transidentitéLilie : la journaliste Audrey Crespo-Mara assume son traitement de la transidentité

Par Nicolas Scheffer le 04/01/2021
Audrey Crespo-Mara

Après l'interview de Lilie, petite fille transgenre qu'elle a mégenrée et dont elle a utilisé l'ancien prénom (le deadname), Audrey Crespo-Mara assume : "Je referais pareil", affirme-t-elle sur France Inter.

La journaliste persiste et signe. Interrogée sur France Inter au sujet du traitement de la transidentité par TF1, Audrey Crespo-Mara assume d'utiliser le deadname de Lilie et de la considérer comme "un petit garçon qui affirme être une petite fille". "Mais oui je referais pareil", dit-elle au micro de Dorothée Barba.

Revenons en arrière. En septembre, l'histoire de Lilie émeut la France. C'est une petite fille trans de huit ans qui raconte de manière particulièrement touchante les difficultés qu'elle rencontre à l'école. Elle explique avoir été comprise par sa famille, mais que l'Éducation nationale refuse à l'époque de la genrer au féminin et d'utiliser son prénom d'usage. Les chaînes de télé lui donnent largement la parole. Notamment TF1, où Audrey Crespo-Mara lui consacre un portrait. Mais au lieu de considérer simplement Lilie comme une petite fille, la journaliste utilise son prénom de naissance (le deadname) et la genre tantôt au féminin, tantôt au masculin. L'émission parle de "changement d'identité".

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"Curiosité malsaine"

Sur France Inter, Audrey Crespo-Mara genre enfin Lilie au féminin. Mais elle considère avoir fait les choses bien : "Lilie serait née petite fille, il n'y a pas d'histoire à raconter. Il y a huit ans, un enfant né garçon s'appelle [deadname] et, au fil des années, cet enfant explique à ses parents qu'il estime être une petite fille enfermée dans un corps de garçon. L'histoire que j'ai à cœur de raconter, c'est celle de ce petit garçon qui affirme être une petite fille. Lilie serait née fille, il n'y avait pas d'histoire."

Selon elle, les reproches essuyés après son interview ne sont que "des critiques de militants transgenres". Sur Twitter Rachel Garrat-Valcarcel, co-présidente de l'association des journalistes LGBT+ (AJL) et journaliste à 20 Minutes, rappelle au contraire : "Insister à tout bout de champ sur le fait que les femmes trans 'sont nées garçons', c’est donner du fuel à la transphobie ambiante. C’est une position politique, militante, et c’est la vôtre." Ce qui est d'autant plus regrettable que le sujet ambitionne d'intéresser le grand public à la transidentité.

En septembre, Giovanna Rincon, présidente de l'association Acceptess-T, regrettait auprès de TÊTU qu'"au lieu de porter le sujet de la transidentité, cette émission cherche à créer le buzz en éveillant une curiosité malsaine. Ils portent un sujet vital, mais le réduisent à un drame et finalement, renforcent la transphobie en cristallisant une image de souffrance". Elle citait notamment en exemple la musique lugubre utilisée. "Les personnes trans n'ont pas besoin qu'on leur rappelle leur prénom de naissance ni qu'on fétichise ce qu'elles ont dans la culotte", insistait-elle. Pour rappel, le taux de suicide des personnes trans est sept fois supérieur à celui de la population générale.

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Crédit photo : capture d'écran TF1