cinémaPourquoi il faut regarder "PD", le court-métrage phénomène contre l'homophobie en milieu scolaire

Par Florian Ques le 06/01/2021
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Depuis sa mise en ligne sur YouTube, le film engagé d'Olivier Lallart explose les compteurs de vues et touche un public international. Un succès invraisemblable pour le réalisateur, qui nous explique les prémices de son court-métrage.

Après une tournée des festivals et une flopée de projections au fil de ces dernières années, PD est désormais disponible gratuitement en ligne. Derrière ce titre un tant soit peu provocateur, se cache en réalité un récit sensible et authentique. En une trentaine de minutes top chrono, le réalisateur clermontois Olivier Lallart esquisse un plaidoyer profondément humain contre l'homophobie en milieu scolaire. Un propos fort qui a déjà séduit plus de 500.000 curieux sur YouTube. Et ce nombre ne fait que grimper.

PD, c'est l'histoire bien trop commune de Thomas, un lycéen de 17 ans qui n'est pas certain de son orientation sexuelle. Et pour cause, son baiser avec Esteban, nouveau au bahut, l'a tout émoustillé. Son entourage l'a aussi remarqué, à tel point que des rumeurs concernant son homosexualité commencent à circuler. Les piques homophobes arrivent ensuite. Un happy end est-il possible malgré les préjugés ?

Alors que le film cartonne toujours plus jour après jour, son histoire semble résonner à l'échelle mondiale, prouvant que l'homophobie brave tristement la barrière de la langue. Les retours sont en majeure partie dithyrambiques, louant un récit simple et sincère à travers des situations plutôt universelles pour les membres de la communauté gay. Pour l'occasion, TÊTU a décidé de contacter son réalisateur afin de revenir sur la visée initiale de ce projet ainsi que sur son remarquable impact depuis sa sortie.

"PD" a clairement une portée éducative, comme pour sensibiliser les jeunes à l'homophobie. Quelle a été ta volonté première en planchant sur ce court-métrage ?

Olivier Lallart : J'ai découvert ma sexualité très tard, peu de temps avant l'écriture. Du coup, je crois que j'avais besoin d'en parler, même si le film n'est pas autobiographique. Il n'y a que des petits éléments que j'ai pu ressentir comme la scène des potes au début dans le canapé : c'est typiquement le genre de pression qu'on me mettait quand j'avais 18 ans alors que je ne savais pas du tout où j'en étais. Je n'étais ni intéressé par les filles, ni par les garçons. Et c'est vrai que toute cette frustration de ces années-là avait besoin de sortir et elle a pris la forme d'un film que j'ai écrit en un week-end.

Mais l'élément déclencheur, ça a été en me baladant dans les cours de récrés, que je fréquente beaucoup pour mes courts-métrages. J'entendais très souvent le mot "PD" lâché comme ça, l'air de rien. Quand j'étais au collège, on disait plutôt "bâtard" ou "connard". Mais là, "PD" semblait être l'insulte à la mode. Et ça m'a fait tilté. Si j'avais déjà eu conscience d'être homo au collège et que j'avais entendu ce mot, comment je l'aurais pris ? Ça a été, en gros, les deux points de départ de mon film.

Tu t'es donc basé sur ton expérience personnelle mais aussi sur tes observations sur le terrain. As-tu également parlé avec des jeunes homosexuels afin de raconter leur histoire ?

Je t'avoue que je n'ai pas parlé à de jeunes homos parce que je voulais vraiment y mettre des choses très personnelles. Je voulais aussi faire vite ce film. J'en avais besoin, c'était un peu comme un coming out d'une certaine façon. Au départ, ça aurait juste dû être une courte vidéo YouTube. Et en fait, ça a très vite pris de l'ampleur. Le seul truc que j'ai fait, c'est organiser des lectures avec des jeunes de 15-16 ans que je connaissais pour que les termes dans les discussions soient réalistes et que des jeunes d'aujourd'hui puissent y croire, pas comme quand ils voient un spot de l'éducation nationale.

Malgré la crise sanitaire, as-tu pu projeter le film dans des établissements scolaires ?

