EurovisionOn a suivi l'Eurovision avec des fans de l'émission

Par Alexis Patri le 19/05/2019
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TÊTU a regardé l'Eurovision avec ses lecteurs et est reparti avec mille anecdotes que vous pourrez raconter lundi à la machine à la café pour faire croire que vous n'êtes pas allés vous coucher avant la fin de l'émission.

Ils sont une dizaine et ils sont prêts depuis déjà un an. Samy organise avec ses amis des soirées de visionnage de l'Eurovision depuis sept ans. Pronostics, plats européens et perruques : le groupe d'ami.e.s âgé.e.s de 22 à 25 ans a pensé à tout.

Nous les rejoignons dans un appartement du XVIIème arrondissement parisien, que Samy et Anouk habitent en colocation. Il est 20h, tout le monde s'affaire en cuisine. Comme dans le concours de chant, un maximum  de pays est ici représenté. Côté solide, on cuisine des laktes (d'Europe de l'Est ashkénaze), des boreks (turques), des bruschettas et des pizzas (italiennes). Côté liquide, ce sera de la bière (belge et française),  du Lambrusco (italien), du Kalimotxo (basque espagnol), de la sangria et de l'agua de Valencia (espagnole).

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Nicolas entre et sort les plats du four. Si tous les invité.e.s sont fans de l'Eurovision, lui est une sorte de Wikipédia vivant de l'émission. Il a regardé toutes les sélections nationales et connaît tous les candidats.

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C'est lui qui nous expliquera notamment dans la soirée que Chypre envoie cette année une candidate qui a les mêmes origines (ou presque) que celle de l'année dernière, avec un titre qui ressemble beaucoup à celui de 2018 et a été composé par la même personne. Une chanson appelée...

Il nous explique également que la France est toujours surestimée par les bookmakers, "parce qu'en réalité personne ne nous aime dans les jurys des autres pays". Nous verrons bien.

J'attends de voir le drapeau breton !

21h, tout est prêt pour le début de la soirée. Le groupe d'amis queer s'installe dans la chambre d'Anouk, dont l'un des murs va nous servir de support pour la rétroprojection. Perruque sur la tête (chacun a choisi la sienne parmi le stock maison), Samy m'explique que nous allons regarder le streaming officiel de l'émission. "Sur France 2, il n'y a pas Marianne James cette année, aucun intérêt de se taper leurs commentaires", rigole-t-il.

La cérémonie commence, c'est parti pour trois heures. L'attention navigue pour l'instant entre les plats et l'émission. "J'attends de voir le drapeau breton !", s'exclame Samy quand la caméra passe pour la première fois au-dessus du public.

Très vite, les candidat.e.s s'enchaînent. Leur passage est plus ou moins couvert par les mots bien sentis et les éclats de rire*.

Bilal écouté religieusement

Jean-Paul Gaultier est interviewé par l'un des présentateurs de l'émission, après les performances de Malte, de l'Albanie, de la République Tchèque, de l'Allemagne et de la Russie. Après quelques railleries bon enfant sur son accent, le groupe s'accorde sur un point : "ça y est, Gaultier est là, les J.O. des gays commencent maintenant".

On retire les perruques, qui commencent à gratter. Les entractes servent de pause ravitaillement, face à un rythme qui s'essouffle un peu. Jusqu'à la 21ème performance, celle de la France. Pour la première (et unique fois de la soirée), tout le monde se tait. Bilal Hassani est écouté religieusement, le sourire jusqu'aux oreilles. Le candidat français achève son titre "Roi" sous les cris et les applaudissements de l'appartement.

D'autres invité.e.s arrivent sur le tard, pendant la performance de Madonna. Une déception pour celles et ceux qui attendaient beaucoup de la reine de la pop. Le verdict est sans appel : "c'est pompé sur ce qu'elle a fait au MET l'année dernière. Et sur Beyoncé."

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"Rammstein queer" et prix Barbara-Dex

C'est l'heure du vote. Chacun se rappelle ses candidat.e.s favori.te.s et tentent les autres de voter pour lui. L'Italien Mahmood, le Suisse et l'Espagnol emportent, pour leur physique notamment, les coeurs des garçons. Les filles se concentrent. sur la Danoise. "C'est é-vi-dent qu'elle est lesbienne en plus" nous assure Ioanna.

Côté performances, tout le monde a hurlé d'excitation devant la chanteuse australienne sur balancier. Même niveau de décibels devant le groupe islandais, qualifié à l'unanimité de "Rammstein queer*", en référence au groupe de métal allemand. La Norvège, et évidemment la France, sont également citées dans les favoris.

