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#Noustoutes : femmes lesbiennes, bies, elles racontent pourquoi elles manifestent ce 24 novembre

Le mouvement #NousToutes organise samedi 24 novembre des marches partout en France pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles subies au quotidien par les femmes. Quatre d'entre elles, lesbiennes et bies, nous expliquent pourquoi elles viendront manifester.

Selyne, 34 ans, Paris

“Je n’ai jamais été victime d’agressions en raison de ma bisexualité. Les principales violences que je subis sont avant tout dues au fait d’être une femme. C’est pourquoi j’estime qu’il est important qu’on soit toutes rassemblées ce 24 novembre.

J’ai l’habitude d’aller dès que je le peux à chaque marche organisée pour les droits des femmes. Alors me rendre à celle-là est une évidence. Il est important que, pour une fois, la rue nous appartienne. A nous toutes, sans exception.

Je marcherai avec #Nousaussi (un cortège visant à repolitiser la manifestation et mettre en avant les femmes minorisées : lesbiennes, bies, trans’, travaillseuses du sexe, femmes racisées, précaires…). Je suis très contente que cette initiative existe. Il est pour moi essentiel d’y être. Je veux que l’on puisse montrer un autre visage des droits des femmes : autre que celui des femmes cisgenres, blanches et hétéros. Les femmes qui cumulent les facteurs de discriminations ont d’autant plus de raisons de porter haut et fort des revendications.”

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Sarah, 25 ans, Tremblay-en-France

“Mon ressenti par rapport à cette marche est un curieux mélange de déception et d'enthousiasme. Déception car il faut qu'elle ait lieu, encore aujourd'hui en 2018... J'ai cette étrange sensation qu'il est question de se mobiliser et d'informer sur une chose connue de toutes et tous. Comme s'il y avait à répéter une connaissance évidente parce que certains feignent l'ignorance. Cependant, il y a tout de même de l'enthousiasme de ma part à voir des femmes s'organiser pour dire que ça suffit, que la "minorité majoritaire" que nous représentons tient à se faire entendre et qu'un soutien collectif pour l'égalité et le respect des femmes prend forme.

Femme bisexuelle, je me sens concernée par cette lutte, moins dans la sphère privée que dans celle dite publique. Des mauvaises expériences, j'en ai d'abord connu dans les transports en commun. J'habite en Seine-Saint-Denis, j'ai fais mes études supérieures à Paris et vis la majorité de mon temps dans la capitale où sont mes ami.e.s et ma copine. Le RER B fait donc partie de mon quotidien. Je garde le souvenir d'un homme assis à mes côtés, je n'étais alors pas majeure, passant sa main au niveau de ma hanche puis sous mon jean. Il touchait alors ma culotte. J'étais tétanisée. Impossible pour moi de bouger. Je crois même avoir compris ce qu'il s'était passé seulement à son départ. Cette paralysie, je ne me l'expliquais pas, elle s'est emparée de moi brutalement. Mais je m'en voulais, je m'en voulais de n'avoir rien dit, ni rien fait. La colère se dirigeait ainsi envers moi, envers cette part de fragilité qui semble avoir pris le dessus. Il m'a fallu du temps pour comprendre que cette colère ne devait pas prendre cette direction.

Ensuite, il y a eu d'autres mauvaises expériences, dont une qui m'a particulièrement troublée. C'était il y a deux ans, en été, j'étais prélassée dans un parc au soleil et lisais. Un homme s'est approché en souriant et m'a proposé un massage. Je l’ai rejeté et il est parti. Quelques minutes plus tard, j’ai aperçu cet homme à côté d'un arbre, me regardant, tout en se masturbant.

Il y aurait d'autres choses à lister, comme des rapports de subordination dans le milieu scolaire et professionnel. Les discours misogynes, sexistes, et infantilisants les femmes, peuvent avoir lieu dans n'importe quel milieu social ou professionnel. L'ampleur de cette injustice, de cette violence, ne peut que nous rendre plus nombreuses samedi. J'espère y voir des femmes si différentes qui s'écoutent et partagent leurs expériences."

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Alice Coffin, 40 ans, Paris

“Je suis allée à une des premières réunions initiées par les organisatrices de la marche, en octobre dernier. Je m’y suis sentie soutenue, en tant que femme lesbienne voulant porter des revendications non-hétéros. J’y serai, car j’estime qu’il était temps qu’il se passe quelque chose de conséquent en France en réponse à #MeToo contre les violences contre les femmes. Mais aussi pour défendre des causes propres aux lesbiennes, car il ne faut pas oublier nos propres terrains de lutte. J’y serai pour dénoncer la persistance du sexisme, du machisme, de la lesphophobie, dans une société française patriarcale.

Cela se traduit par des mesures que l’on attend toujours pour lutter contre les agressions sexistes, les viols, les violences lesbophobes. Des mesures qui devraient commencer par la légalisation de la PMA pour toutes les femmes.

Le mouvement féministe a été construit par des lesbiennes. L’image emblématique de la création du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en France, c’est ce dépôt de gerbe de fleurs au pied de l’arc de triomphe à la femme du soldat inconnu, avec ce slogan : “Il y a encore plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme”. Mais ce sont des lesbiennes qui ont mené cette action-là !

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Caroline Mécary, 55 ans, Paris 

"Je serai présente le 24 novembre aux côtés du collectif #Noustoutes dont j'ai signé l'appel car je pense que malgré les différences de point de vue qui traversent les courants féministes français, il y a un accord sur le constat : la moitié de l'humanité est constituée de femmes qui structurellement, partout, et depuis des millénaires, subissent des violences et des discriminations d'une manière systémique. Il faut que cela cesse !

La lutte contre ces violences (homicide, coups, viol, harcèlement, lesbophobie etc.) nécessite d'abord une réelle prise de conscience de cette situation et je pense que le mouvement #MeToo a enclenché une visibilité avec une prise de parole publique qui doit être converties en actes pour que la vie des femmes change.

Manifester, c'est d'abord être visible, donc c'est peser dans l'espace public, pour que le gouvernement passe des mots aux actes. Là on est tres loin du compte. Le budget de la secrétaire d'État est de 30 millions d'euros : une broutille qui n'est pas à la hauteur des enjeux ! Les associations ont des moyens ridicules pour accompagner les femmes et les enfants,  la justice est à l'agonie et la réforme en court va considérablement aggraver la situation des victimes et des mineurs au nom d'une technocratie délétère pour les citoyens.

Des politiques publiques pour une réelle égalité des salaires ou un congé parental égalitaire et digne de ce nom doivent être mises en place. Enfin, être là demain c'est participer à la vigilance de tous les instants car les conservateurs sont toujours prêts à rogner les droits acquis.

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Crédit photo : page Facebook NousToutes


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