cinéma"L'Étincelle", un inspirant cours d'histoire LGBT à voir au cinéma

Par Alexis Patri le 23/07/2019
L'Étincelle

"L'Étincelle, une histoire des luttes LGBT+" sort en salles mercredi 24 juillet. Et ce documentaire de Benoît Masocco s'avère aussi réjouissant qu'indispensable.

"Notre histoire nous a été volée ». Cette phrase Dustin Lance Black résume à elle seule la nécessité du film "L'Étincelle, une histoire des luttes LGBT+". Malgré ce titre, oubliez immédiatement les heures perdues au fond d’une salle de classe et les insupportables cahiers de vacances. Le réalisateur Benoît Masocco propose avec ce documentaire un cours digne de ces professeurs qui savent captiver jusqu'au dernier des "cancres", sans ennuyer les messieurs-madames je-sais-tout du premier rang.

Entre tragédies et droits sociaux arrachés à coups de luttes, "L’Étincelle" permet de comprendre que transidentité, bisexualité et homosexualité ont toujours existé. Et de ne plus se sentir seul.e.s. Ce film montre l'évolution de la société (française, américaine et mondiale) sur les questions LGBT, avec comme point de départ le retour de la répression après la Seconde Guerre mondiale.

L'Étincelle
Crédit photo : OUTPLAY FILMS

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Guy Hocquenghem et Bayard Rustin, deux figures à retenir

Comme tout bon cours, "L'Étincelle" nous permet de retenir quelques dates : les émeutes de Stonewall en 1969, la dépénalisation de l'homosexualité en France en 1982, ou encore la toute première légalisation du mariage entre personnes de même sexe (aux Pays-Bas) en 2000.

Mais ce que l'on retient surtout, ce sont les grandes figures de l'histoire LGBT+. Des personnages majeurs méticuleusement invisibilisés dans les manuels scolaires. Avec en premier lieu Bayard Rustin. Un nom qui ne vous dit sûrement rien. Et pourtant : ce militant noir des droits des homosexuels a été le bras droit de Martin Luther King. C'est à lui que l'on doit les marches pour les droits civiques. En France, on découvre le rôle central - et trop méconnu - joué par Guy Hocquenghem, le premier militant français qui a osé parler à visage découvert.

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Le documentaire relaie aussi plusieurs témoignages personnels, à l'avantage indéniable d'être aussi pertinents qu'émouvants. Notamment concernant l'épidémie du VIH. Sans oublier le récit d'évènements centraux et croustillants, comme l'invasion de l'émission de RTL "Allô Ménie!" le 10 mars 1971. Une date retenue aujourd'hui comme "le Stonewall français".

L'Étincelle
Crédit photo : OUTPLAY FILMS

Un casting d'intervenants pléthorique

Cet inspirant cours sur les luttes LGBT est délivré par un nombre impressionnant d'intervenants. On en a compté 28 au total, en 1h39 de film. Et pas un à jeter à la poubelle. Parmi elles et eux, 11 Français.

Ce syllabus accueille ainsi le journaliste Gérard Lefort, l'organisateur de soirées Hervé Latapie, le fondateur d'Act-Up Paris Didier Lestrade, la journaliste Marie Kirschen, le journaliste Xavier Héraud, la militante Marie-Jo Bonnet, l'artiste Tonya Loren, l'ancien ministre de la Justice Robert Badinter, l'ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, ou encore le médecin Willy Rozenbaum.

Mais aussi Jenny Bel'Air, ancienne physionomiste du Palace au franc-parler unique, qui donne envie d'aller boire un café avec elle à la fin du cours.

L'Étincelle
Crédit photo : OUTPLAY FILMS

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La communauté LGBT+ regardée sans complaisance

L'une des grandes réussites de "L'Étincelle, une histoire des luttes LGBT+", c'est son regard sur le militantisme. Un traitement subtil, qui aborde des évènements souvent oubliés, sans masquer les divisions internes à la communauté.

Et notamment le rôle central des lesbiennes féministes dans l'avancée des droits LGBT, parfois contre la misogynie de certains militants gays. Mais aussi le combat entre les défenseurs de la "respectabilité homosexuelle" et ceux de la radicalité. Avec à la clé des remarques piquantes et des aveux émouvants.

On regrette que des questions comme la transidentité et l'intersectionnalité (le fait d'appartenir à plusieurs minorité en même temps, ndlr) arrivent un peu tard pour être pleinement traitées. Mais peut-être s'agit-il d'un coup de malice de Benoît Masocco, qui attend d'avoir capté une part du public parfois peu encline à la remise à question avant de les mettre face à un Robert Badinter dénonçant "l'égoïsme des nantis de la liberté". L'un des nombreux électrochocs de cet indispensable documentaire.

Le documentaire de Benoît Masocco "L'Étincelle, une histoire des luttes LGBT+" (Outplay Films) sort en salles mercredi 24 juillet.

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