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séries"Love, Victor" est le spin-off feel good de "Love, Simon" qu'on attendait

Par Florian Ques le 18/06/2020
Love, Victor

Près de deux ans après sa sortie en salles, Love, Simon se décline dans une série tout aussi bienveillante. Et à certains égards, elle est aussi subtilement révolutionnaire.

En 2018, Love, Simon débarquait au cinéma. En braquant ses caméras sur un protagoniste gay, ce teen movie aux airs de blockbuster – adapté du roman éponyme de Becky Albertalli – augurait une nouvelle ère pour la comédie romantique tout autant que pour la représentation des adolescents queers sur le grand écran. Devant le succès du long-métrage au box-office américain, les scénaristes Isaac Aptaker et Elizabeth Berger ont donc décidé de remettre le couvert et étoffent leur univers à travers une série, sobrement intitulée Love, Victor. Et ce spin-off ne s'est pas davantage encombré d'originalité sur les décors.

En effet, ce spin-off fraîchement lancé aux États-Unis s'attache à une nouvelle génération de lycéens et, surtout, à un nouveau héros. Après Simon, place à Victor, un ado tout aussi paumé au niveau de son orientation amoureuse. Il vient d'élire domicile à Creekwood avec sa famille et se dit que ce déménagement peut s'avérer être une bénédiction et l'occasion pour lui de s'octroyer un nouveau départ. Les choses se compliquent lorsqu'il commence à être intéressé par Benji, un camarade de lycée ouvertement homosexuel.

Prévisible mais attendrissante

Dans la même perspective que le film ado duquel il est tiré, Love, Victor convoque plusieurs poncifs du genre et mobilise une flopée d'archétypes, heureusement inoffensifs. La fille populaire malgré elle, la meilleure copine volubile, le sidekick envahissant et un peu marginal sur les bords... Pas de doute, on a déjà vu et revu ces personnages dans de nombreuses histoires du grand comme du petit écran. Malgré tout, la série parvient à les dépeindre sans grossir le trait, et à leur apporter des nuances suffisantes, notamment grâce à l'écriture soignée et la performance des jeunes acteurs.

Car si ce spin-off fonctionne, c'est en majeure partie dû à Michael Cimino, brièvement croisé dans le film horrifique Annabelle - La maison du mal en 2019. Avec son capital sympathie indéniable, le comédien novice insuffle ce qu'il faut de charisme au personnage de Victor pour en faire un digne successeur de Simon, joué par Nick Robinson. Les autres acteurs qui complètent la distribution de Love, Victor sont eux aussi au diapason, avec une mention spéciale pour Anthony Turpel, le voisin décalé du héros dont le sourire ne pourra que vous faire fondre.

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La différence notable avec Love, Simon en revanche, c'est que cette série dérivée n'est pas uniquement centrée sur Victor et prend le temps de développer des intrigues périphériques pour son entourage, que ce soit ses amis ou  ses parents. La famille et les problèmes inhérents à celle-ci sont d'ailleurs très présents dans cette première saison. Et même, Love, Victor est tellement family-friendly et aseptisée (l'idée de sexe est abordée sans être véritablement explorée) qu'on se demande pourquoi Disney+ a décidé de la refourguer à Hulu, au motif que son contenu était "trop adulte".

Une œuvre qui va faire date

Non, Love, Victor ne va pas réinventer la roue. Dans les faits, ce spin-off brasse peu ou prou les mêmes thématiques et, parfois, les mêmes développement scénaristiques que le film originel. En prime, tout ce qui se passe à l'écran fait forcément écho, à un certain degré, à d'autres récits adolescents que l'on a pu voir naître depuis quelques décennies. Sur le fond, la série n'a donc absolument rien de novateur. Néanmoins, sur la forme, c'est un tout autre débat.

Love, Victor
Crédit photo : Hulu

Il aura fallu attendre 2020 pour voir apparaître un teen show avec un protagoniste queer, et racisé par la même occasion. Alors oui, la petite lucarne collectionne déjà une kyrielle de personnages principaux LGBT+, mais aucune ne se montre aussi exemplaire que Love, Victor. Après tout, la série est centrée sur un héros gay (son prénom est même dans le titre), dont l'orientation amoureuse fait partie intégrante de la trame narrative sans pour autant le définir dans sa globalité. C'est aux personnages blancs et hétéros, habituellement sous les projecteurs, de graviter autour de lui. En ça, la seule existence de Love, Victor suffit, de fait, à la rendre révolutionnaire.

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Acteurs queers

Bien avant son lancement, certains internautes ont déploré le fait que Love, Victor ne confie pas son rôle principal à un acteur queer – Michael Cimino s'identifie à ce jour comme hétéro –, comme avait pu le faire Batwoman en castant Ruby Rose en tête d'affiche. Mais heureusement, la série se rattrape à différents égards, notamment à travers un épisode singulier où le chanteur queer Keiynan Lonsdale (le love interest de Simon dans le film original), l'acteur non-binaire Tommy Dorfman et la drag-queen Katya Zamolodchikova se partagent l'écran. De surcroît, la série fournit une visibilité appréciable aux multiples artistes LGBT+ qui peuplent la BO de cette première saison, de Courtney Barnett à Isaac Dunbar.

C'est un contexte particulier qui entoure la sortie de Love, Victor : crise sanitaire, manifestations antiracistes face aux violences policières, annulation de nombreuses Marches des Fiertés... Alors que le constat global peut inquiéter, voire alarmer, la série s'apparente à une réelle bouffée d'air frais. Bienveillante et délicieusement régressive (dans le sens où elle fera revivre, à beaucoup de concernés, un pan de leur jeunesse), Love, Victor répond aux attentes qu'on pouvait avoir. Il n'y a plus qu'à voir si Hulu reconduit la série pour une saison 2, qu'on espère peut-être un tantinet plus osée et mature.

Crédit photos : Hulu...