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En Suisse, Coca-Cola achète la Une de plusieurs quotidiens pour défendre les droits LGBT+

Les Suisses doivent se prononcer dimanche sur la pénalisation de l'homophobie. Dans ce contexte, Coca-Cola a lancé en une des principaux journaux du pays une vaste campagne médiatique en faveur de la cause LGBT+, vite critiquée.

C'est un véritable coup médiatique à la veille d'un scrutin majeur. Mardi 28 janvier, marque Coca-Cola a lancé une vaste campagne publicitaire en Suisse en faveur de la cause LGBT+. Sur fond de drapeau-arc-en-ciel, on y distingue sa célèbre bouteille sous forme de calligramme sur lequel on peut lire un message en français, en allemand et en italien : "Le Coca-Cola est au goût de beaucoup de gens en Suisse. Indépendamment de l'âge, du sexe, de la couleur de la peau, de la religion ou de l'orientation sexuelle. La grande diversité qui règne dans ce petit pays exige notre compréhension et notre solidarité à tous. Nous voulons également y contribuer en rapprochant les gens. C'est pourquoi nous nous engageons pour une société variée et sans discrimination. Pour une Suisse du vivre-ensemble."

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Pour diffuser cette affiche, Coca-Cola a acheté les unes des principaux titres de presse du pays, comme Die Weltwoche ou 20 Minutes. Le choix de la date est loin d'être anodin. Le 9 février, en effet, les Suisses doivent se prononcer au cours d'une votation pour étendre ou non la norme pénale contre la discrimination raciale à l'homophobie, qui existe depuis 1995. L'initiative, intitulée "Lutter contre les discriminations basées sur l'orientation sexuelle", avait été déposée en 2013 par le plus jeune député de l'Assemblée fédérale, le socialiste Mathias Reynard. La proposition doit rapprocher la législation suisse du code pénal français notamment, qui criminalise la discrimination en raison de l'orientation sexuelle depuis 1985 et les injures homophobes depuis 2004. Elle a adoptée en 2018 - sans inclure l'identité de genre -, mais l'Union démocratique fédérale (UDF), parti de la droite chrétienne qui revendique parmi ses valeurs "la crainte de Dieu", a lancé un référendum pour s'y opposer, au cours duquel les Suisses devront se prononcer dimanche.

Pas une revendication politique, selon Coca

Dans ce contexte de débat politique national, si de nombreux internautes de sont réjouis de cet engagement, la méthode de la multinationale américaine a aussi été critiquée, y compris dans le camp progressiste. "Il se trouve que je suis 100 % d'accord avec Coca-Cola là-dessus, écrit par exemple sur Twitter le fondateur du site d'information Numerama Guillaume Champeau. Mais si j'avais été en désaccord j'aurais trouvé critiquable qu'une marque utilise sa puissance financière pour influencer une décision politique sur un sujet de société. Donc, je critique, par principe."

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Dans un communiqué publié le jour du lancement de la campagne, intitulé "Coca-Cola s’engage pour une Suisse variée et sans discrimination", l'entreprise précise sa position : "Si ce manifeste est publié en ce moment même avec une grande visibilité publique et sur fond de drapeau arc-en-ciel, ce n’est pas un hasard : le 9 février, les citoyens voteront sur une question importante concernant le vivre-ensemble avec l’extension de la norme pénale antiraciste. Toutefois, Coca-Cola Suisse souligne qu’elle ne veut pas que cette campagne soit comprise comme une revendication politique, voire comme une recommandation de vote au public ou à ses 800 collaborateurs, mais comme une initiative par laquelle l’entreprise souhaite exprimer son engagement pour une Suisse haute en couleurs."

65 % d'opinions favorables

La campagne n'a en tout cas pas manqué de faire réagir les jeunes de l'Union démocratique du centre (UDC), parti d'extrême droite, qui ont lancé le référendum avec l'UDF, comme le relève Le Matin. Le président de la jeunesse du parti en Suisse alémanique (JSVP), Benjamin Fischer, a publié un communiqué, mentionné par le quotidien Blick : "Le goût de Coca-Cola ne me plaît plus !" écrit-il. Un autre responsable de la section jeune, David Trachsel, s'insurge également : "Coca-Cola utilise la démocratie directe de la Suisse pour se montrer sous un jour auquel l'entreprise n'a pas droit." Si les JSVP se défendent d'appeler au boycott de la marque, ils ont dans un premier temps cité des marques concurrentes, Pepsi et Vivi Kola, avant de retirer leurs noms du communiqué.

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À l'heure actuelle, l'homophobie n'est réprimée en Suisse que dans les cas de délits d'honneur et de lésions corporelles. D'après le site swissinfo.ch, les derniers sondages restent très favorables à l'extension de la norme pénale antiraciste : "La proposition de modifier le code pénal afin de combattre l’incitation à la haine et les comportements discriminatoires basés sur l’orientation sexuelle convainc pour l’instant 65 % des personnes interrogées, tandis que 25 % se disent résolument contre. Toutefois, depuis le dernier sondage fin décembre, la part de « non » a légèrement augmenté et la part de « oui » a perdu 9 points de pourcentage. Les électeurs de tous les grands partis, à l’exception de ceux de l’Union démocratique du centre, se disent favorables à ce changement législatif. Les partisans des Verts, du Parti socialiste et des Verts libéraux sont les plus convaincus." La tendance se confirmera-t-elle dans les urnes ? Réponse dimanche prochain.

 

Crédit photo : Coca-Cola


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