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Violences conjugales : Gérald Darmanin annonce de nouvelles mesures… pour de bon cette fois ?

Violences conjugales : Gérald Darmanin annonce de nouvelles mesures

Si les morts liées à des violences conjugales ont baissé en 2020, selon le ministère de l'Intérieur, le phénomène continue d'être très préoccupant. Gérald Darmanin promet des mesures, dont certaines sentent le réchauffé.

Les violences intrafamiliales "sont en train de devenir le premier motif d'intervention des policiers et des gendarmes", reconnaît le ministre de l'Intérieur. Interviewé dans Le Parisien ce dimanche 1er août, Gérald Darmanin annonce plusieurs mesures sur le sujet, dont certaines sentent le réchauffé.

Selon les données du ministère de l'Intérieur, le nombre de féminicides a atteint son niveau plus bas depuis 15 ans. Si pas moins de 102 femmes ont perdu la vie en 2020 à la suite de violences conjugales, elles étaient 146 en 2019. Il y a également eu l'an dernier quatre homicides conjugaux de moins que l'année précédente, quand 23 hommes avaient été tués. En 2020, deux de ces morts sont notamment survenues dans des couples de même sexe, contre huit en 2019 et trois en 2018, indique une étude publiée ce lundi 2 août.

Quoi qu'il en soit, "le nombre d'interventions de la police et de la gendarmerie pour violences intra familiales reste très élevé", relève Gérald Darmanin : "Il ne se passe pas une journée sans que le GIGN ou le Raid aille libérer une femme ou des enfants pris en otage". Pour faire face à ce phénomène, les cas de violences conjugales doivent être priorisés, annonce le ministre qui détaille dans Le Parisien plusieurs mesures en ce sens.

Les main courantes font de la résistance

En premier lieu, Gérald Darmanin demande que les mains courantes soient proscrites "définitivement" en la matière. "La consigne que nous donnons est que le policier ou gendarme doit alors faire un signalement au procureur. L’objectif est que 100% des constatations se transforment en plainte ou en signalement à la justice, tout en proscrivant définitivement les 'mains courantes'".

Une règle qui existe pourtant déjà, dans un protocole-cadre datant du 30 décembre 2013 et rappelée dans une circulaire du 24 novembre 2014, définissant "le caractère très exceptionnel du recueil des déclarations sur main courante ou procès-verbal de renseignement judiciaire, qui devra être encadré de façon très stricte". Plus encore, insiste la circulaire, "les parquets doivent veiller à ce que les services de police et unités de gendarmerie respectent les instructions définies au niveau local en application de ce protocole-cadre".

"Les victimes LGBTQI+ portent difficilement plainte"

"Depuis plusieurs années, les policiers incitent de moins en moins à faire une main courante, même s'il reste des agents qui poussent à la main courante", explique auprès de TÊTU Johan Cavirot, président de l'association Flag!. Selon lui, la lacune réside dans une encore trop faible formation des agents au sujet des violences conjugales. Une mauvaise formation qui a pour conséquence un mauvais accueil des victimes.

"Les victimes LGBTQI+ portent difficilement plainte avec une peur d'être ridiculisées, du risque d'outing pour certains, ou de devoir de justifier leur orientation auprès de leur famille", expliquait à TÊTU Raphaël Gérard, député LREM, en septembre dernier. Résultat, selon l'élu, les chiffres "ne reflètent pas la totalité du fléau car régulièrement, les victimes LGBT+ ne se perçoivent pas comme telles et sont régulièrement sous emprise. Et lorsqu'on fait des enquêtes de victimisation, on ne demande généralement pas l'orientation sexuelle de la victime : on part du principe que si une femme dit qu'elle a été victime de violence, elle est hétérosexuelle".

Des référents toujours pas assez formés

Pour pallier cette carence d'agents formés, Gérald Darmanin souhaite que dans chaque département il y ait désormais "des équipes spécialisées dans la lutte contre les violences conjugales". Une annonce qui fait écho à celle faite, concernant les actes de LGBTphobies, en octobre 2018 par le ministère de l'Intérieur d'un "référent LGBT" dans chaque commissariat. Or, dans plusieurs commissariats et brigades, les référents ne savaient même pas qu'ils l'étaient et n'avaient suivi aucune formation. "Comme pour les violences LGBTphobes, on va désigner des référents qui ne sont pas formés à ces questions. Référents qui ne seront pas remplacés lorsqu'ils sont en congés ou absents", s'inquiète donc Johan Cavirot. Entretemps, l'Intérieur a lancé l'expérimentation à Paris et Bordeaux de "super référents", officiers qui doivent théoriquement être contactés dès qu'un acte LGBTphobe est signalé. En pratique, peu de commissariat savent toutefois qu'ils doivent le saisir.

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Malgré sa redondance avec la circulaire déjà existante, le rappel d'interdire les mains courantes va dans le bon sens, salue néanmoins SOS homophobie. "On aimerait vraiment qu'une circulaire allant dans le même sens soit prise au sujet des LGBTphobies, développe pour TÊTU David Malazoué, le vice-président de l'association. Il faudrait au minimum que ce soit le cas dans le cas d'agressions physiques". Un point que Marlène Schiappa, ex-chargée de la lutte contre les discriminations au gouvernement, pourrait souffler à son ministre de tutelle.

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Crédit photo : Jacques Paquier / Wikimedia commons


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