Paul B. Preciado : « J’invite les gays à brancher la machine révolutionnaire »

Le philosophe et activiste trans est "l'invité intellectuel de l'année" du Centre Pompidou. Pour l'occasion, il convoque autour de lui un cénacle d'invité.e.s détonnant.e.s, de Virginie Despentes à la chanteuse Yseult. Rencontre avec le penseur queer le plus brillant de sa génération.

Empêché de tenir son cycle de conférences intitulé « Une nouvelle histoire de la sexualité » à cause du confinement, l’ « invité intellectuel » 2020 du Centre Pompidou, à Paris, revient du 15 au 19 octobre. Et il revient bien entouré ! Paul B. Preciado réunit autour de lui un large panel de personnalités engagées (Adèle Haenel, Virginie Despentes, Rokhaya Diallo, pour ne citer que les plus connues) dans un « séminaire public et performatif » qui prend pour point de départ le livre de Michel Foucault paru à la fin des années 1970, Histoire de la sexualité. Monument de pensée indépassable ? Pas pour le philosophe, qui rend hommage à ce « grand-père » homosexuel dans le placard emporté par le sida en 1984, tout en pointant ses « zones d’ombre » comme les luttes féministes et antiracistes ou l’identité de genre.

Place des gays dans les mouvements LGBT+, « déboulonnage » de la plaque de Guy Hocquenghem, redéfinition des frontières entre les genres et les sexualités : le regard de Preciado est précieux car il nous prend par la main, loin des invectives des plateaux télé et de la polarisation des opinions sur les réseaux sociaux. Rencontre – virtuelle – avec un grand penseur queer qui nous invite à faire la révolution.

Votre séminaire intitulé « Une nouvelle histoire de la sexualité » a muté en « cluster révolutionnaire » ! Qu’est-ce que la pandémie a changé dans votre réflexion ?

J’ai peut-être été choisi comme « l’invité intellectuel de l’année » par le Centre Pompidou – passons sur cette étrangeté (il rit) – mais ce qui est certain, c’est que je suis l’intellectuel de l’année covid ! Trois jours après le début du séminaire qui avait commencé le 6 mars 2020, je suis tombé malade, et le Centre a fermé. Il y avait beaucoup de public lors de la première séance, des gens très jeunes qui ne sont pas familiers du musée Beaubourg. En fait, sans le savoir, on avait créé un cluster révolutionnaire !

Au moment du confinement, plusieurs mouvements militants ont pris contact avec moi. Une explosion ! Il y a eu la visibilité des mouvements racisés, avec les manifestations du collectif Adama Traoré et le mouvement Black lives matter. La France connait un nouveau contexte politique. Cela ne faisait aucun sens de reprendre mon séminaire en solo. Je voulais une chorale pour représenter la multiplicité de mouvements très hétérogènes.

Vous invitez des personnalités issues de disciplines très diverses, de la musique comme la chanteuse Yseult à l’université en passant par le cinéma avec Adèle Haenel. Que peut-on attendre de ces rencontres ?...


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