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européennesMunicipales : les candidats pas très friendly de LREM

Par Mélanie Volland le 18/12/2019
LREM

Plusieurs soutiens ou investitures de la majorité détonnent avec les engagements de La République en marche. Pour s’assurer un ancrage local, le mouvement n’hésite pas à rallier d’anciens proches de la Manif pour tous...

Des échanges entre l'Association des Familles Homoparentales et le maire LR de Brive, Frédéric Soulier, ont agité la toile hier. L'association a en effet interpellé le maire sortant sur son engagement, en 2013, contre le mariage pour tous, captures d'écran de posts Facebook à l'appui.

De la part d'un élu Les Républicains, dont la majorité s'était opposé au texte de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, cela n'aurait rien d'étonnant. Mais ce qui ne passe pas pour les internautes, c'est que cet élu a obtenu le soutien de La République en Marche pour les municipales 2020.

Et le coeur du problème, c'est qu'il n'est pas le seul. Plusieurs élus aux postures sans équivoques quant à l’égalité des droits ont obtenu l’onction de LREM. Un compte twitter (@LaRemPourTous) s'est même donné pour missions de recenser tous les ex-Manif Pour Tous ou anti-mariage qui ont obtenu le tampon de la majorité sur leur candidature. A Rueil-Malmaison, le maire LR sortant, Patrick Ollier défilait en tête de cortège de la Manif pour tous. Celui qui est également président de la métropole du Grand Paris, qualifiait en 2013 la gay pride de « déviance ».

Toujours dans les Hauts-de-Seine, à Chaville, Jean-Jacques Guillet bénéficie du soutien de la majorité. Également maire sortant et membre des Républicains, il est épinglé sur la toile pour son arrêté municipal de 2016, dans lequel il interdisait l’affichage de spots de prévention du VIH. Le maire sortant d’Angers, Christophe Bechu, a adopté des positions similaires. Il obtient lui aussi le soutien de LREM pour le scrutin de mars 2020.  

Les militants ont également pointé du doigt l’investiture d’Aurélie Taquillin à Courbevoie, d’Yvan Lachaud à Nîmes - qui a fait son mea culpa dans un communiqué  - ou encore du soutien apporté à Marcq-en-Baroeul à Bernard Gérard, images de leur participation aux cortèges de la Manif pour tous à l’appui et propos homophobes exhumés.

Les assos LGBT inquiètes

« C’est non seulement inquiétant au regard des valeurs portées par LREM, qui prétend défendre l’égalité des droits, mais aussi pour la vie quotidienne des LGBT. Des personnes ayant eu des postures d’opposition claire à l’égalité devenant maire, peuvent porter atteinte à la sécurité et aux droits des LGBT », prévient Jérémy Falédam, le président de SOS Homophobie.

« Nous étions déjà inquiets lors de la nomination de Gérald Darmanin au gouvernement, puisqu’il avait exprimé son refus de marier deux personnes du même sexe, ces soutiens ne font que confirmer notre inquiétude » continue l'associatif. « Cela démontre juste que LREM est un parti attrape-tout, prêt à rallier des anciens de la Manif pour tous pour s’assurer une assise territoriale », assène Lennie Nicollet, président d’HES.

Des députés LREM embarrassés

Même au sein de La République en Marche, certains parlementaires s’interrogent. D’un côté leur mouvement impulse une loi qui ouvre la PMA à toutes les femmes, de l’autre il apporte son soutien à des anciens opposants au mariage pour tous, repoussant toujours plus loin les limites du « en même temps ». Guillaume Chiche, le député des LREM des Deux-Sèvres, en première ligne sur la question de la PMA, est particulièrement attentif à ces candidatures. « Les choses pour moi sont assez claires, jamais je n’appellerai un électeur à voter pour un candidat qui a porté des revendications homophobes, lesbophobes ou transphobes. Je les invite même à s’opposer à eux dans les urnes », assure-t-il.

Son homologue de Charente-Maritime, Raphaël Gérard, abonde en ce sens. « Cela va sans dire, je suis embarrassé de voir certaines personnes apparaître sur les listes. Je serai vigilant. Les dérapages ne seront pas tolérés. Il ne doit pas y en avoir de possibles », prévient le député.

