facebook

« Aujourd’hui encore, je me sens sale » : je suis gay, et mes parents m’ont emmené à la Manif Pour Tous

Loïc* avait 12 ans quand ses parents l'ont emmené marcher avec la "Manif pour tous". Six ans plus tard, après avoir réalisé qu'il était gay, il témoigne.

2013, place Masséna, à Nice. Assis en cercle, des dizaines d'hommes et de femmes scandent le désormais fameux "un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants". Et debout, au milieu des partisans de "La Manif Pour Tous", un enfant costumé en une sorte de papillon. Sur l'aile droite, on pouvait lire "papa", et sur l'aile gauche "maman". Il n'était pas le seul mineur, à l'époque, que ses parents ont emmené aux manifestations du mouvement anti-mariage pour tous. Et si ces enfants étaient gays, lesbiennes, bi ou trans ? 

À LIRE AUSSI : En Russie, un couple gay se voit retirer ses deux enfants

Une "manifestation comme une autre"

Loïc a été l’un de ces enfants. Il vient d’une famille catholique pratiquante dont les parents faisaient partie du mouvement de la “Manif pour tous”. “Mes parents ont décidé de participer à la Manif pour tous et m’en ont parlé au cours d’un repas. L’idée de participer à ma première (et dernière) manifestation était la seule motivation qui m’a poussé à leur demander de les accompagner”, raconte t-il. Pour eux, les raisons étaient pourtant bien différentes. Loïc, en cinquième à l’époque, ne connaissait pas encore ni sa sexualité, ni l’enjeu que représentait le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. 

Aussi, assistant à la manifestation à Paris, le jeune homme et sa famille prenaient plaisir à parader. “Nous étions au coeur des chants que je trouvais amusants, sans pour autant comprendre leur sens et les mots utilisés dans ces slogans”, confie Loïc. Content d’y avoir participé, il en fait part à ses amis. “Moi mes deux mamans sont lesbiennes”, lui répond l’un d’entre eux. “C’est là que ça a commencé à m'interroger", avoue t-il. 

“Ça a rendu difficile la découverte de ma sexualité”

L’année suivante, Loïc entre en quatrième et commence à comprendre qui il est au travers du regard des autres. Il se fait traiter de "pédé", sans . “C’est difficile de découvrir sa sexualité lorsque ce sont les autres qui te la font découvrir a travers des stéréotypes”, confie le jeune homme. C’est aussi à ce moment précis qu’il se rend compte de ce que représente la “Manif pour Tous” et quelles sont ses revendications. “La Manif pour tous m’a fait croire que les homosexuels étaient bizarres, que les couples homosexuels et les familles homoparentales ne pouvait pas fonctionner. « Dieu a créé Adam et Eve, pas Adam et Adam », « l’enfant cherche un père et une mère, il sera perturbé »”. Tout cela, Loïc y a cru. J’ai eu peur de ne pas pouvoir vivre ma vie, ne pas pouvoir me marier, ne pas pouvoir avoir d’enfant, ne pas pouvoir être comme les autres”, raconte Loïc avant de finalement réaliser que le rassemblement auquel il a pris part il y a quelques mois de cela, manifeste contre ses droits. 

À LIRE AUSSI : L’association Urgence Homophobie porte plainte contre la Manif pour tous

“Un sentiment de honte et de tristesse”

Est alors venu un véritable dégoût de la part de Loïc, contre la "Manif pour tous", mais également envers lui-même. "Aujourd'hui encore, je me sens sale, j’ai l’impression d’avoir trahi la communauté LGBT+ que je soutiens. Haineux envers moi, mais aussi envers mes parents et tous les parents qui emmènent leurs enfants à des manifestations", déplore t-il. Le jeune homme a beaucoup de mal à écarter ce moment de vie qui ne cesse de le tourmenter. "La tristesse reprend du terrain lorsque je pense à la douleur que je ressens maintenant et à tous ceux qui partagent aussi cette douleur. Je n'en dors plus". 

"J’ai peur de l’avenir avec mes parents"

La relation entre Loïc et ses parents n'est aujourd'hui réduite qu'à de simples échanges cordiaux. Après avoir vu et entendu les valeurs auxquelles ses parents croyaient, il ne peut plus se sentir lui-même auprès d'eux. "J’ai peur de l’avenir avec eux. Il ne vont pas accepter que je me marie avec un homme, ils ne vont pas accepter que j’aie un enfant, mais il n’accepteront pas que je ne fonde pas une famille", appréhende Loïc. "J’ai peur car je sais que je serai obligatoirement confronté à un problème avec eux". Aussi, le jeune homme de 17 ans désormais, préfère s'éloigner un peu plus de sa famille, par peur de rejet et de conflit.

À LIRE AUSSI : Le court-métrage contre l’homophobie d’un lycéen de 18 ans rencontre un succès inattendu

Aujourd'hui, certains, comme Loïc, payent encore les contrecoups de cette année de manifestations contre les droits des personnes LGBT+. Alors que l'ouverture de la PMA pour toutes les femmes va être débattue à l'Assemblée nationale, et que ses détracteurs ont prévu de battre le pavé, le témoignage de Loïc résonne comme un avertissement. 

 

 

(*) Par souci d'anonymat, le prénom a été modifié.

Crédit Photo : Wikimedia Commons 


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail