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Jeunes LGBT en situation d’urgence : la lettre des assos à Marlène Schiappa

Huit associations ont adressé une lettre à la secrétaire d'Etat en charge de la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa. Ils demandent au gouvernement de prendre la mesure de la gravité de la situation pour de nombreux jeunes LGBT.

Cet article a été mis à jour avec de nouveaux éléments de contexte 

Depuis plus d'un mois, les Français doivent rester chez eux. Même si cela implique de vivre avec une famille homophobe. Les associations LGBT+ croulent sous les appels et ne peuvent répondre aux demandes d'hébergement d'urgence de nombreux jeunes LGBT+ menacés.

Plusieurs associations ont donc tiré le signal d'alarme la semaine dernière sur Twitter. Guillaume Mélanie, le président d'Urgence Homophobie, a alerté sur la situation de Damir, un jeune lyonnais "victimes de violences psychologiques abjectes et humiliantes", en particulier par son père qui l'obligerait, selon Guillaume Mélanie, "à se masturber devant lui en regardant du porno hétéro" .

Amendement refusé

Dans une lettre, cinquante députés ont interpellé Marlène Schiappa sur la situation, et Sonia Krimi, députée LREM de La Manche, a porté avec eux un amendement, lors de l'examen du projet de loi de finance rectificative, qui vise à "renforcer exceptionnellement la prise en charge et l’hébergement d’urgence des jeunes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT+) dans le cadre de la crise sanitaire." Elle avait expliqué à TÊTU que l'objectif était "d'étendre aux jeunes LGBT+ les politiques publiques à destination des femmes victimes de violences en cette période de crise." 

A LIRE AUSSI : Sonia Krimi : "Intégrons les jeunes LGBT aux dispositifs pour les femmes victimes de violence" 

Mais cet amendement n'a pas été jugé nécessaire par le gouvernement et la commission, qui ont toutes les deux émis un avis défavorable et une demande de retrait de l'amendement.

Extrême urgence

A l'initiative du Mag Jeunes LGBT+, mené par Omar Didi, huit associations ont donc envoyé une lettre à la ministre pour exprimer leur incompréhension face à cette décision. SOS Homophobie, Le Refuge, Urgence Homophobie, Acceptess-T, L'Inter-LGBT,  Acceptess-T, Amnesty International, Le Caelif. Elles y interpellent la ministre sur les manquements du gouvernement face à cette situation d'extrême urgence.

"Le Gouvernement français ne semble pas avoir pris la mesure des violences intrafamiliales dont trop de jeunes LGBT+ sont victimes, alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a publié une note d’orientation pour les États et les autres parties prenantes sur le Covid-19 et les droits humains des personnes LGBTI apportant le même constat que nos associations et de nombreux député·e·s sur les dangers liés à ces violences et la nécessité d’y répondre."

"La France ne peut prétendre défendre et promouvoir les droits des personnes LGBT+ à l’échelle mondiale quand nos politiques publiques excluent les problématiques auxquelles font face les plus vulnérables", écrivent-elles encore.

Voici l'intégralité de la lettre :

"Madame la ministre,

Lors de l’examen en séance de la loi de finances rectificative pour 2020, deux amendements, l’un porté par le groupe La République En Marche et l’autre par le Parti Socialiste, ont été déposés dans l’objectif de renforcer la prise en charge et l’hébergement d’urgence des jeunes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT+) dans le cadre de la crise sanitaire actuelle. Le Gouvernement a donné un avis défavorable et Laurent SAINT- MARTIN, rapporteur général du budget de l’Assemblée nationale a demandé le retrait de ces amendements. Nous tenons à vous exprimer notre profonde incompréhension face à une telle décision.

Depuis plusieurs années, nous avons relayé nombre de situations dramatiques qui illustrent la situation d’exclusion des jeunes LGBT+. Ces réalités ont été largement documentées à travers différentes études qui montrent l’extrême vulnérabilité des jeunes LGBT+, qui sont surexposés aux violences, aux situations de rejet familial et au risque de suicide. Comme vous le savez, la honte, la peur de représailles ou d’un accueil défaillant par les autorités, peuvent pousser des personnes à garder le silence lorsqu’elles sont victimes de violences sexistes, conjugales ou intrafamiliales.

Nous regrettons vivement que ces amendements aient été rejetés de manière expéditive par le rapporteur général et le Gouvernement témoignant d’un manque d’humanité vis-à-vis des jeunes LGBT+ victimes de violences intrafamiliales. Lors de cet examen, l’absence d’arguments constitue une forme de violence symbolique vis-à-vis de la situation préoccupante des jeunes LGBT+ victimes de rejet intrafamilial, réduits ainsi au silence. Nous craignons que cette fin de non-recevoir exacerbe le sentiment de peur des jeunes LGBT+ victimes de violences intrafamiliales.

Le Gouvernement français ne semble pas avoir pris la mesure des violences intrafamiliales dont trop de jeunes LGBT+ sont victimes, alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a publié une note d’orientation pour les États et les autres parties prenantes sur le Covid-19 et les droits humains des personnes LGBTI apportant le même constat que nos associations et de nombreux député·e·s sur les dangers liés à ces violences et la nécessité d’y répondre.

Témoins depuis de nombreuses années des souffrances que peuvent vivre les jeunes LGBT+, nous faisons face aujourd’hui à une crise sanitaire qui exige des politiques publiques concrètes, efficaces et rapides. C’est pourquoi, l’InterLGBT, forte de ses soixantes associations membres, la Fondation « Le Refuge », Urgence homophobie, Amnesty International France, le Caélif étudiant·e·s LGBT+ et Acceptess-T rejoignent aujourd’hui SOS homophobie et le MAG Jeunes LGBT afin de soutenir les propositions que vous ont adressées Sonia KRIMI, députée de la Manche et une cinquantaine de député·e·s, pour répondre à la détresse et aux besoins des jeunes LGBT+ majeur·e·s victimes de violences intrafamiliales.

Comme vous l’avez-vous-même rappelé à plusieurs reprises, le confinement à domicile lié à l’état d’urgence sanitaire crée un terreau propice aux violences conjugales et intrafamiliales. Par conséquent, il est indispensable de répondre aux besoins de toutes les victimes de violences.

Nous rejoignons le constat et les propositions que SOS homophobie et le MAG Jeunes LGBT vous ont adressés dans un précédent courrier. En effet, vous avez mis en place rapidement une plateforme en ligne qui permet de faciliter le signalement et l’accompagnement des femmes victimes de violences domestiques. Vous avez également donné la possibilité pour ces femmes de se signaler discrètement en pharmacie ou grâce à des points d’accompagnement éphémères dans des centres commerciaux. De la même manière, il est crucial de répondre à la détresse des jeunes LGBT+ victimes de violences dans le contexte que nous traversons aujourd’hui. La solution la plus simple et la plus efficace serait de généraliser ce dispositif aux jeunes LGBT+ afin que les violences soient signalées rapidement et qu’une procédure d’accompagnement claire et efficace leur soit proposée. Pour être effective, cette généralisation devrait s’accompagner d’une large communication, de la part de l’État, pour que les jeunes LGBT+ victimes de violences soient informé·e·s de ces dispositifs.

Nous soutenons également la proposition des député·e·s de flécher une partie des vingt mille nuits d’hôtel destinées aux victimes de violences conjugales ou conjoints violents vers des jeunes LGBT+. Cette démarche complémentaire à la généralisation de la plateforme et des dispositifs de signalement permettrait d’assurer la prise en charge dans l’urgence des jeunes LGBT+ victimes de violences intrafamiliales.

Nous tenons à vous rappeler que ces deux propositions rejoignent la proposition 4 « Les abris, les services de soutien et d'autres dispositifs pour lutter contre les violences sexistes pendant la pandémie de Covid-19 devraient prendre des mesures pour inclure la population LGBTI » de la note d’orientation « Covid-19 et les droits de l’homme des personnes LGBTI » du Haut- Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

La France ne peut prétendre défendre et promouvoir les droits des personnes LGBT+ à l’échelle mondiale quand nos politiques publiques excluent les problématiques auxquelles font face les plus vulnérables.

En cette période de crise sanitaire, nous devons répondre à l’urgence à laquelle font face de nombreux et nombreuses jeunes LGBT+. Nous devons libérer l’écoute des institutions afin que la voix de ces jeunes soit entendue. Nous sommes certain·e·s de pouvoir compter sur votre vigilance afin que le secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations élabore des politiques publiques efficaces permettant d’améliorer les conditions de vie des jeunes LGBT+.

Sachant compter sur votre mobilisation, nous vous prions de croire, Madame la ministre, en l’expression de notre haute considération,"

Signataires : Le Mag, Urgence Homophobie, SOS Homophobie, Inter-LGBT, Acceptess-T, Caelif, Amnesty International, Le Refuge

 


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