Des "garanties" demandées aux candidats

Marlène Schiappa, la Secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, temporise. « LREM ne soutient aucun candidat homophobe. La lutte contre les LGBT phobies est cruciale pour moi. Alors je me réjouis que certains qui étaient jadis opposés au mariage pour tous rejoignent les gens qui défendent les droits LGBT+ en adhérant à nos valeurs, au premier rang desquelles l’égalité. La société a évolué, et je me réjouis toujours quand des élus évoluent aussi ».

C’est justement l’argument avancé par la commission nationale d’investiture (CNI). « Il est question de l’évolution de leur position. Plus que ce qu’ils ont fait ou dit dans le passé, qui certes nous interroge, l’optique est de savoir où ils en sont aujourd’hui. Sur chacune des situations, nous nous intéressons aux engagements que les candidats sont prêts à prendre, et à obtenir des garanties. Nous les avons », précise Marie Guévenoux, la co-présidente de la commission.

Une charte insuffisante ?

La République en marche a mis en place une charte. « L’élu(e) s’engage à mettre en place des politiques ambitieuses en matière d’inclusion, de lutte contre les discriminations et d’égalité entre les femmes et les hommes », précise le point numéro 8 du document. « L’ensemble des candidats investis signe ce document, c’est le cas d’Aurélie Taquillain à Courbevoie. Elle a dit qu’aujourd’hui elle voterait pour la PMA. C’est beaucoup plus positif d’avoir des personnes qui bougent dans ce sens, plutôt qu’ils ne restent bloqués en 2013 », complète Marie Guévenoux. Les élus soutenus par le mouvement n’ont en revanche pas à signer cette charte, puisque labellisée LREM, mais doivent « prendre un engagement éthique en leur nom ».

Du côté de SOS Homophobie, on ne se satisfait pas de ces garanties. « Qu’on puisse évoluer dans son raisonnement, effectivement et heureusement. En revanche, ne nous cachons pas derrière ces éléments de discours, certains candidats sont fondamentalement opportunistes. Qu’ils démontrent dans les faits qu’ils ne partagent plus de telles positions », lâche Jérémy Falédam.

Pour LREM, rien de nouveau

Les associations alertent donc sur les implications qu’engendreraient la reconduction ou l’élection d’édiles ayant adopté ces postures anti-mariage pour tous. « Certes les élus ne peuvent pas ne pas marier des couples du même sexe. Mais leur élection peut impacter directement les administrés. Ce sont par exemple des maires qui ne nommeront pas d’agents référents sur ces questions. Or, la lutte contre les LGBT phobie passe par l’accueil, l’accès à des formulaires administratifs adaptés à tous les types de famille, ou encore des ressources documentaires suffisantes qui permettent à tous de s’identifier », détaille Lennie Nicollet.

Loin de l’esprit du programme présidentiel de 2017, cette porosité, même par petite touche, avec les milieux de droite conservatrice n’étonne pas les militants LGBT. Le cas Agnès Thill, exclue du groupe LREM à l’Assemblée Nationale après ses propos très virulents à l’encontre des personnes LGBT, leur a suffi. Tout comme la nomination de Jean-Baptiste Lemoyne en tant que secrétaire d’Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Celui-ci fait actuellement campagne face à son collègue a l’Agriculture Didier Guillaume, pour obtenir le tampon LREM et ravir Biarritz à Michel Veunac. « C’est quand même quelqu’un qui faisait des vidéos avec ses amis de Sens Commun », pointe Lennie Nicollet.

Crispation à Versailles

Et la crispation autour de la question n’est pas près de retomber. Le cas de Versailles n’est toujours pas tranché. Fief de la droite, la municipalité est depuis 2008 aux mains de François de Mazières, le mentor politique de François-Xavier Bellamy, la tête de liste LR aux élections européennes. Le philosophe avait mené une campagne particulièrement droitière auprès de Laurent Wauquiez, ex-patron de LR. L’ombre du député européen plane encore sur Versailles, puisqu’il n’est pas exclu qu’il figure sur la liste des municipales.

« Une décision ne cesse d’être repoussée, c’est celle qui concerne Versailles. Si ce cap est franchi, je m’exprimerai », prévient Guillaume Chiche, qui dit « signaler systématiquement en bureau exécutif son opposition à des candidats ayant tenu des propos LGBT phobes ».  La CNI se veut rassurante. « Nous ne soutiendrons pas une liste où François-Xavier Bellamy est candidat », assure Marie Guévenoux. En revanche, par souci de s’implanter localement, LREM ne lésinera pas sur les candidatures d’ouvertures quitte à faire quelques détours par la droite.