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prévention"Skam France" : comment la série s'empare brillamment de la thématique du VIH

Par Florian Ques le 08/07/2021
skam france

Avec une justesse qui est comme devenue sa marque de fabrique, Skam France fait dans la pédagogie grâce à une huitième saison qui parle, entre autres sujets, de séropositivité. Une arche narrative particulièrement bien ficelée et nécessaire.

Affirmer que Skam France est l'une des meilleures fictions hexagonales relève presque de l'euphémisme. Depuis son lancement en 2018, la série ne cesse de viser juste. Au niveau de son casting de jeunes talents, qui parvient à insuffler une crédibilité trop souvent aux abonnés absents dans la fiction française. De sa réalisation, à corréler avec un parti pris esthétique solide qui la distingue de ses homologues. Et, enfin, de son scénario toujours éclairé. La huitième saison du programme, qui boucle sa diffusion ce vendredi 9 juillet, prolonge ce sans-faute en explorant une thématique habituellement boudée : la séropositivité.

Un apprentissage

À l'image des cuvées précédentes, cette saison 8 braque sa caméra sur un personnage en particulier : Bilal, dans la tourmente alors que sa mère et son petit frère ont été expulsés de leur domicile. Il peut compter sur Jo, la boute-en-train de sa bande de potes, pour l'épauler dans cette passade délicate. Et vice-versa, puisque son amie – et, plus tard, petite amie – vient d'apprendre qu'elle était positive au VIH et que l'information était difficile à digérer. Identifier un personnage féminin, adolescent et séropositif dans une production made in France, c'est tout de même quelque chose d'inédit, voire révolutionnaire.

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Crédit photo : France.tv Slash

"Le choix du personnage de Jo pour incarner cette thématique s'est fait naturellement, nous confie Clarisse Potoky, directrice de collection pour ce huitième tour de piste. Le VIH touche aussi les hétéros. On voulait lutter contre toutes les idées reçues qui sont encore présentes. Car oui, on peut tout à fait être contaminé lors d'une première fois". Afin de déconstruire au mieux les préjugés relatifs au VIH et aux personnes séropositives, il a fallu s'éduquer, s'informer et par-dessus tout échanger avec les principaux concerné·e·s.

"On avait notre consultant de l'association Les Séropotes qui nous racontait des parcours de vie de personnes autour de lui, évoque Clarisse Potoky. On n'a malheureusement pas pu discuter avec des ados séropositifs car c'était compliqué". Car beaucoup, comme Jo dans Skam France, n'ont pas encore eu le temps de bien accepter leur sérodiagnostic. La série s'est donc en partie inspirée de témoignages rapportés. Un travail de renseignement qui s'avéra des plus enrichissants. "Dans l'équipe d'auteurs, il y avait plein de choses que l'on ne connaissait pas comme la PrEP ou les traitements liés à la première exposition, dit-elle. On a beaucoup appris et on s'est dit que ces savoirs devaient être d'autorité publique".

Parler à une génération mal informée

C'est donc avec une visée éducative que cette saison 8 a été appréhendée. Une volonté qui se ressent à l'écran, notamment avec une scène où Bilal, inquiet pour son amie Jo, se rend à un groupe de parole pour en apprendre davantage sur la vie avec le VIH. C'est un instant éminemment fort car rare dans le monde de la fiction française. Parmi les figurant·e·s, une flopée fait d'ailleurs partie des Séropotes. De plus, ce parti pris didactique est palpable dans le scénario, avec des répliques qui référencent sans aucun tabou le champ lexical propre au VIH et au sida. Comme un air de progressisme qui fait beaucoup de bien !

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Crédit photo : France/tv Slash

"Dans les saison précédentes, on voyait les personnages qui avaient des relations sexuelles mais qui ne se protégeaient pas forcément, souligne Clarisse Potoky. Et c'est vrai qu'on n'évoquait peut-être tout simplement pas assez le risque du VIH. C'était plutôt symptomatique de ce qui se passe chez les jeunes aujourd'hui : c'est un sujet dont on ne parle pas suffisamment". À en croire la directrice de collection, ces efforts de visibilisation ont porté leurs fruits : "Beaucoup de fans nous disent avoir appris des choses. Certains ne savaient pas la différence entre le VIH et le sida donc on est content d'avoir visé juste".

Quid de la suite ? Au cas où les scénaristes de Skam France tomberaient en panne d'idées, les fidèles de la série sont là. "Ils nous suggèrent souvent des thèmes à aborder dans les commentaires, reconnaît Clarisse Potoky. Je sais que la phobie sociale revient souvent et c'est un sujet qui pourrait avoir sa place. Les violences conjugales, aussi. On associe ce phénomène à des couples plus âgés alors que ça peut très bien commencer dès l'adolescence". Des pistes prometteuses. À condition que France.tv Slash commande fissa une saison 9. Puis une suivante. Et ainsi de suite. Car pour l'heure, Skam France ne semble pas s'essouffler.

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Crédit photo : France.tv Slash