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Un stand LGBT saccagé en Vendée : que s’est-il passé ?

Un stand du centre LGBT de Vendée a été saccagé par un groupe de jeunes samedi 18 mai à La Roche-sur-Yon. Une enquête a été ouverte.

Les faits se sont déroulés samedi 18 mai sur la place Napoléon de La Roche-sur-Yon. Le centre LGBT de Vendée y avait installé un village associatif à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie. Entre 12h et 17h, les passants pouvaient ainsi se balader entre les stands tenus par Aides, David et Jonathan ou encore Le Planning Familial, en passant sous des ballons et des drapeaux aux couleurs arc-en-ciel.

"On faisait passer des petits quiz aux passants pour les sensibiliser aux LGBTphobies, se souvient pour TÊTU Sophie Troquin-Salacroup, présidente du centre LGBT de Vendée et présente ce jour-là. On avait aussi une carte du monde pour parler des droits des personnes LGBT et on racontait des récits de migrants LGBT…". Bref, tout se passait dans le calme.

Les faits

Mais vers 17h, comme le montrent plusieurs vidéos postées sur Facebook, un groupe d'une dizaine de personnes a traversé le village en scandant "homo-folie, ça suffit!". "Ils étaient menaçants, soutient Sophie Troquin-Salacroup. Ils avaient des cigarettes à la main et pétaient des ballons avec. Ils ont renversé une grille et décroché un drapeau arc-en-ciel de son mât."

https://twitter.com/aurelien6801/status/1130069301090820098

Les images montrent ensuite un des jeunes, habillé d'une veste kaki, éclater des ballons avec sa cigarette, bousculer plusieurs militants - dont une femme âgée - et essayer de faire tomber le téléphone d'un autre. Sophie Troquin-Salacroup assure que "deux personnes ont reçu huit et dix jours d'ITT suite à ces altercations", sans que nous ayons pu vérifier cette information.

Dans une seconde vidéo postée sur Facebook, un homme s'en prend physiquement à l'agresseur présumé. "Je n'ai eu d'autre volonté que repousser cette personne - qui était le leader du groupe - vers ses camarades, mais également vers la police, qui était au centre de la place Napoléon", nous-a-t-il précisé dans un message Facebook ce mardi 21 mai. Plusieurs jeunes, dont certains portaient un drapeau ou un sweat-shirt à l'effigie de La Manif pour tous, ont alors fait demi-tour, se mettant de nouveau à scander "Homo-folie, ça suffit !".

https://twitter.com/ParisPasRose/status/1129995714325569536

Enquête ouverte

Selon Sophie Troquin-Salacroup, plusieurs plaintes ont été déposées suite à ces évènements, dont une par le centre LGBT. Le parquet de La Roche-sur-Yon a également ouvert une enquête de flagrance au lendemain des faits.

"Des actes d'enquête sont en cours pour permettre de qualifier juridiquement les faits, de même que le nombre d'intervenants et leurs identités, pour permettre ainsi d'éventuelles interpellations", a-t-on appris ce lundi 20 mai de source judiciaire.

A LIRE AUSSI : En 2018, les actes LGBTphobes ont explosé

Une question reste en suspens : qui étaient ces vandales présumés ? Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont garanti avoir reconnu des étudiants de l'Institut catholique d'études supérieures de Vendée de La Roche-sur-Yon (ICES). Sophie Troquin-Salacroup nous a dit avoir été contactée par un professeur de l'établissement, certifiant avoir reconnu deux de ses élèves.

Interrogé par Ouest-France, le directeur de l'ICES a lui-même confirmé que "des étudiants de l’établissement ont été reconnus""Si l’enquête en cours démontre que des participants sont étudiants de l’ICES, des mesures disciplinaires seront prises", a simplement réagi l'établissement scolaire dans un message posté sur Facebook et Twitter.

Autre question : ces jeunes faisaient-ils partie de La Manif Pour Tous (LMPT) ? L'un d'entre eux portait en tout cas un sweat-shirt noir avec le logo de l'association - un papa, une maman et deux enfants -, tandis qu'un autre brandissait un drapeau bleu clair, également à l'effigie de LMPT.

Des membres de La Manif Pour Tous ?

La manif pour tous s'est désolidarisée de cette agression dans un message posté sur Twitter. "Ces personnes qui portaient un sweat sur lequel était présent notre logo ne représentent en rien notre mouvement, a-t-elle écrit. Nous nous réservons le droit de lancer des poursuites judiciaires à leur encontre."

Une réaction qui a fait bondir Sophie Troquin-Salacroup. "Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, quand je vois arriver quelqu’un avec le t-shirt LMPT, je sais que c’est pas mon copain. On comprend tout de suite qu'ils ne sont pas là pour discuter et débattre, mais pour pour faire disparaître notre visibilité. C'est intolérable."

Réactions politiques

De nombreuses personnalités politiques ont réagi, à l'instar de la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes et de la lutte contre les discriminations Marlène Schiappa. Dans une vidéo postée sur Facebook, elle dénonce des "menaces et des intimidations extrêmement agressives" à l'encontre des militant.e.s du centre LGBT de Vendée.

https://twitter.com/MarleneSchiappa/status/1130142022822711296

Elle ajoute que, parmi les vandales présumés, se trouvaient des "proches de hauts responsables politiques qui appartiennent au parti Les Républicains". Une information que nous ne sommes, pour le moment, pas en mesure de confirmer.

Contacté par TÊTU, le cabinet de Marlène Schiappa rétorque qu'elle "n'a pas apporté de précisions sur les noms car l'enquête est en cours". "Par ailleurs, Les liens entre Manif pour tous et LR (Les Républicains, NDLR) sont connus et documentés, particulièrement en Vendée", ajoute cette même source.

Le maire LR de La Roche-sur-Yon, Luc Bouard, a également réagi sur Facebook pour "condamner fermement ces agissements imbéciles, sectaires et régressifs". "Je les ai vus écumants de haine et malveillants face à des personnes qui n’avaient pour tout comportement que de présenter ce qu’ils sont avec la volonté de communiquer paisiblement pour que les agressions à leur encontre cessent."

Le cabinet de Marlène Schiappa nous a informé que les représentants du centre LGBT allaient être bientôt reçu par le préfet de Vendée à la demande de la ministre. Et d'ajouter : "Nous espérons faire toute la lumière dans les meilleurs délais sur cette intimidation violente et odieuse."

Article mis à jour le mardi 21 mai 2019 a 09h57

Crédit photo : Capture d'écran d'une vidéo du centre LGBT de Vendée.


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