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« T’es un pédé c’est ça ? » : victime d’une agression homophobe, le président de l’Unef Lille témoigne

Le président de l'antenne lilloise du syndicat étudiant Unef a été victime d'une agression homophobe et raciste, jeudi 21 février. Violemment insulté et pris à partie dans le métro de Lille, Ryan, 19 ans, a notamment dénoncé le manque de réaction des badauds. Il accepte de témoigner pour TÊTU.

"'Sale macaque, t'es un pédé c'est ça ?'. Voilà le genre de propos homophobes et racistes auxquels j'ai eu droit, jeudi 21 février dernier, dans le métro de Lille. Et celui qui m'a agressé m'a poursuivi en me questionnant de manière très agressive : 'T'es une meuf ? T'es quoi ? Tu suces des bites ?'.

L'agression a eu lieu après une soirée au restaurant avec quelques amis, dans le centre-ville de Lille. Après le dîner, certains ont voulu continuer la soirée et aller boire un verre. Je n'avais pas vraiment envie et j'ai décidé de rentrer seul. J'ai pris le métro et j'avais un changement à faire à la gare de Lille-Flandres. Mais au moment où je suis rentré dans le wagon à la station République, un homme était là. Il m'a regardé et s'est immédiatement mis à se moquer de moi. Il riait et m'insultait de tous les noms.

Et puis il s'est mis à me toucher les cheveux - j'ai les cheveux longs, je porte des talons et je suis pansexuel.

"Personne n'a bougé"

La situation n'était absolument pas "safe". J'ai essayé de m'éloigner de lui. J'étais tellement choqué que je n'ai même pas réussi à me révolter. En plus, j'étais seul. Il y avait pourtant énormément de monde dans la rame. Je me retournais dans tous les sens, je regardais les gens autour de moi et je me demandais sincèrement quand quelqu'un réagirait. Sauf que personne n'a bougé.

"Je n'ai pas eu un seul regard de soutien."

Alors, je peux comprendre que, parfois, certaines personnes puissent rester immobiles car elles ont peur pour elles-mêmes. Mais là, c'était encore pire. Je n'ai pas eu un seul regard de soutien. Tout le monde baissait la tête. C'est comme si personne n'assumait de voir ce qui était en train de se passer. C'est très grave.

Déferlement de haine

Mon agresseur m'a suivi lorsque je suis sorti du wagon pour aller prendre ma correspondance à Lille-Flandres. Il se trouvait juste derrière moi sur l'escalator. Il m'a attrapé les pieds tout en m'insultant de "singe". Il m'a ensuite demandé de manière très violente pourquoi j'avais les cheveux longs. Je l'ai repoussé.

J'ai tout de suite sorti mon téléphone pour appeler le 17 (la police, ndlr). Je n'ai eu aucun correspondant en ligne. Il a, lui aussi, dégainé son smartphone. Mais c'était pour me filmer tout en m'insultant et en riant avant de continuer sa route. De mon côté, j'ai pu prendre ma correspondance. Mais j'ai vraiment eu peur. Voir un tel déferlement de haine, c'est traumatisant. D'autant que je n'ai strictement rien à me reprocher !

Pas de dépôt de plainte

Après m'être concerté avec certains membres de l'Unef, j'ai décidé de ne pas porter plainte. Parce que je viens de l'île Maurice et que j'ai besoin de réitérer la validité de mon titre de séjour. Malheureusement, et je ne le sais que trop bien en tant que président de l'antenne lilloise de l'Unef, il y a beaucoup d'ambiguïté concernant les motifs de refus de renouvellement des titres de séjour par la préfecture. Je sais aussi que le fait d'être concerné par une agression LGBTIphobe pourrait potentiellement me porter préjudice, d'une manière ou d'une autre, dans l'obtention de ce titre.

Je dois me protéger de toutes les façons possibles. Mais, je l'assure, ce n'est pas l'envie de porter plainte qui me manque. Alors à défaut, j'ai décidé de prendre la parole, pour médiatiser cette affaire. D'autant plus que parler, c'est aussi obtenir du soutien. Ce sont toujours dans ces moments que l'on se sent très seul, voire coupable, pour je ne sais quelle raison. Mais quand j'ai tweeté sur l'affaire, j'ai obtenu énormément de soutien sur les réseaux sociaux.

La bataille ne s'arrête pas là

Ce genre d’agression n’est tout simplement plus acceptable en 2019. Ces six derniers mois, on a constaté une augmentation des actes homophobes à Lille et, plus généralement en France. On assiste, en parallèle, à un déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Il n'y a qu'à regarder les réactions qu'a suscité la candidature de Bilal Hassani à l'Eurovision ! La situation est grave et j'ai l'impression que les gens se sentent de plus en plus légitimes à agir ainsi.  

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Ce n'est pas parce que je me suis fait agresser que je vais arrêter de porter des talons, de lisser mes cheveux ou de me maquiller quand je le veux. Alors pour moi, la bataille ne s'arrêtera pas là. Personne ne pourra changer qui je suis."

Les propos ont été recueillis par Marion Chatelin.

Crédit photo : Yacine Petitprez/Flickr/CreativeCommons.


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