On a eu l'opportunité de le faire dans quatre classes début 2020, avant qu'il y ait le Covid. On l'a notamment projeté devant 150 jeunes dans le lycée agricole où on a tourné. Et rien que la première scène où les personnages principaux s'embrassent, on a entendu des bruits de dégoût. Après la séance, Jacques [Lepesqueur, qui joue Esteban à l'écran] a demandé qui avait été répugné. Il y a quand même quinze jeunes qui ont levé la main, presque uniquement des mecs. C'est fort. Heureusement, on a eu d'autres exemples un peu plus positifs. Dans un lycée, une jeune fille s'est levée et a avoué être en plein doute concernant sa sexualité et on l'a tous applaudie. Elle a fait un peu son coming out devant tout le monde, ce qui est dingue.

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Crédit photo : Les Faquins

Dans le film, il y a aussi un débat qui est abordé : celui de la réappropriation des insultes. Encore aujourd'hui, c'est une idée qui divise : certains pensent qu'il faut bannir "PD" de notre vocabulaire, d'autres concernés veulent le banaliser au sein de la communauté gay par exemple. Qu'en penses-tu ?

Je suis un peu partagé. Au sein même de la communauté, je comprends qu'on ait envie de le faire. Mais  il est difficile de dire qu'on peut dire ce terme et l'interdire à d'autres. Je fais un parallèle très nul : c'est comme dire à un enfant qu'il n'a pas le droit de manger des bonbons alors qu'on mange des bonbons devant lui. Je pense qu'il faut être clair : soit on l'utilise et on lui donne un nouveau sens, soit on ne l'utilise plus du tout.

Le film cumule déjà plus de 500.000 vues sur YouTube, avec des commentaires en différentes langues. Comment expliques-tu ce succès global en si peu de temps ?

J'ai du mal à me l'expliquer. Une semaine avant de sortir le film, on s'est dit "tiens, et si on faisait des sous-titres en russe". Et en fait, le jour de la sortie, on a vu que la Russie était le deuxième pays où le film était le plus regardé alors qu'on connaît pourtant la position de ce pays sur les questions LGBTQ+. J'étais assez halluciné. Je me rends compte que des influenceurs repartagent le film sur Instagram auprès de leur communauté et c'est un domaine que je ne connais absolument pas. La promotion nous échappe complètement.

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As-tu l'impression que l'homophobie a évolué ces dernières années en France ? Et par quels moyens, selon toi, arriverons-nous à nous débarrasser de ce fléau ?

Dans les années 90 quand j'étais ado, j'avais l'impression qu'on ne parlait pas d'homosexualité autour de moi. Je ne voyais pas d'hommes gays car j'ai grandi à la campagne. Au lycée comme au collège, il n'y avait pas d'homo assumé. Je n'avais aucune repère finalement et je me dis que c'est sans doute pour ça que je n'ai pas su qui j'étais pendant des années. Aujourd'hui, je vois qu'on est de plus en plus présents dans les films et les séries. Chez les jeunes que je connais, ça a l'air d'être plus toléré mais à côté de ça, tu te rends compte qu'il y a des milieux où on n'y est pas encore. Quand on voit que SOS Homophobie rapporte que les violences homophobes étaient en augmentation ces dernières années, je me dis qu'il y a encore du boulot.

Tu penses que ce travail-là doit notamment passer par une plus grand implication du gouvernement ?

Oui, je pense que les sanctions gouvernementales doivent être exemplaires. Je ne suis pas du tout branché foot, mais j'ai trouvé ça plutôt cool que des grandes stars du football prennent la parole contre l'homophobie. C'est quelque chose qui n'existait pas avant. Il y a de bonnes avancées. Je reste aussi persuadé que ce travail doit passer par les médias car c'est avec eux que l'on se construit : en voyant des films, des séries… Même si ça reste un petit film que j'ai fait, s'il peut y en avoir encore d'autres, je pense que ça donnera des repères à de futures générations et que ça normalisera l'homosexualité.

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Crédit photo : Les Faquins