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« On est très inquiets », la librairie Les Mots à la bouche passe un appel pour trouver sa nouvelle adresse

En mars prochain, la librairie LGBT du quartier du Marais devra quitter son adresse historique. Mais elle n'a toujours pas trouvé de nouveaux locaux. Elle passe un appel sur les réseaux sociaux.

Le temps est à la mobilisation ! Les Mots à la Bouche, la librairie LGBT iconique du quartier du Marais à Paris, n’a toujours pas trouvé de nouveaux locaux. Pourtant, à la fin du mois de mars 2020, le commerce devra quitter son adresse historique du 6 rue Sainte Croix de la Bretonnerie, où elle est installée depuis 1983.

En effet, le propriétaire refuse de renouveler le bail commercial, souhaitant profiter de la gentrification du quartier et de ses loyers devenus exorbitants. Début novembre, une première rumeur de fermeture définitive, démentie sur TETU.com, avait animé les réseaux sociaux. Le libraire se voulait alors rassurant, expliquant que "la mairie de Paris nous a promis son aide pour (nous) le reloger". Mais ce weekend, dans un message publié sur Facebook, la librairie fait désormais appel à ses clients pour trouver un nouveau local au plus vite :

« A l’heure actuelle, nous n’avons toujours pas trouvé de nouveau local pour déménager, et nous devons quitter nos locaux fin mars. Vous avez été très nombreu.x.ses à nous proposer votre aide, nous faisons appel à vous aujourd’hui pour trouver ce nouvel emplacement. Si vous connaissez un local qui se libère, entre 100 et 200m², dans un quartier proche de la librairie actuelle (Paris 2/3/4e et limitrophes), contactez-nous via contact@motsbouche.com en précisant bien « local potentiel » dans l’objet ! »

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"On est très inquiets"

Aujourd'hui, Nicolas Wanstock, salarié et responsable de la communication de la librairie, est anxieux : "On est très inquiets. La fin du bail était prévue pour le 31 décembre. Nos remplaçants ne veulent s’installer qu’à la fin Mars, donc nous bénéficions d'un sursis. Mais pour l’instant, on a aucun local où atterrir. On n’est pas du tout serein."

Le libraire confirme à TÊTU que l'établissement a bien eu des échanges avec la mairie de Paris et celle du IVe : "On a rencontré les équipes de la mairie. L’adjointe à la mairie du 4e et toute une équipe et Frédéric Hocquart (Adjoint à la Maire de Paris chargé de la vie nocturne et de la diversité de l'économie culturelle, ndr). Ils ont tous témoigné d’une volonté de nous aider et ont rappelé l'importance des Mots à la bouche pour la culture et la communauté LGBTQ."

Ces rencontres ont-elles débouché sur des solutions concrètes ? "Ils nous ont proposé trois lieux, poursuit le libraire. La mairie dispose d’un parc de logement public-privé. Ce sont des rez-de-chaussée de logements sociaux  mais qui ne correspondent pas à notre activité. Ces lieux ne donnent pas sur la rue. Il avait une proposition dans le village Saint Paul. Mais on n'a pas envie de s’enterrer là-bas. Notre idée, c’est la visibilité la fierté et la sortie du placard. Aller au village St Paul, c'est comme un retour au placard. On a compris que les pouvoirs publics ont très peu de leviers d’action..."

Quitter le Marais ?

Ces dernières semaines, la librairie explorait une autre piste, mais celle-ci s'est évanouie très récemment. "On pensait que ça allait marcher. C'était tout ce qui nous arrangeait en terme de loyer et de superficie..." regrette Nicolas, un peu amer. C'est un peu en dernier ressort que la librairie s'est tournée vers les réseaux sociaux. L’appel diffusé sur Facebook ce weekend a été visionné plus de 90 000 fois. Il a apporté quelques résultats. "On a reçu une dizaine de propositions et pistes à suivre de gens qui ont repéré des locaux. On va se pencher dessus."

La librairie, fondée en 1980 par Jean-Pierre Meyer-Genton, n'est plus très sûre de pouvoir rester installée dans son quartier actuel. Pourtant un déménagement des Mots à la bouche hors du Marais scellerait un peu plus le sort d’un quartier de moins en moins gay et de plus en plus dévolu aux marques de luxe : "On a quelques pistes dans le 2e, dans le 3e et peut-être même dans le 1er arrondissement. Rester au centre de Paris n’est pas évident. Autour de nos locaux actuels, le quartier s'est extrêmement gentrifié. Les commerces gays ne sont plus ce qu'ils étaient. Mais cela reste une super zone de chalandise."

Et jeune homme de conclure: "Le marais gay n’a pas encore tout à fait disparu mais il s’est quand même restreint. Il y a beaucoup de petits commerces et de petits bars qui vont fermer. Je me demande, comment vont survivre à moyen terme des établissements comme l’Open, le Freedj ou le Quetzal. Ou d'autres commerces qui ne sont pas propriétaires de leurs murs..." Nous aussi.

Crédit photo : Wikipédia


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