Tout le monde se remémore la robe "immonde" de la candidate macédonienne. Nicolas en profite pour expliquer l'existence d'un prix officieux de la pire tenue, le prix Barbara-Dex. "Du nom de la candidate belge en 1993", précise-t-il intarissable. Aucun doute, il sera de l'avis général pour elle cette année.

L'attention générale se coupe de l'écran. Jusqu'à ce qu'on réalise, boycott de France 2 oblige, qu'on ne sait pas à quel numéro envoyer un SMS. Vent de panique et branle bas de combat, le 7 30 03 est vite trouvé. Les messages surtaxés abondent.

Le vote des jurys, c'est du vol

C'est le moment d'écouter les points donnés par les jurys nationaux. La tension commence vraiment à monter. Les cris de déception montent quand nos voisins espagnols accordent leurs 12 points à la Suède. De manière totalement inattendue, la Macédoine part en tête du classement. Dans la chambre, on râle et on crie à la corruption face à des votes bien trop éloignés des pronostics personnels.

La plus grosse incompréhension pointe quand la France donne 12 points aux Pays-Bas. Le pays est certes annoncé depuis des semaines comme le favori, mais ici il n'a séduit personne. "Je comprends rien à ce qu'il se passe, c'est de la géopolitique cette émission", se désespère-t-on sur le canapé.

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"On va en Italie !"

Avec le passage au vote du public, chacun comprend vite que l'affaire est pliée pour Bilal. Tout le monde se reporte d'un seul chef sur Mahmood, candidat italien lui-même adulé par le chanteur français. Il ne reste que cinq pays à n'avoir pas encore reçu leurs points. Le score de l'Italie s'envole.

L'ambiance s'électrise. "On va en Italiiiie !" hurle Nicolas à Samy, en prévision de l'Eurovision 2020. On rigole de la défaite de la Macédoine. Mais l'Italie est finalement éliminée à son tour. Restent la Suède et les Pays-Bas. Tous les invité.e.s croisent les doigts pour la Suède. Mais c'est le néerlandais Duncan Laurence qui est sacré.

La déception est simple, double, triple de ne voir gagner ni la France, ni l'Italie, ni la Suède. "Coupe tout, le néerlandais va encore chanter sa chanson, je veux pas voir ça !"s'exclame notre expert en Eurovision sous les rires. La soirée continuera tard, mais sans l'Eurovision. Même s'ils se donnent déjà tous rendez-vous pour l'année prochaine.

 

*Ce qu'on a retenu des candidat.e.s de chaque pays, selon les avis des invité.e.s :

Malte : "Vraiment la petite meuf comme on voit partout"

Albanie : "J'adore le nouveau Almodovar"

République Tchèque : "Oh, les Jonas Brothers !"

Allemagne : "L'Allemagne va finir dernière apparemment. C'est un peu la Kim Petras et la Dua Lipa du pauvre en une seule personne"

Russie : "Beaucoup de jurés peuvent s'identifier au fait qu'il crie sous la douche"

Danemark : "Elle a l'air grave lesbienne ! C'est à cause des bretelles..."

Saint-Marin : "C'est Vincent Lagaf' ou Pitbull ?"

Macédoine : "Comment elle a pu accepter d'être vue dans cette robe par des millions de personnes !?"

Suède : "Le problème, c'est que ses choeurs chantent mieux que lui"

Slovénie : "Ils sont choupis. Mais ils sont chiants"

Chypre : "C'est Madonna, y'a longtemps"

Pays-Bas : "Pour un favori, il parle pas tellement au public. Par public, je veux dire nous les homosexuels"

Grèce : "Y'a vraiment plus d'argent en Grèce apparemment. Mais j'aime bien le clito sur le décor quand même"

Israël : "Clairement, ils veulent pas gagner une deuxième fois d'affilée"

Norvège : "On adore, mais ça manque de mise en scène"

Royaume-Uni : "Sam Smith ou Dudley ? En tout cas il mérite d'être dernier"

Islande : "C'est Rammstein en queer. On a-dore"

Estonie : "On dirait le métro"

Biélorussie : "C'est pas celle de Malte ? C'est clairement une 2000 en tout cas"

Azerbaïdjan : "Alexander McQueen et Renault Picasso ont déjà fait cette mise en scène"

France : "Ouiiiiiiiii"

Italie : "C'est pas mal. Et il est trop beau"

Serbie : "C'est nul"

Suisse : "Il est sexe ! Ah non. En fait, si"

Australie : "C'est camp, c'est kitsch, la mise en scène me bute ! C'est du Kate Bush"

Espagne : "C'est pas si mauvais, ils ont la pêche"