magazine américain publiait l'un des premiers grands reportages sur le sida : 

« La couverture de Newsweek est remarquable pour avoir présenté Bobbi Campbell, activiste de PWA (People With AIDS) et son partenaire Bobby Hilliard, les premiers hommes ouvertement homosexuels à poser en couverture d'un magazine national depuis Leonard Matlovich en 1975. »

Vous trouverez aussi un portrait de Marsha P. Johnson, pionnière du mouvement de libération queer. Elle a fait partie des émeutes de Stonewall, et fut l'une des premières membres du front de libération gay et de l’Alliance des activistes gays, et cofondatrice du Street Transvestite Action Revolutionaries, la première organisation dédiée à l'aide des sans-abris et des femmes trans. 

“GAY RIGHTS: IT’S A 90s KIND OF THING!,” Queer Nation members and other activists participate in a gay rights rally, Town Square, Marietta, Georgia, August 14, 1993. Photo c/o @ajcnews. . In the summer of 1993, responding to an Atlanta ordinance that extended health benefits to partners of gay and lesbian city employees, officials in Cobb County, Georgia—which, as one newspaper describes it, "has a long history of producing politicians who hover somewhere between bold iconoclast and national embarrassment"— adopted a resolution condemning "the gay lifestyle" as "incompatible with the standards to which this community subscribes." . Then, after community members were offended by a local theater group's production of "Lips Together, Teeth Apart," which references AIDS and homosexuals, the Cobb County commissioners voted to remove all county funding of the arts. As the commission voted, anti-gay activists filled the room, many holding signs reading, "THANK GOD FOR AIDS." . As the area prepared for the 1996 Olympics, a sustained effort by local queer activists—including a large gay rights rally in Marietta, the county seat, on August 14, 1993, twenty-five years ago today—led the Atlanta Committee for the Olympic Games to exclude Cobb County sports facilities from consideration for use, a decision that cost the county an untold amount of revenue. #lgbthistory #HavePrideInHistory #Resist

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Un drapeau des fiertés se mêle à celui des États-Unis. À l'été 1993, en réponse à une ordonnance d'Atlanta décidant d'étendre les prestations de santé aux partenaires des employés municipaux gay et lesbiennes, les fonctionnaires du comté de Cobb, en Géorgie, ont adopté une résolution condamnant « le mode de vie gay » comme incompatible avec les normes auxquelles cette communauté est habituée. « Au même moment, des activistes homophobes ont manifesté, et nombreux étaient ceux brandissant des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire : 'Merci Dieu pour la sida' ».

« Alors que la ville se préparait pour les Jeux olympiques de 1996, un effort soutenu des militants queer locaux a conduit à un grand rassemblement en faveur des droits LGBT+ à Marietta, le 14 août 1993. Résultat : les installations sportives de Cobb ont été déclarées inutilisables par le comité olympique, ce qui coûta au comté une perte de revenus incalculable. »

Crédit photo : samchills/Flickr.