TF1 a diffusé un portrait touchant de Lilie, une petite fille trans de huit ans. Mais la chaîne s'est pris les pieds dans le tapis en mégenrant la fillette et en utilisant son ancien prénom (deadname).
Il y a des discours qui ont le potentiel d'abattre les préjugés. Ce 9 septembre, RMC diffuse un portrait de Lillie, une fillette trans de huit ans. Celle-ci raconte avec bonheur comment l'acceptation de sa transidentité par sa famille a été déterminante pour elle. Malgré son jeune âge, ses parents se battent pour qu'elle puisse être reconnue dans son identité.
"Je leur ai expliqué que je suis une fille, dit-elle tout simplement. Que je suis née dans un corps de petit garçon mais que je voulais être une fille. C'est comme si plus personne ne savait qu'avant, j'étais un garçon." Elle raconte aussi comment, à l'école, elle a insisté pour qu'on l'appelle Lilie et qu'on la genre au féminin. Un témoignage touchant, qui suscite les appels d'autres rédactions.
Mégenrage et deadname
Ainsi, TF1 décide de lui accorder un portrait à une heure de grande écoute. Une première pour la reconnaissance de la transidentité : devant des millions de téléspectateurs, le témoignage de Lilie peut aider à faire évoluer le regard des gens. Mais la journaliste qui l'interroge, Audrey Crespo-Mara, se prend les pieds dans le tapis. Au lieu de traiter simplement Lilie en petite fille, elle la mégenre, et invoque son prénom de naissance (le deadname). Le titre du portrait est déjà un problème : "Mon fils de huit ans est une fille"…
Le récit a agacé de nombreux internautes et journalistes. Clément Garin, chroniqueur dans Touche pas à mon poste (une émission défavorablement connue pour ses sorties homophobes), regrette qu'elle dise "Baptiste veut qu'on l'appelle Lilie" : "J'aurais plutôt dit 'à 8 ans, Lilie ne veut plus qu'on l'appelle Baptiste'", écrit le chroniqueur sur Twitter.
Un internaute anonyme propose plutôt : "À 8 ans, Lilie ne se reconnaît plus dans son corps de garçon". L'AJL, association de journalistes LGBT+, réagit à son tour : "Consoeurs, confrères, nous vous invitons encore une fois à le kit de l'AJL à destination des journalistes pour éviter de produire une interview qui pourrait nous servir d'exemple à ne pas suivre dans nos diverses interventions."
Ayant trouvé le témoignage de Lilie "non seulement touchant mais émancipateur et réparateur", Giovana Rinçon, directrice générale de l'association Acceptess-Transgenre, souligne auprès de TÊTU que si "des efforts considérables sont faits par les médias sur la question de la transidentité", la prise de conscience est loin d'avoir été opérée dans toutes les rédactions. "Au lieu de porter le sujet de la transidentité, cette émission cherche à créer le buzz en éveillant une curiosité malsaine, développe-t-elle, prenant pour exemple la musique lugubre qui est choisie pour ce portrait. Ils portent un sujet vital, mais le réduisent à un drame et, finalement, renforcent la transphobie en cristallisant une image de souffrance." La militante salue les parents de Lilie qui "véhiculent une vraie pédagogie sur la transidentité ". Aux journalistes, elle rappelle en revanche que "les personnes trans n'ont pas besoin qu'on leur rappelle leur prénom de naissance ni qu'on fétichise ce qu'elles ont dans la culotte".
À lire aussi : Transidentité : le rappel à l'ordre salutaire du défenseur des droits
Crédit photo : capture d'écran TF1