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sériesPourquoi il faut regarder "Mental", une série française queer injustement méconnue

Par Florian Ques le 06/04/2021
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Avec beaucoup de justesse et de sensibilité, la fiction trop confidentielle de France.tv Slash fait la part belle aux personnages LGBT+. Il est temps de lui prêter l'attention qu'elle mérite.

Pour celles et ceux qui seraient en quête d'une quelconque représentation queer, ce n'est pas vers les grandes chaînes du PAF qu'il faut se tourner. Mais, plutôt, vers France.tv Slash. Depuis son inauguration en 2018, la plateforme de SVoD hexagonale signe ses propres fictions originales. Des purs produits made in France qui font beaucoup pour la visibilité LGBTQI+, à l'instar de la désopilante Derby Girl ou encore la référence adolescente Skam France. Mais s'il y en a bien une qui mérite qu'on parle d'elle, c'est Mental.

Rendre visible les invisibles

Lancée à l'automne 2019, cette série réalisée par Slimane-Baptiste Berhoun (Les Engagés) raconte les tribulations d'un groupe d'ados résidant temporairement dans un service pédopsychiatrique. Au fil de la première saison, on découvrait, au compte-goutte, les troubles psychiques de chacun des personnages. Une incursion documentée dans un milieu médical trop souvent réduit à des clichés, qui réussissait le pari de faire jongler le spectateur entre rires et larmes.

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Cette démarche sensible est d'autant plus perceptible avec la saison 2 –  lancée vendredi 2 avril sur la plateforme de streaming. Une nouvelle arrivante, Max, débarque aux Primevères, le centre où sont réunis les personnages de Mental. Incarnée avec intensité par Déborah Lukumuena (Divines), elle est internée pour gérer ses troubles alimentaires. Mais la première chose que l'on voit de Max, c'est son physique : une femme noire, grosse qui n'a pas peur d'être qui elle est et de se faire entendre. Une représentation qui est, finalement, presque inexistante dans le vaste monde de la fiction française.

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Crédit photo : Blacksheep Films

"On avait vraiment envie d'assumer le corps et de montrer que quelle que soit la silhouette, le personnage pouvait vivre une sexualité, une liberté et le revendiquer", soutient le réalisateur de la série. Au-delà de concevoir un personnage s'éloignant des carcans habituels, les scénaristes – Victor Lockwood et Marine Maugrain-Legagneur – avaient pour ambition de challenger les préjugés sur les anorexiques boulimiques. "Sa représentation classique est celle d'un fille assez filiforme, dit Slimane-Baptiste Berhoun. C'est une vision un peu 'romantisée' qui donne quelque chose de l'ordre du sublime et pas tellement du réalisme".

Un effort historique

Réalisme, voilà le mot d'ordre de Mental. C'est au gré de cette quête bienfaitrice que les auteurs de la série ont pris soin d'incorporer dans le récit un personnage asexuel. Réalisant, de fait, une première historique. Dans l'histoire des séries françaises, l'asexualité n'a tout simplement jamais été explicitement représentée. "Elle ne semblait vraiment ne jamais être traitée, voire même déconsidérée comme si les personnes asexuelles n'existaient même pas, fait remarquer Slimane-Baptiste Berhoun. Il s'agissait de les représenter le plus correctement possible puisque la justesse fait partie des points cardinaux de la série".

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À cet effet, l'équipe de Mental s'est investie dans une enquête de terrain "pour avoir des témoignages, des ressentis, pour connaître les codes" de la communauté asexuelle. C'est ainsi qu'est né le personnage d'Harmattan (Julien Lopez), un ancien patient des Primevères revenu cette fois-ci pour encadrer les ados présentement institutionnalisés. Très vite, une relation fusionnelle se consolide entre lui et Simon, le personnage expansif de la série, déjà identifié comme bisexuel au cours de la première saison. Mais leur idylle se heurte à l'absence de sexualité d'Harmattan.

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Crédit photo : Jean-Philippe Baltel / FTV

Impossible d'en dire davantage au risque de tomber dans le spoil déloyal. Sans entrer dans les détails, ce point de discorde va créer des tensions entre les deux personnages et souligner, en filigrane, le manque d'empathie dont souffrent les personnes asexuelles, dans une société où la sexualité est omniprésente. C'est un propos fort dont s'empare Mental. Un combat inédit qui rejoint pourtant sa démarche salvatrice globale : représenter les minorités et les marginalisé·e·s afin d'établir un meilleur vivre-ensemble.

Mais en pavant le chemin vers l'acceptation, Mental n'oublie pas d'être un divertissement tragicomique soigné qui brasse des thèmes universels, du deuil à l'amitié. "C'est aussi l'idée de la série : aller dans la noirceur pour y apporter de la lumière, conclut Slimane-Baptiste Berhoun. Arriver à nous faire sourire même quand on regarde en face la détresse la plus profonde". Warning cela dit : âmes sensibles s'abstenir.

Crédit photo : Jean-Philippe Baltel / FTV...