« Faire du queer punk, c’est montrer qu’on existe » : rencontre avec le groupe énervé et poétique Versinthë99

Avec une moyenne d’âge de 23 ans seulement, le groupe Versinthë99 incarne la relève du queer punk français. Entre les salles parisiennes à la programmation très rock, et les festivals de musique punk en France, le groupe détonne et réveille. Il éveille, aussi. Car le message diffusé est résolument queer et énervé. Et le militantisme des membres, tous LGBT+, se vit sur scène. Il se glisse dans les riffs saturés des guitares, explose dans des textes poétiques criés à plein poumons, et plane dans des envolées psychédéliques. Alors, forcément, TÊTU a voulu en savoir plus. Interview.

Ils ont entre 21 et 26 ans. Amélie, Mathieu, Margaux et Ronan sont non binaires, androgynes, pansexuel.les et bisexuel.le.s. Leur objectif : agiter la scène punk et véhiculer un message queer. TÊTU a voulu rencontrer ces enfants du punk, qui militent en musique.

La Versinthe, c’est une sorte d’absinthe non ? 

Amélie : Exactement ! C’est une variété d’absinthe qui vient du sud de la France. Elle a été réintroduite en 1999. Du coup, Versinthë99 c’est un jeu de mot entre l’absinthe et le pourcentage de folie dans le groupe. Mais d’aucuns verront aussi le nombre 66 inversé. Donc tout le monde peut voir ce qu’il veut. Ce n’est pas figé, et tant mieux. Ce nom permet de représenter l’univers du poète maudit, forcément lié à l’absinthe. Mais surtout, on est un groupe engagé, féministe et LGBTQI+. On est chimériques et pluriel.le.s. 

Mathieu : Versinthë99 c’est un groupe énervé et poétique. En plus de nos compositions, on reprend des textes qu’on met en musique, comme L’America de Jim Morrisson ou le mythique hymne des femmes.

Amélie, au chant. Crédit photo : Solène Charasse.

Pourquoi avoir voulu reprendre l’hymne des femmes en version punk ? 

Amélie : La version originale est super cool, le texte est vraiment génial. Mais sincèrement, ce n’est pas du tout assez vénère (rires) ! On voulait rendre l’hymne des femmes énervé. Rendre le féminisme plus punk d’une façon générale. Et surtout, le rendre queer. Car pour certaines féministes, le féminisme queer est tout simplement impensable. Or, pour nous, il s’agit d’étendre les enjeux féministes aux problématiques LGBTQI+.

Margaux : C’est complètement la vision qu’on a envie d’imposer.

Comment on se rend compte qu’on veut faire du queer punk ? 

Mathieu : Je ne me suis jamais posé la question de savoir si on pouvait être à la fois punk et queer, ça m’est toujours apparu assez évident que la musique punk, qui est extrêmement engagée, est liée aux problématiques queer. Mais c’est vrai que la scène punk est plutôt très macho et masculine, et cela peut ne pas être totalement évident pour tout le monde de lier les deux.

Amélie : Ça a été mon cas au départ ! Je ne voulais pas renier le punk rock, parce que c’est ce que j’ai écouté pendant toute mon adolescence. Quand tu regardes la programmation de l’international tu peux voir les Black Flag ou des groupes français comme Les Garçons Bouchers et Les Sales Majestés. C’est complètement macho et hétérocentré. J’ai eu envie de délivrer un autre message. Mais je ne connaissais à l’époque que Patti Smith, j’étais dépitée car je voulais trouver plein d’artistes dans la même veine. J’ai entamé un véritable travail de rat de bibliothèque (rires), en cherchant, en fouillant dans les archives punk, pour trouver du punk queer. 

Margaux : Et puis, il peut y avoir beaucoup de groupes qui existent avec des personnes queer ou féministes dedans. Mais ça ne rend pas la même chose du point de vue de la représentation. Faire du queer punk, c’est vouloir montrer qu’on existe, on n’est pas là juste pour jouer, on a un véritable message à faire passer, on veut être visibles.

Quel message vous voulez faire passer ? 

Mathieu : D’abord, dire que tout le monde peut monter sur scène, quelle que soit son identité de genre ou son orientation sexuelle. Ensuite, sensibiliser le public qui n’est pas forcément au fait des enjeux queer et féministes. Il y a aussi un côté rebelle, lié intrinsèquement au punk. On est énervé.e.s. Par le patriarcat, les LGBTphobies, la précarité, les féministes essentialistes, le manque de représentation… Et ce qui nous énerve nous donne l’envie et l’énergie pour monter sur scène aussi. Et grâce à tout ça, on se réapproprie la scène et l’espace sonore. C’est ça, le queer punk. 

Amélie : C’est aussi la formule « faire la peau au rock machiste ». Pour toutes les pochettes sexistes que j’ai dans ma discothèque, toutes les paroles complètement pourries que j’ai subies dans mon adolescence. Et on lui fait la peau en étant là, dans les programmations.

Mathieu à la batterie. Crédit photo : Guillaume Lichy

Finalement c’est un peu cathartique, non ? 

Mathieu : C’est évidemment cathartique. Libérateur, aussi. Sur scène je suis réellement moi-même. Je joue en soutien gorge, je me maquille, je me mets à l’aise, ça fait du bien.

Amélie : C’est aussi une forme de militantisme. Il y a les manifestations, il peut y avoir les blogs, l’écriture. Et il y a la musique. Et moi, j’avais besoin de gueuler (rires) !

Versinthë99 est en concert au Supersonic à Paris, Samedi 5 janvier à 20h00.

Crédit photo : La Crevette. 


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